II
riiomme ne puisse engendrer la foi dans les cœurs, qu'elle ne naisse que sous l'influence du Saint-Esprit , cela sans doute est hors de contestation : mais avancer que nous parvenons à la foi sans aucun secours humain , c'est tomber dans la même erreur que celle qui fait de la conversion l'ouvrage de Dieu seul '.
Ici s'explique l'aversion des réformateurs pour la philosophie. Qui le croiroit? Zwingle veut que les élèves du sanctuaire quittent les livres pour apprendre un métier : La science, dit-il, enfle le cœur, et rend incapable des choses de Dieu. Lui-
î Loc. cit. p. 169 : « Com Dco docente discant pii, ciir non eam doctrinam, quam divinitus accipinnt, iis liberam permiltitis? Quod vero Deus piorum animos insliUiat , Christiis codem in îoco non obscure ianuit, dicens : Omnis qui audiverit a pâtre et, didicerit , ad me A^enit. Nemo ad Christum pervenit, nisi cognilionem illius a pâtre acceperit, Jamne ergo videtis et audilis , quis sît magister fidelium ? Non patres , non doctores titulo superbi, Bon magistri nostri , non pontificum cœtus , non sedes , non scholœ nec concilia, sed pater Domini nostri Jcsu Cîiristi. Quid ergo, objicitis, an homo hominem docere non potest? Ncquaquam. Ciîristus enim dicit : nemo \enit ad me, nisi pater traxerit oum... Verba Spiritûs clara sunt , doctrina Dei cirra est , docet et hominis animum sine uUo humanse rationis additamcnto , de sainte cei tiorem reddit , etc. »
Le dogme de la prédestination , de même que celui de la passivité de l'homme, a, dans les écrits de Zwingle, la plus grande influence sur l'article dont il s'agit. Ce que le iidèle croit faire en lisant l'Ecriture, il ne le fait qu'en apparence. Loc. cit. p. 171 : « Quod verô ac in re opus tuum esse credis,non tuum , sed Spiritûs sancli est, qui occulte in te et per virtutem suam operatur. »
même abandonne l'étude de l'Ecriture, et s'adresse aux ouvriers pour en apprendre les mystères du céleste royaume. De même Mélanclitlion entre en apprentissage chez un boulanger. Non pas toutefois qu'il veuille , pour lui , se donner un maître dans Texégèse , mais c'est pour obéir à la voix de sa conscience ; car il tenoit que ces paroles , à la sueur de ton front , imposoient à chacun l'obligation du travail des mains.
Cette doctrine , nous le savons bien , a reçu plus tard de grandes modifications ; mais , voulant faire ressortir la fih'ation des dogmes protestans, nous ne pouvons confondre des opinions qui virent le jour à des époques différentes. Retranchant toujours et sans cesse ajoutant, Luther apporta de nombreuses contradictions dans son système; et, si nous voulons les expliquer, il faut bien que nous parcourions les diverses phases de sa doctrine. D'un autre côté, les correctifs ne furent amenés que par des circonstances extérieures : les anabaptistes vinrent attaquer la réforme l'Evangile à la main ; et Luther , hors d'état de maintenir sa première position , enseigna pour lors l'activité de l'homme dans l'interprétation de l'Ecriture sainte. En général les prétendus prophètes engagèrent Luther dans une' nouvelle route , et c'est ce que déjà Menzel fait observer dans son histoire d'Allemagne. Toutefois
jamais il n'a pensé que l'on pût saisir le vrai sens des Ecritures par l'exégèse : cette opinion eût renversé tout son système ; car vouloir pénétrer les choses de Dieu à l'aide de l'entendement humain, c'étoit pour lui un crime de lèze- majesté divine. Quel est donc , selon le Réformateur, le hut de l'interprétation scientifique ? C'est d'expliquer aux autres le sens que Dieu seul a mis dans nos cœurs ; ce qui , à la vérité , est complètement inutile dans ses principes.
Telle est donc la différence entre la doctrine catholique et celle de Luther et de Zwingle : L'Eglise dit : J'ai la certitude immédiate des vérités chrétiennes ; car instruite par Jésus-Christ et les apôtres, j'ai été formée, élevée dans leur doctrine; et ce que j'ai entendu, l'Esprit de Dieu l'a gravé dans mon cœur. La parole écrite et la parole transmise ne sont qu'une , et c'est pourquoi la première doit être interprétée par la seconde. Voici, au contraire, l'opinion des deux réformateurs : Lorsque nous lisons les Ecritures , l'Esprit divin met seul la vérité dans nos cœurs : donc il faut interpréter l'Ecriture par la parole intérieure , c'est-à-dire par le témoignage de la conscience.
Nous le savons , ce n'est que très difficilement qu'on peut se former une idée claire de cette doctrine protestante ; mais qu'on essaie de conci-
lier autrement ces deux propositions : Dieu seul instruit le fidèle intérieurement y et, sans r Ecriture sainte^ nulle connaissance de rétablissement chrétien. La suite de l'exposition , toutefois , répandra plus de jour sur cette matière.