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XLVI

Eglise invisible.

Nous sommes entrés déjà bien avant dans l'idée de l'Eglise selon les luthériens. Nous l'avons entendu, l'homme est instruit par Dieu seul intérieurement, il est purement passif dans l'apperception de la vérité. Donc, en premier lieu, chaque fidèle est infaillible , puisqu'il n'est mu que par l'Esprit divin ; donc , secondement , l'autorité de l'Eglise est inutile ; car de quel droit viendroit-

^lle s'interposer entre Dieu et le croyant , si la voix du Ciel, par le moyen des Ecritures, parle immédiatement à nos cœurs'.

D'après tout cela qu'est-ce que l'Eglise, qu'une association spirituelle, une société invisible, puisqu'on ne peut plus assigner aucune raison de sa visibilité ? Telle est aussi l'idée qu'en donne Luther : «Comme nous prions dans la foi, dit-il, » de même je crois au Saint-Esprit et à la com- » munion des saints. Mais par communion , j'en- » tends la société de tous ceux qui vivent dans la » foi, dans l'espérance et la charité. Ainsi l'esj) sence, la vie et la nature du christianisme ne » consistent pas dans une assemblée corporelle , » mais dans l'union des cœurs en une même » foi". » Que cette foi puisse jamais défaillir, c'est ce que le Réformateur n'avoit pas la moindre

* Nous le répétons, ce n'est pas notre faute si le texte renferme une contradiction. Nous devons exposer la doctrine des réformateurs telle que nous la trouvons dans leurs écrits. Or ces deux propositions : Dieu agit immédiatement dans l'homme, et, Dieu agit par le moyen de la parole extérieure, de la parole écrite; ces deux propositions, disons-nous, se détruisent l'une l'autre. Ce n'est que dans le second livre que nous trouverons la clef de cette contradiction.

2 Fom Bapstthumb : Du Papisme, par Luther , édition allemande de Jéna , vol I. p. 2C6. Respons. ad librum Ambros. <^af/iar., anno 1521.'opp. tom. II. fol. 376. Dans le premier écrit , Luther ajoute que l'union avec l'Eglise visihle n'est pas <nicore l'union avec l'invisible , que nombre d'incroyans se trou- *>ent dans celle-là , qu'ainsi elle n'est point nécessaire !

raison de craindre ; car, si Dieu seul est actif, il saura bien la mettre dans les cœurs et conserver éternellement son ouvrage.

Cependant , bien que Luther considère le fidèle comme instruit de Dieu seul , nous avons vu qu'il établit des docteurs humains , qu'il les revêt même d'une légitime mission. Or par là l'Eglise se produit à la lumière ; en sorte que , suivant le docteur, elle est invisible et visible tout ensemble. Dans son écrit contre Ambroise Catharin , nous rencontrons la plus étrange doctrine qu'il soit possible d'imaginer. Catharin avoit adressé cette question au nouvel apôtre : Si l'Eglise n'est que dans l'esprit f comment peut-on la reconnoitre sur la terre ? « Par le baptême , par la cène et surtout par l'Evangile , répond Luther : voilà les marques auxquelles on la discerne infailliblement, bien qu'elle soit une société purement intérieure'. » Mais chacun voit que ces notes font du corps des fidèles une institution visible ; et comment concilier cela avec ces paroles : Le bercail des élus est une association purement intérieure?

' Luther. Respons. ad libr. Amhros. Cathar. , loc cit. fol. 376 — 377 : « Dices autem , si Ecclesia tota est in spiritu, et res omnino spiritualis , nemo crgo nosse poterit , ubi sit uUa ejus pars in loto orbe... Quo ergo signo agnoscam Fxclcsiam?... Respondeo : signum necessarium est, quod et habemus, Baptisma ac panem et omnium potissimum Evangelium. »

Suivant k confession d'Augsbourg, « l'Eglise est l'assemblée des saints dans laquelle se trouve la vraie prédication de l'Evangile et la légitime administration des sacremens '. » Or que suit-il encore de là? C'est que l'Eglise est invisible et visible tout à la fois : elle est invisible, puisque Dieu seul connoît les saints : elle est visible, puisque la parole y est enseignée , puisque l'on y administre le baptême et tous les sacremens. Ecoutons avec attention : La véritable Eglise est oii les saints annoncent la véritable doctrine. Sans doute la société du Christ possède la vérité pure, sans doute elle enfante la sainteté dans les cœurs ; mais en sommes-nous plus avancés pour reconnoitre le troupeau des enfans de Dieu ? Comment distinguerez-vous la vraie doctrine ? Sera-ce par la sainteté de celui qui la prêche ? Non assurément; car vous ne pouvez sonder les consciences : ou bien jugerez-vous par la doctrine de la sainteté du prédicateur ? mais alors vous connoissez déjà la vraie doctrine ; et qu'avez-vous besoin de règle pour la discerner? Pourquoi demandeî-on où est l'Eglise du Sauveur, sinon pour arriver

* Confess. Augusî. art. VII : « Item docent, quod una sancta Ecclesia perpctiio mansiira sit. Est autem Ecclesia congregatio sanctorum , in qua Evangelium recte docetar, et recte administrantur sacramenta. Et ad veram unitàtem Ecclesiœ satis est, ronsentirc dedoctrina Evangelii et administratioriC sacramentoviim.»

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