‹ La symbolique (volume 2)Chapitre 31 sur 37 · XXXII · texte numérisé non relu

XXXII

Du Baptême et de la Pénitence.

Après avoir exposé les contrariétés sur les sacremens en général , nous parlerons maintenant des sacremens en particulier, en commençant par le baptême. C'est surtout en décrivant les effets du bain de la régénération que les symboles s'éloignent les uns des autres ; et Ton voit encore dans cette matière l'influence des différentes doctrines sur la justification.

Suivant les catholiques , le baptême ' non-seulement détruit le péché jusque dans ses racines; mais encore il fait le chrétien membre du corps de Jésus-Christ ; il le dépouille du vieil homme et le revêt d'une vie toute nouvelle.

Selon les protestans, au contraire, les effets de ce sacrement se bornent au pardon des péchés. Par la foi qui précède le baptême , disent-ils , les adultes parviennent à la justification ; mais le sa-

nunc christiana Ecclesia utitur, baptismus et cœna Domini. » On peut comparer à ce sujet I. Helveî. c. XIX; Aug. art, 25j Gall. art. 35. p. 153; Belg. art. 34 et 35. p. 192 et seq.

* Le concile de Trente , session VI, suppose un adulte qui est introduit dans l'Eglise par le baptême ; et c'est en effet sous ce point de vue qu'on peut le mieux expliquer ce sacrement.

cremeiit, tout en nous communiquant les mérites de Jésus -Christ 5 scelle et confirme la foi. Telle est l'idée que les symboles luthériens donnent du baptême ; idée infiniment plus profonde , plus conforme à l'Ecriture, que celle qu'en donna Luther au commencement de la réforme. Observons, toutefois , que le mal héréditaire subsiste dans l'homme baptisé ; doctrine qui n'a pas besoin de plus grandes explications.

Quant aux symboles réformés , ils élèvent bien haut la vie nouvelle conférée par le baptême , et surpassent même en éloges les confessions de foi luthériennes'.

' Catechism. Maj. P. ÏV. § 9. 12 : « Sola iides personam dignam facit, ut hanc salutarem et divinam aquam utiliter suscipiat. » § 14. p. 54 : «Qiiapropter quivis Christianus per omnem vitam suam abunde satis habet , ut baptismum rccte perdiscat atque oxerceat. Sat enim habet negotii , ut credat firmiter, quaecumque baptismo promittuntur et offeruntur, victoriam nempe mortis ac Diaboli, remissionem peccatorum, gratiam Dei , Christum cum omnibus suis operibus (ses souffrances, sa mort, etc.) et Spirituni sanctum cum omnibus suis dotibus (cela est faux. Voy. I. Cor. 12. ). » Pour avoir quelque chose à dire contre les catholiques, les articles de Smalkaîde, P. ÏÏI. c. 5. § l. confondent les opinions des Scolastiques avec la doctrine de l'Eglise. Helvet. I. cap, ' XX. p. 71 : « Nascimur enim omnes in peccatorum sordibus, et sumus filii irae. Deus autem , qui dives est misericordia , purgat nos a peccatis gratuite , per sanguinem filii sui , et in hoc adoptât nos in filios , adeoque fœdere sancto nos sibi connectit , et variis ^ donis ditat, ut possimus novam vivere vitam. Obsignantur haee omnia baptismo. Nam intus regeneramur, purificamur, et renovamfir a Deo per Spiritum sanctum, etc. »

Voulant imprimer dans les esprits la haute idée qu'elle a de ce sacrement, déjà dans le deuxième siècle , l'Eglise entouroit l'administration du baptême d'un grand nombre d'actions symboliques. Quoiqu'il ne s'agisse point ici des ligures accessoires de la doctrine, mais de la doctrine ellemême, nous nous permettrons néanmoins de dire un mot des cérémonies du baptême ; car , par là , nous pénétrerons plus avant encore dans l'enseignement catholique , et nous verrons une grande lumière se répandre sur les autres sacremens.

Comme autrefois le Seigneur guérit la surdité corporelle avec un mélange de salive et de poussière; ainsi dans le baptême, le même mélange signifie que les organes spirituels sont ouverts aux mystères du royaume des cieux. Le cierge allumé représente la lumière divine qui éclaire l'intelligence, et change les ténèbres du péché en une clarté toute céleste. Le sel figure la sagesse qui délivre de la folie du siècle ; l'onction avec l'huile symbolise le prêtre nouveau , car tous les chrétiens sont prêtres dans le sens spirituel du mot : en entrant en union avec Jésus-Christ , Fhomme pénètre jusque dans l'intérieur du sanctuaire. Enfin la tunique blanche montre le fidèle purifié de toute souillure; elle l'avertit de conserver, jusqu'à la venue du Seigneur, l'innocence recouvrée dans le sang de l'Agneau. Ainsi le baptême

est environné d'une fouie d'images , de symboles divers exprimant tous la même idée , savoir : le changement durable opéré dans l'homme, le commencement de la vie nouvelle qui ne doit finir qu'au trépas. C'est ici une des raisons pour lesquelles on ne peut réitérer ce sacrement.

En recevant le baptême, le fidèle promet à l'Eglise de ne retomber dans aucune faute grave , et de faire constamment de nouveaux progrès dans la vertu. Cependant a-t-il le malheur de commettre un péché mortel , aussitôt les ténèbres , la folie du monde , la vie profane rentrent dans son esprit; dès lors ses rapports avec Dieu sont interrompus : il a perdu la grâce du baptême. Si donc le pécheur veut retourner à l'auteur de son être , il faut qu'il soit rapproché de lui par un autre sacrement : ce sera par la pénitence. Ce saint mystère, du rest€, n'est pas seulement pour ceux qui ont perdu la grâce sanctifiante ; il apporte à tous les fidèles de nombreux bienfaits ; il reprend , console , éclaire , il enfante toutes les vertus.

Il en est tout autrement dans la doctrine des luthériens et même dans celle des réformés. Comme aux yeux des protestans, l'Esprit divin ne peut détruire le péché dans la régénération ; comme le mal héréditaire subsiste encore dans l'homme justifié, les rapports du fidèle avec le Christ se présentent sous un tout autre point de vue; et

ses péchés , même mortels , n'apparoissent plus comme détruisant la grâce du baptême, ni par conséquent l'union avec le Sauveur. D'un autre côté y suivant le nouvel évangile , tous les péchés sont les formes particulières du péché primordial, et nous avons entendu que l'homme est entièrement passif dans sa restauration. Or que suit -il de cette doctrine? C'est que non -seulement le baptême remet les péchés passés , mais qu'il est encore le gage du pardon de tous ceux qui seront commis dans l'avenir'. Le baptême est donc une absolution générale ; à chaque péché , il suffit de l'appliquer de nouveau par la foi. C'est ainsi que les protestans attribuent au baptême les effets de la pénitence ; disons mieux , c'est ainsi qu'ils effacent la pénitence du nombre des sacremens'.

* Luther, Auslegung des Briefes an die Gai. à l'end, cité , p. 68 : « Nous disons que le vrai chrétien n'est pas celui qui n'a , ni ne sent aucun péché , mais celui à qui Notre- Seigneur Dieu, à cause de la foi dans Jésus-Christ, n'impute pas les péchés qu'il a et qu'il sent. Cette doctrine donne aux pauvres consciences de fortes et durables consolations , lorsque l'attente des jugemens de

Dieu les jette dans l'épouvante Celui donc qui est chrétien

comme on doit l'être , est entièrement et pour toujours libre de toute loi ; il n'est soumis à aucune loi , soit intérieure , soit extérieure. »

Ainsi rien ne peut conduire à la perdition celui qui a la foi.

'^ Mélanchthon dit quelquefois que la pénitence est un sacrement. Plus lard nous verrons l'explication de ce phénomène. Jjwlog. Art. IV : « In ecclesiis uostris pliuimi sœpe in* anno

Aussi Luther ne peut-il pardonner à saint Jérôme d'avoir appelé la pénitence la seconde planche de salut : car la première qui est le baptême ^ ne peut se perdre^ dit notre docteur, tant que l'homme effrayé par ses péchés retourne aux promesses de ce sacrement. Suivant les catholiques , le bain de la régénération doit , à travers tout notre pèlerinage , nous rendre purs et saints aux yeux de Dieu; d'après Luther, il doit consoler rhomme dans tous ses péchés. Si les réformateurs eussent attribué aux eaux du baptême la vertu de purifier le croyant; si d'ailleurs ils eussent fait de la sainteté et de la justice une unité indissoluble, ils auroient vu que la grâce du baptême peut se perdre par un péché mortel , et dès lors ils eussent placé la pénitence au nombre des sacremens. Mais telle n'est point la doctrine proclamée dans la nouvelle église ' : la justification , c'est le pardon des péchés; le baptême, le sceau

utantur sacramentis, absoluHone et cœna Domini. » Art.V: « Absolutio proprie dici potest sacramentum pœnitentiae, ut etiam scholastici theologi eruditiores (?) loqimntur, » Art. VÎI : « Vere igitur sunt sacramenta : baptismus , cœna Domini , absolutio , qiiae est sacramentum pœnitentise. » Dans la troisième édition des Lieux théologiques, 1546, nous lisons : « Cum autem vocabulum sacramenti de ceremoniis intelligitur institutis in prœdicatione Christi , nurnerantur hsec sacramenta : baptismus , cœna Domini , absolutio. » Comp. l'ouvrage intitulé Archéologie chrétienne^ par Augusti ; vol. IX, p. 28. et suiv.

* Mélancht. Loo. theolog. p. 145: « Usus vcrô signi (bap-

de ce même pardon : les effets du sacrement subsistent jusqu'à la mort.

Les parties de la pénitence sont aussi décrites bien différemment par les différens symboles. Les luthériens disent : La contrition et la foi constituent l'acte de la pénitence. Le pécheur tremble à la vue des jugemens de Dieu^ sa conscience est jetée dans l'épouvante : voilà la contrition. Mais bientôt la foi comme organe vient dissiper ces frayeurs ; la confiance germe dans le cœur ; la

tismi } hic est testari , quod per mortem transeas ad vitam , testari , quod mortificatio carnis tuae salutaris est. » Déjà nous avons vu l'idée que Mélanchthon attache aux mots vivificatio et mortificatio ; les paroles suivantes expriment encore la même doctrine : « Terrent peccata , terret mors , terrent alia mundi mala : confide , quia afpv.yiâoc accepisti misericordiae erga te, futurum ut salveris, quomodocunque oppugneris a portis inferorum. Sic vides , et significatum baptismi et signi usum durare in sanctis per omnem vitam. « p. 146 : « Idem baptismi usus est in mortificatione. Monet conscientiam remissionis peccatorum , et certam reddit de gratia Dei. Adeoque efficit ut ne desperemus in mortificatione. Proinde quantisper durât mortipcatio, tantisper signi usus est. Non absolvitur autem mortificatio , dum vêtus' Adam prorsus extinctus fuerit. » p. 149 : rt Est enim pœnitentia vetustatis nostrœ mortificatio et renovatio spiritus: sacramentumejus vel signum, non aliud , nisi baptismus est. » p. 150 : « Sicut Evangelium non amisimus alicubi lapsi, ita nec Evangelii Gfpv.yLov. baptismum. Certum est autem, Evangelium non semel tantum , sed iterum ac iteruîn remittere peccatum. Quare non minus ad secundam condonationem , quam ad primam baptismus pertinet. » Tous ces passages sont empruntés de l'écrit de Luther de Captivitate Bahylon. 0pp. tom. II. fol. 287. b.

paix 5 la sérénité succède au trouble , aux angoisses : alors la pénitence est consommée. Ainsi l'absolution n'est que la simple déclaration que les péchés sont remis'.

Les réformés n'admettent non plus que deux parties dans la pénitence. Toutefois , l'idée un peu plus profonde qu'ils s'étoient formée de la justification, leur fit apporter quelques changemens à la doctrine des luthériens".

* Confess. August. Art. XII : « Constat autem pœnitentia proprie his duabus partibus ; altéra est contritio , seu terrores incussi conscientise agnito peccato. Altéra est fides , quae concipitur ex Evangelio seu absolutione , et crédit propter Christum remitti peccata, et consolatur conscientiam et ex terroribus libérât. »

2 Calvin. Institut. 1. III. c. 34. § 8. La dénomination luthérienne des deux parties de la pénitence est ici remplacée par les mots vivificatio et mortificatio. Mais nous devons bien l'observer, par ces deux expressions Calvin veut dire que le fidèle se dépouille du vieil homme et se revêt du nouveau : il entend par conséquent autre chose que la contrition et la foi des luthériens. Quand Augusti dit ( Archéologie chrétienne , tom. IX , p. 25. } que les réformés ont emprunté leur terminologie à Mélanchthon , ou que du moins ils l'ont accommodée à la sienne , la première de ces assertions est vraie , mais non la dernière.

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§ XXXUI.

Continuation. Doctrine sur la Pénitence.

Les catholiques élèvent , contre la nouvelle doctrine sur la pénitence , les mêmes griefs que contre celle de Luther sur la justification. Essentiellement indigente et défectueuse , elle arrête l'homme au plus bas degré de la vie spirituelle , lui fait à peine pressentir les richesses de la grâce évangélique , et n'exprime rien moins que l'idée biblique de la pénitence.

Selon les catholiques , ce sacrement se compose des trois actes du pénitent : la contrition , la confession et la satisfaction ; doctrine qui donne aussi à l'absolution du prêtre une tout autre signification que la doctrine protestante.

I. D'abord quant à la contrition , elle est infiniment au dessus de ce que les luthériens appellent épouvantemens , terreurs de la conscience. Que la vue de l'enfer et de ses tourmens puisse seule enfanter la douleur du péché, c'est une chose contraire à l'expérience et à la raison tout ensemble; et pour descendre jusqu'à cette erreur, il faut ignorer complètement la force du christianisme. Eh quoi ! serions-nous incap.'.bles de haïr

le péché pour lui-même? La bonlé infinie, l'amour de Tordre, de la justice éternelle n'auroient-ils aucun empire sur l'homme ? la crainte seroit-elle le seul sentiment qui fit battre nos cœurs ?

Mais il y a plus : les faits les mieux constatés montrent jusqu'à l'évidence que la crainte n'est pas le seul chemin qui conduise à l'église chrétienne. Le Sauveur est aussi le divin docteur du genre humain; et qui connoit les Clémentines ainsi que la conversion des Justin, des Tatien, des Hilaire ' , sera convaincu que l'ami de la vérité peut embrasser le christianisme par la seule considération que Jésus-Christ a dissipé le mensonge et les ténèbres. Assurément, dans ces principes , ce n'est plus accidentellement que le Fils

* Voy. Dialogue avec le Juif Tryphon. — Discours contre les gentils. — Sur la Trinité,

Saint Justin est assez court, pour que nous puissions le citer ici. Après avoir décrit l'ardeur avec laquelle les anciens philosophes ont recherché la vérité, il dit {Divina institut. 1. J. c. 1 : « Sed neque aciepti sunt id , quod volebant , et operam simul atque industriam perdiderunt : quia veritas , id est arcanum summi Dei , qui facit omnia , ingenio, ac propriis non potest sensibus comprehendi : alioquin nihil inter Deum , ho minemque distaret , si consilia et dispositiones illius majestatis œternse cogitatio assequeretur humana. Quod quia fieri non potuit , ut homini per seipsum ratio divipa innotesceret , non est passus hominem Deus lumen sapientiee requirentem diutius oberrare , ac sine ullo laboris effectu vagari per tenebras inextricabiles. Aperuit oculos ejus aliquando , et notionem veriiatis uimuîs suum fecit , etc. »

de Dieu a été la lumière dix monde; erreur qui rétrécit à un si haut point les idées de Luther. Le fidèle qui s'est attaché au divin Maître par amour de la vérité, est déjà un degré plus haut que s'il eût été déterminé par la crainte ; puis d'autres motifs feront naître en lui la douleur du péché.

Si, hors du christianisme, le Sauveur inspire déjà de si tendres sentimens, que de choses ne dira-t-il pas au cœur de son fidèle disciple ? Non , le repentir ne consiste pas dans les frayeurs de la conscience ; pour obtenir le pardon des péchés, il faut de plus nobles affections. En effet , la crainte des jugemens de Dieu n'est qu'une disposition au repentir ; c'est un germe qui reçoit d'ailleurs son développement, quand il devient une contrition véritable et parfaite. Marchant avant le repentir, la confiance et la foi , disent les catholiques , doivent encore enfanter la haine du péché et l'amour de Dieu ; en sorte que ces deux sentimens sont aussi renfermés dans la pénitence. Qu'est-ce donc que la contrition parfaite ? c'est aux yeux de l'Eglise, la douleur de l'âme conçue par amour de Dieu, c'est la douleur du péché, avec le ferme propos d'accomplir fidèlement la loi divine. Dans tous les cas , pour qu'un mouvement du cœur mérite d'être appelé contrition , il faut au moins qu'il renferme la volonté sincère de ne plus pécher,

quand cette volonté ne seroit point produite par les motifs les plus purs'.

Qui ne voit ici reparoître toute la controverse sur la justification? D'après les protestans, l'effroi de la conscience nous rend seul dignes des mérites de Jésus-Christ; puis la foi comme organe , délivrant l'homme de ces terreurs , le fait juste et saint aux yeux de Dieu. Ensuite, quand le fidèle est justifié, le dessein de changer de vie et l'amour de Dieu naissent de la foi; en sorte

* Bellarmin. de pœnitent. 1. I. c. XïX. tom. IIî. p. 948 : (c Cum partes pœniientiœ qua?rimus , non quosvis motus , qui quocunque modo ad pœnitentiam pertinent quœrimus , sed eos duntaxat , qui ex ipsa virtute pcenitentiae prodeunt. Porro terreri, cum inîentantur minœ, nonestuîlius virtutis actus, sed naturalis affectus , quem etiam in pueris et in ipsis besîiis cernimas. Ad haec saepc terrores in iis inveniuntur, qui pœnitentiam nullani agunt, ac ne inchoant quidem , ut in da^monibus, qui crediiiit et contremiscunt. Jac. IL (Il y a entre croire et trembler et entre trembler et croire , une différence que Bellarmin ne fait point observer.) Saepe etiam nonnuili veram pœnitentiam agunt, nuUo pœnae terrore, sed solo Dei et,justitiaî amore impuisi, quaiem credibile est fuisse beatam illam fœminam, de qua Dominus ait Luc. Vil : Dimittunîur ei peccata multa, qiioniam dilexiî multum. Quid si terrores sine pœniîentia, et pœnitentia sine terroribus aliquando esse potest , certo non debent terrores illi inîer partes pœnitentiœ numerari. Denique fîdes, ut mox probabimus, non est pars pœnitentiœ , sed eam praecedit. » Voy. l'ouvrage intitulé , Hugo von Sanct-Ficîor und die theolog. Richîungen seiner Zeit (Hugues de Saint-Fictor et les différentes écoles théologiques de son époque. ), par Albert Licbner, Leij)zig, 1832. On voit dans cet écrit avec combien plus de profondeur les scolastiques ont traité ce sujet que les réform.'itein-s.

que ces dewx seiitimens ne contribuent en rien à la justification, et n'entrent point par conséquent dans l'idée de la pénitence. Selon la doctrine catholique, au contraire, la sanctification et la rémission de l'offense constituent une unité inséparable ; donc pour que l'homme obtienne le pardon de ses péchés , il faut que son âme soit mue par d'autres sentimens que par la seule crainte.

n. Or cette doctrine des luthériens exerça une grande influence sur le dogme de la Confession. Les catholiques disent : tout ce qui affecte véritablement l'homme , doit , de nécessité , se produire au dehors : ainsi l'amour pour Jésus-Christ se manifeste dans les œuvres d'amour envers nos frères , et tout ce que nous faisons à ceux-ci , nous l'avons fait à Jésus-Christ même. Il n'en est point autrement de la contrition et de l'aveu de nos fautes devant Dieu. Quand l'âme est brisée par le repentir, ce sentiment veut se révéler au grand jour; alors nous confessons nos péchés à l'Eglise, et tout ce que nous faisons au prêtre, nous l'avons fait à Jésus -Christ, car il tient sa place. De même qu'un aliment mal sain , dit Origène , altère la santé , vicie les organes tant qu'il n'est pas rejeté ; ainsi le péché tourmente l'homme intérieurement , tant qu'il n'a pas été arraché de la conscience par la con-

fession. Que deux ennemis désirent sincèrement se réconcilier, ils se sentent entraînés à s'avouer leurs torts; et ce n'est non plus que par cet aveu que leur réconciliation devient véritable, que la paix rentre dans leur cœur. Telle est en effet la nature de l'homme , qu'il ne croit point lui-même à ses propres affections , s'il ne les voit manifestées à l'extérieur ; et dans la réalité , lea mouvemens de notre âme ne sont parvenus à leur dernier complément que lorsqu'ils ont reçu une forme visible. Au reste, pour qu'elle soit vraie, la confession intérieure doit être déterminée. Nous ne péchons pas seulement en général, mais nous nous rendons coupables de telle faute en particulier : donc la confession devant Dieu doit entrer dans le dénombrement des péchés ; de même par conséquent la confession faite au prêtre.

Il n'en est point ainsi dans la doctrine protestante. Ici la contrition du cœur, l'aveu intérieur ne renferme que la crainte des vengeances divines ; le repentir n'est pas la douleur , la haine du péché; car ce n'est qu'après l'absolution que ce sentiment éclot dans l'âme du chrétien. Un aveu montrant le péché au grand jour est donc absolument impossible , puisque l'homme ne se trouve point dans la disposition qui pourroit seule le déterminer à cet aveu. Le

mal est encore enraciné dans la conscience : comment pourroit-il se produire à la lumière ? Dans cet état , la honte égare Tesprit du chrétien , car le péché n*est point devenu étranger à la volonté. Au contraire celui qui déteste , abhorre le péché , le confesse avec douleur, et tout ensemble avec joie : avec douleur y parce que le péché est le mal propre du pécheur ; avec joie , parce qu'en le confessant, le pécheur s'en sépare et s'en éloigne. D'après cela nous devons comprendre l'aversion des protestans pour la confession catholique : effectivement elle devoit leur paroître le bourreau des consciences ( carnificina conscientiarum ). Aussi quelque favorables qu'aient été les premiers réformateurs à la confession auriculaire ' , bientôt elle fut abolie et elle devoit l'être nécessairement , puisque dans leurs principes elle est à tout jamais impossible. Eh !. comment l'homme pourroit-ii déclarer ses péchés , lorsque le péché lui ferme la bouche ? comment le mal pourroit-il sortir de son cœur , si ce cœur ne veut point se séparer du mal ? Cependant les nouveaux docteurs vouloient

' Luther, de captiviiate Balyl. 0pp. tom, IL fol. 292 : « Occulta autem confessio , quae modo celebratur , etsi probari ex Scriptura non possit, miro modo tamen placet, et utilis, imo necessaria est , nec vellem eam non esse , imo gaudeo eam esse in Ecclesia Christ!. » Art. Smalkald. P. IIL c. 8. p. 303 : « Nequaquam in Ecclesia confessio et absolutio abolenda est : praesertiiîî propter teneras et pavidas conscientias et propter ju-

conserver l'absolution du prêtre. Ils disoient r Puisque le fidèle doit participer à la rémission générale des péchés , il est très louable de Tab^ soudre en particulier '.

Ainsi le repentir se produit au grand jour par la confession ; ainsi l'aveu sincère dévoile au

Tentutem indomitam et petulantem, ut audiatur, examinetur, et instituatur in doctrina christiana. « Ces Articles renferment un grand nombre de semblables passages.

^ LeXXP canon du quatrième concile de Latran (Hard. Concil. tom. VII. p. 35.) dit : « Omnis utriusque sexus fidelis , postquam ad annos discretionis pervenerit, omnia sua solus peceata confiteatur fideliter , saltem semel in anno , proprio sacerdoti , et injunctam sibi pœnitentiam studeat pro viribus adimplere , suscipiens reverenter ad minus in pascha eucharistiae sacramentum.» Ce canon ne renferme qu'un règlement de discipline ; car il est clair que le temps de la confession n'appartient pas à l'essence du sacrement. Quant à l'usage, reçu aujourd'hui dans l'Eglise, de se confesser chaque fois avant de recevoir la communion , il ne repose sur aucune loi ecclésiastique. Celui à qui la conscience ne reproche aucune faute grave, pourroit bien aller à la table du Seigneur sans qu'auparavant il eût soumis ses péchés au pouvoir des clefs ; et c'est ainsi qu'autrefois les fidèles ne s'approchoient du saint tribunal , que lorsqu'ils se sentoient particulièrement coupables. Cependant l'homme religieux , connoissant les besoins du cœur humain , verroit avec douleur s'abolir l'usage fréquent de la confession; comme aussi il n'y a que le prêtre portant à regret le poids de son ministère , qui puisse désirer un semblable changement. Le célèbre Pascal qui peut-être, entre tous les théologiens et les philosophes modernes , a jeté le regard le plus profond dans la misère de l'homme , peint notre orgueil , notre amour-propre et la disposition que nous avons à nous tromper nous-mêmes , puis il continue : « En voici un exemple qui me fait horreur :

» La religion catholique n'oblige pas à découvrir ses péchés

prêtre l'état intérieur du pénitent. Or le prêtre réagit à son tour sur le pécheur par les œuvres satisfaetoires. Si donc la contrition constitue l'essence de la pénitence , tandis que la confession lui donne sa forme et son complément , la satisfaction la confirme et l'affermit. Ces trois actes

indifFéremment àtoutle monde : elle souffre qu'on demeure caché à tous les autres hommes , mais elle en excepte un seul , à qui elle commande de découvrir le fond de son cœur , et de se faire voir tel qu'on est. 11 n'y a que ce seul homme au monde qu'elle nous ordonne de désabuser, et elle l'oblige à un secret inviolable , qui fait que cette connoissance est dans lui comme si elle n'y étoit pas. Peut -on s'imaginer rien de plus charitable et de plus doux? Et néanmoins la corruption de l'homme est telle, qu'il trouve encore de la dureté dans cette loi ; et c'est une des principales raisons qui a fait révolter contre l'Eglise une grande partie de l'Europe.

» Que le cœur de l'homme est injuste et déraisonnable , pour trouver mauvais qu'on l'oblige de faire à l'égard d'un homme ce qu'il seroit juste , en quelque sorte , qu'il fît à l'égard de tous les hommes ! Car est-il juste c[ue nous les trompions?

» Il y a ^différents degrés dans cette aversion pour la vérité : mais on peut [dire qu'elle est dans tous en quelque degré , parce qu'elle est inséparable de l'amour-propre. C'est cette mauvaise délicatesse qui oblige ceux qui sont dans la nécessité de reprendre les autres de choisir tant de détours et de tempéraments pour éviter de les choquer. Il faut qu'ils diminuent nos défauts, qu'ils fassent semblant de les excuser , qu'ils y mêlent des louanges et des témoignages d'affection et d'estime. Avec tout cela cette médecine ne laisse pas d'être amère à l'amour-propre. il en prend le moins qu'il peut , et toujours avec dégoût , et souvent même , avec un secret dépit contre ceux qui la lui présentent.

» Il arrive de là que, si on a quelque intérêt d'être aimé de nous, on s'éloigne de nous rendre un office qu'on sait nous être désagréable; on nous traite comme nous voulons être traités ,

du pénitent, car le dernier est déjà acconipîi dans la voionté , ces trois actes sont les préliminaires indispensables de l'absolution qui consomme le sacrement. On voit, au reste, que l'absolution sacramentelle n'est pas la simple déclaration que les péchés sont remis. Dans les principes canons haïssons la vérité , on nous la cache ; nous voulons être îlattés , on nous flatte ; nous aimons à être trompés , on nous trompe.

» C'est ce qui fait que chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité, parce qu'on appréhende plus de blesser ceux dont l'affection est plus utile et l'aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l'Europe , et lui seul n'en saura rien. Je ne m'en étonne pas ; dire la vérité est utile à celui à qui on la dit , mais désavantageux à ceux qui la disent , parce qu'ils se font haïr. Or ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu'ils servent : et ainsi ils n'ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.

w Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n'en sont pas exemptes , parce qu'il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusioii perpétuelle; on ne fait que s'entre -tromper et s'entre -flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les hommes n'est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d'amitiés subsisteroienî , si chacun savoit ce que son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il parle alors sincèrement et sans passion.

3) L'homme n'est donc que déguisement,que mensonge et hypocrisie , et en soi-même , et à l'égard des autres, il ne veut pas qu'on lui dise la vérité , il évite de la dire aux autres ; el toutes ces dispositions , si éloignées de la justice et de la raison , ont une racine naturelle en nous. » ( Pensées de Pascal. ?„ L art. Y. n. s. toni. L p. 194, etc. Paris, 1RJ2. }

tlîoliques , l'épouvantement du cœur ne constitue pas l'idée de la pénitence, et la foi comme organe ne rend pas seule juste aux yeux de Dieu. Or les trois actes du pénitent joints à l'absolution du prêtre , ou, si l'on veut , le sacrement dans toute son intégrité confère la grâce divine qui purifie riîomme du péché, le sanctifie dans tout son être.

Ceux-là ne comprennent point la doctrine des deux églises , qui disent que le prêtre catholique absout en son propre nom, tandis que le ministre protestant ne fait que déclarer la volonté de Dieu. Jamais homme n'a cru remettre les péchés par son propre pouvoir, et d'ailleurs la déclaration luthérienne a un tout autre sens que ne l'imaginent les théologiens dont il s'agit.

IIL Reste à parler des œuvres satisfactoires , que tout à l'heure nous regardions comme accomplies dans la volonté même avant l'absolution du -prêtre. La satisfaction est de deux sortes : l'une concerne le passé seulement, l'autre regarde le passé et l'avenir tout ensemble.

Le pénitent s'accuse, par exemple, de s'être approprié le bien d'autrui : il faut de nécessité qu'il restitue, s^il veut obtenir le pardon de ses péchés. Cependant comme dans un grand nombre de cas, le bien dérobé ne peut être remis entre les mains du possesseur légitime, le prêtre exige alors.

selon les circonstances, une compensation équivalente. On voit d'ailleurs qu'on ne peut détester l'injustice et conserver en même temps le bien mal acquis. Ainsi point de pardon des péchés sans restitution, point de miséricorde sans œuvres satisfactoires. Or telle est la première espèce de satisfaction : elle consiste à faire ce que le repentir seul demanderoit déjà du pénitent.

La santé recouvrée dans la pénitence doit être ménagée avec beaucoup de soin : il faut que le pécheur, encore chancelant après sa chute , reprenne de nouvelles forces pour le bien. Aussi , connoissant l'état intérieur du pénitent, le prêtre lui prescrit les remèdes que réclame sa position , lui impose de pieux exercices qui raniment ses facultés religieuses, et concentrent toutes ses forces contre son plus dangereux ennemi. C'est ainsi qu'entourant la foiblesse de l'homme, l'Eglise l'élève peu à peu jusqu'aux plus sublimes vertus ; et qui connoît notre tiédeur^ notre lâcheté , notre langueur; qui sait tout ce que nous avons d'aversion pour ce qui demande des sacriiices , comprendra que cette bonne mère vienne à notre secours , nous intime ses volontés immuables pour donner plus de ressort à notre volonté débile'. Ainsi

* Caîechism. ex decreto Concil. Trident, p. 343 : « Satisfacere est causas .peccatorum excidere et eorum suggestioni aditum non indulgere. în quam sententiam alii asseiiserunt , satisfactio-

l'ordre des parens fortifie la foiblesse de l'enfant incapable de se soutenir seul.

Cependant, sous un rapport, les œuvres satisfacîoires ont le caractère de véritables peines ; et toujours, dès la naissance du christianisme, les catholiques les envisagèrent également sous ce point de vue. Expliquons-nous. En transgressant

nem esse piirgationem, qiia eliiitur, quidqiiid sordium proplcr peccati maculam in anima recedit , atque a pœnis tempore defiiiitis , quibus tenebamur, absolvimur. Quœ cum ita sint , facile erit fidelibus persuadere, quam necessarium sit, ut pœnitentes in hoc satîsfactionis studio se exerceant. Docendi enim sunt , duo esse , quae peccatum consequuntur, maculam et pœnam : ac quamvis semper, culpa dimissa , simul etiam mortis aeternae supplicium, apud inferos constilutum , condonetur, tamen non semper contingit, quemadmodum a tridentina synodo declaratum est , ut Dominus peccatorum reliquias et pœnam , certo tempore definilam , qusepeccatisdebeîur,remittat , etc. » p. 347 : « B. etiam Bcrnardus duo affirmât in peccato reperiri , maculam anima? et plagam : ac turpitudinem quldem ipsam Dei misericordia tolli : verum sanandis peccatorum plagis valde necessariam esse eam curam , quœ in remedio pœnitentîœ adhibetur, quemadmodum enim sanato vulnere cicatrices qua?dam rémanent, quœ et ipsa? curandae sunt : ita in anima culpa condonaîa supersunt reliquias peccatorum purgaiidœ, etc. » p. 352 : « Sed illud inprimis a sacerdotibus observari oportet, ut audita peccatorum coiifessione, antequam pœnitentem a pôccatis absolvant , diligenter curent ut si quid ille forte de re aut de existimatione proximi detraxerit , cujus peccati merito damnandus esse videator, cumulata satisfactione compenset ; nemo enim absolvendus est , nisi prius , qucC cujusque fuerint, restituere polliceatur, At quoniam multi sunt, quibus , et si prolixe poliicentur, se officio satis esse factures , tamen certum est,ac deliberatum nunquam promissa exsolverc , omnino ii cogendi sunt , ut restituant , etc. y>

la loi morale, l'iionime commet une faute infinie, qu'il lui est à jamais impossible de réparer. Or Jésus -Christ, le juste par excellence, s'est chargé des iniquités dh. monde; et quiconque entre en rapport intime avec lui , reçoit le pardon de ses péchés. Mais lorsque Dieu porta le décret de la rédemption , il ne lui plut point d'exempter l'homme des peines temporelles qu'il peut subir ; et, à moins d'anéantir sa justice pour faire éclater sa miséricorde , il ne pouvoit établir un autre ordre de choses , d'autant moins que le fidèle est devenu par le baptême membre du corps de Jésus-Christ , et qu'il a tout pouvoir de garder les commandemens. Ainsi la violation de la loi rend l'homme digne de châtiment , et sa faute doit être expiée même lorsqu'il se convertit. Nous voyons dans l'Ecriture sainte une foule d'exemples où le pécheur, quoique pardonné^ est encore sujet à des châtimens ; ce qui seroit inexplicable, si, une fois justifié, il n'étoit plus en rien redevable à la justice divine.

Cependant les réformateurs dirent que Dieu n'afflige l'homme que pour le ramener à la voie droite , qu'il veut retremper son âme|dans la douleur'. Sans doute ils seroient revenus d'une erreur

i Un fait rapporté par Salig et qui eut lieu à la conférence d'Augsbourg, montre qu'à l'origine Luther ne rejetoit p^s les œuvres satisfactoircs, qu'il accusoit même les catholiques de rc-

aussi déplorable, si seulement ils avoient bien interprété ces paroles de Thomme aux prises avec le malheur : Je Vai bien mérité. Oh ! que le sentiment naturel et l'humilité savent bien voir autre chose dans les souffrances que des moyens de correction. Il y a plus , c'est qu'il faut rejeter les

lâchement à cet égard. Voici les paroles de Salig ( Follstœndige historié der Jugsb. Confess. Histoire complète de la Confession d'Augsbourg, 1. Il, c. 8. § 7. p. 297.) : « Cependant je "ne puis passer sous silence ce que Cochlée raconte de la séance du premier et du deuxième jour. Comme le premier soir on ne pouvoit s'accorder sur l'article de la satisfaction , il fut résolu que le jour suivant Cochlée et Mélanchthon proposeroient un moyen propre à réunir les sentimens. Cochlée rapporta donc un passage de Luther ainsi conçu : « Quand ' otre mère , l'Eglise chrétienne , y veut arrêter la main de Dieu prête à nous frapper, elle châtie » ses enfans en leur imposant quelques œuvres satisfactoires , » afin de les soustraire à la vengeance céleste. C'est ainsi que

V les Ninivites prévinrent le jugement de Dieu par les œuvres » qu'ils firent librement. Ces peines volontaires ne sont pas abw solument indispensables, disent-ils (les catholiques), mais seu- )) lement jusqu'à certain point. 11 faut que le péché soit vengé ou ■» par nous , ou par les hommes , ou par Dieu ; vérité que ren- 5) versent ces autres par leur indulgence. S'ils étoient de bons « pasteurs, ils infligeroient des punitions à leurs ouailles, afin 3> de prévenir les châtimens de Dieu. Ainsi Moïse fit mourir 3> quelques IsraéUtes à cause du veau d'or (comment cet exemple 3) vient-il se placer ici)? Mais le mieux seroit que nous nous

V punissions nous-mêmes. » Ces paroles sont bien éloignées du relâchement où Luther tomba plus tard; alors il n'avoit pas encore repoussé tout ce qui gêne et mortifie les passions de l'homme corrompu.

Salig continue : « Ces paroles de Luther, qui avoient été communiquées par Cochlée , furent lues devant la commission par le docteur Eck,sur un morceau de papier. Ici Cochlée rapporte

peines éternelles réservées au méchant , dès qu'on nie les peines temporelles infligées à l'homme juste. En effet , il s'agit de la notion et de l'essence des peines, et non pas de ce qu'elles peuvent avoir d'accidentel. Si donc vous voulez qu'entre les mains de Dieu les peines ne soient que des

que les sept personnes luthériennes se regardèrent un instant dans un profond silence; Mélanchthon , qui étoit aussi là, devint rouge et il dit : « Je sais bien que Luther a écrit cela. •» Et comme il ne savoit plus que dire , le prince électeur, Jean-Frédéric , demanda : « Quand Lutlier a-t-il écrit cela.^ Y a-t-il bien dix ans?)> Alors les catholiques dirent : « Peu importe le temps oii Luther l'a écrit : il suffit que telle ait été sa doctrine. » Là-dessus Brentzen et Schnepfuis sortirent des gonds et dirent qu'ils étoient là non pour défendre les écrits de Luther, mais pour maintenir leur confession de foi. Ensuite Mélanchthon donna son opinion par écrit de cette manière : « on peut bien admettre trois parties de la » pénitence; le repentir, la confession, mais on doit placer » avant tout l'absolution; enfin la satisfaction qui consiste en de 3» dignes fruits de pénitence. « On tomba d'accord sur ce point que , par la satisfaction , les péchés ne sont pas remis quant à la coulpe ; mais est-elle nécessaire pour la rémission de la peine temporelle ? cette question resta controversée. Voilà ce que rapporte Cochlée. Or je ne veux pas précisément nier ce récit, jj Aussi vainement eût-il essayé de le mettre en doute ; car le passage de Luther se trouve encore dans Assert. 41. Jrt. contra indulgent, ad artic. 5 , tel que le rapporte Salig d'après Cochlée (voy. l'écrit de ce dernier, de actis et scriptis Luth. p. 200. ). On conçoit facilement l'embarras oîi cette citation jeta les Etats protestans ; jamais l'église luthérienne n'a vu avec plaisir les variations de son fondateur.

Quant à l'avis de Mélanchthon , il s'accorde très bien avec plusieurs passages de l'Apologie où il reconnoît aussi trois parties de la pénitence. Art. V : « Si quis volet addere tertiam , videlicet dignes fructus pœnitçntiee, hoc est muîationem lotius vitœ ac

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moyens de salut , elles ne peuvent dès lors être destinées tantôt à guérir, tantôt à châtier l'homme ; et si au contraire elles sont essentiellement vindicatives , partout et toujours elles doivent conserver ce caractère. Observons en outre que ces deux hypothèses sont également fausses; car, de même

moruni in melius, non refragabimur. « Voyez la générosité de Mélanchthon : il veut bien ne pas s'opposer à un sentiment qui s'accommode admirablement à sa doctrine touchant la foi; car les paroles citées n'établissent non plus aucun rapport intime , nécessaire , entre le pardon des péchés et le changement de vie. Il y a plus : c'est que notre auteur attache au mot satisfaction une tout autre idée que les catholiques. Dans la doctrine universelle , le dessein de changer de vie est renfermé dans la contrition ; en sorte qu'il est le premier acte qui concourt à la pénitence sacramentelle. Les proteslàns disent au contraire : Le repentir consiste dans les frayeurs dont l'homme est délivré par l'absolution , et ce n'est que plus tard qtje la vie nouvelle prend son commencement. Or voilà ce que Mélanchthon appelle la troisième partie de la pénitence -, mais ce changement de vie n'est rien moins que la satisfaction exigée par l'Eglise. En ce temps là , comme nous le voyons , dans les négociations religieuses , on ne se faisoit pas grand scrupule de la duplicité.

Au reste , les luthériens abandonnèrent bientôt ces principes sur la satisfaction ; car, sitôt qu'on faisoit de la vie nouvelle une partie intégrante de la pénitence , ils voyoient s'écrouler toute leur doctrine touchant la foi. Voilà comme Mélanchthon s'engagea dans des contradictions inextricables ; en vain cherchoit-il à suppléer à l'insuffisance du nouvel enseignement , tant qu'il ne vouloit point en abandonner les principes fondamentaux. C'est ainsi qu'après avoir accordé deux parties de la pénitence dans sa (iéclaration rapportée par Cochlée , il ajoute incontinent après qu'on doit compter avant tout V absolution; comme si toutes ces parties ne dévoient pas exister en même temps; comme si l'on ne devoit pas les placer sur la même ligne.

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qu'en Dieu la bonté et la justice sont étroitement unies , de même les peines sont des remèdes à la fois et des cliâtimens ; et ce n'est que lorsque l'homme ferme son cœur à la miséricorde , qu'il ressent uniquement lès coups de la vengeance céleste. Ainsi les réformateurs dévoient, pour être conséquens , réformer la doctrine de l'Ecriture sur les peines de l'autre vie.

Or l'Eglise , qui voit dans la pénitence sacramentelle une institution divine, doit embrasser tous les rapports du péclieur avec Dieu ; elle doit nourrir dans l'homme le sentiment que ses transgressions sont condamnables ; elle doit enfin maintenir les peines dans toute l'étendue de leur signification. Aussi le représentant du Christ , pour affermir le fidèle dans la vertu, lui inflige des chàtimens , des peines proprement dites. Yoilà le point de vue sous lequel on envisageoit, dans les premiers siècles, les pénitences imposées aux pécheurs publics, et c'est une assertion démentie par l'histoire , qu'elles n'aient eu pour but que de réconcilier avec la société des fidèles. Jamais l'Eglise ne s'est séparée de Jésus-Christ , comme on l'a fait dans ces derniers temps hors du catholicisme, et toujours elle se crut instituée pour gérer les intérêts de la justice divine, aussi bien que pour répandre des faveurs.

Les œuvres satisfactoires , au surplus, ne dé-

rogent en aucune manière aux mérites de la rédemption. En effet , ces œuvres ne doivent pas être confondues avec la satisfaction opérée par le Sauveur ; bien plus , elles n'ont de valeur qu'autant qu'elles sont enfantées par son divin Esprit ; c'est le Fils du Très-Haut qui les offre à son Père , c'est par lui qu'elles méritent les regards de Dieu'. Malgré cette doctrine formelle des catholiques, jamais les protestans n'ont pu se convaincre qu'elles n'obscurcissent pas la gloire du Christ; toujours ils ont accusé l'Eglise de trop accorder à la justice de l'homme. Cette objection, tout absurde qu^'elle est, ne surprend pas dans la bouche des novateurs, quand on se rappelle leurs principes sur la justification. A quel titre eussent-ils exigé des œuvres satisfactoires ? sous forme de restitution ? Mais c'eût été proclamer les bonnes œuvres nécessaires pour le salut. Comme des moyens de conversion, des peines médicinales? Mais alors se présentoit la doctrine que l'homme doit agir avec la

* Concil. Trident, sess. XIV. c. 8 : « Neque verô ita nostra est satisfactio haec , quam pro peccatis nostris exsolvimus , ut non sit per Christum Jesum. Nam qui ex nobis , tanquam ex nobis nihil possumus ; eo coopérante , qui nos confortât , omnia possumus. Ita non habet homo unde glorietur , sed omnis gloriatio nostra in Christo est, in quo vivimus, in quo merenmr, in quo satisfacimus , facientes fructus dignos pœnitentiae : qui ex illo vim habent , ab illo offeruntur Patri , et per illurn acceptantur a Pâtre. »

grâce, que le pardon des péchés dépend de la sanctification. Enfin eussent-ils fait de la satisfaction une partie intégrante du sacrement ? Mais dès les premiers jours ils rejetèrent la possibilité des préceptes , et c'est pour faire sentir au pécheur cette possibilité , qu'on lui impose l'obligation de satisfaire à la justice divine. Ainsi , de quelque côté qu'on envisage la satisfaction, elle est incompatible avec le nouvel enseignement'.

A la doctrine des œuvres satisfactoires et médicinales se rattache le dogme des indulgences. Malheureusement on ne peut le nier, de déployables abus , de graves désordres purent bien engager les sectaires dans la voie de l'erreur; mais de grands génies , des restaurateurs de l'Evangile ; mais des envoyés de Dieu — car Luther aimoit à se regarder comme tel — rejettent-ils la vérité à cause de l'abus qu'on en a fait ' ? Dès les premiers siècles , les catholiques ont entendu par

1 Melanchth. Loc. theolog. p. 65 : « Quid enim videtur magis convenire , quam ut sint in Ecclesia publicorum scelerum satisfactiones? At illae obscurarimt gratiam. » Calvin. Instit. 1. IV. c. 4. § 25 : « Talibus mendaciis oppono gratuitam peccatorum remissionem : qua nihil in Scripturis clariiis piœdicaUir. »

'^Concil. Ancyran. (a. 314.) c. V. (Hard. Concil. tom. i.

p. 273 : « Toùç êè è-jUjy.àTZOVi èll,oi)'jiœj Syjvi zov rpÔTZov r'/jç, STti^rpQfrn oo~ /.i^«,KTavT«; (sikv.'jBptatzzûzzB'xi. , v) ii'j^è.io-ju. 'KporsTiOéva.i y^pàvO'j. Wpb 7r«v- Twv Sï x«t h ■îzpoâ.yoi'j (^ioi^ XKt b y.szà. rxvTV. IçîTa^^'iT^W /.v.i 0'jt(>)ç -.7

«t/av^pwTTtV. s.7iL!J.tTpii^eoi. » Conc. Nicsen. a. 325. c. XII. 1. 1. 327 :

« E'.^' or.-KV.i^l (?îT0vT0t5 7tpG7-f}Xzi ■^•TÔ.'CsiV T/;V 'TzpOVÀp-ziV j /.yÀ TO -lyO: Zr^i

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indulgence la rémission de la pénitence imposée par l'Eglise. Cette faveur étoit accordée lorsque le pécheur, donnant des signes de résipiscence , paroissoit pouvoir se passer des remèdes qui lui avoient été prescrits , et étoit jugé digne d'obtenir, avec l'absolution du prêtre, la rémission de la peine temporelle".

Plus tard quelques théologiens ont donné au mot indulgence une signification plus étendue; mais comme leur doctrine ne fait point article de foi , nous n^avons pas à nous en occuper ici. Pour jce qui est du dogme catholique, le concile de Trente a seulement défini que l'Eglise a le pouvoir d'accorder des indulgences, et qu'elles sont utiles quand elles sont dispensées avec sagesse'.

Dans la suite, nous verrons comment la doc-

usTavoc'aç. Ocot /jiev yap v^cd csdêw xkc Sc/^pucty.cd Ùt^oij.O'j'^ ^vÀ c/.yv.Qo£pyia.ii Tyjy sTtiarpofYiv spyw xat où cj^yj/zart STïi^sîxvvJTCf.i. » cf. COncil. Carth. IV. c. 75.

* Dans l'ancienne Eglise , l'absolution n'étoit accordée qu'après l'accomplissement de la satisfaction.

2 Concil. Trident, sess. XXV. décret, de indulgent. Dans le même décret le concile blâme et défend sévèrement les abus dans la dispensation des indulgences : « In his tamen concedendis moderationem , juxta veterem et probatam in Ecclesia consuetudinem , adhiberi cupit : ne nimia facilitate ecclesiastica disciplina enervetur. Abusus verô , qui in his irrepserunt , et quorum occasione insigne hoc indulgentiarum nomen ab hgereticis blasphematur, emendatos et correctos cupiens , prœsenti decreto generaliter statuit , pravos quœstus omnes pro his consequendis , unde plurima in Christian© populo abusuum causa fluxit , omnino abolen-

trine du purgatoire se rattache à celle des œuvres satisfactoires.

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