‹ La symboliqueChapitre 17 sur 63 · LU · texte numérisé non relu

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Doctrine catholique.

Jusqu'ici nous avons envisagé l'Eglise dans son existence et sa vie terrestre; il faut maintenant la considérer au-delà de ce monde. En quittant la société visible qui unit les hommes ici-bas , les fidèles ne brisent point leurs rapports avec leurs frères sur la terre; car le saint amour tombé du ciel enchaîne à jamais ceux qu'une fois il a reçus dans son sein, quand ils ne rompent pas ces nœuds volontairement. Tous ceux donc qui nous ont quittés avec la consécration de l'amour ; toutes ces intelligences célestes , tous ces esprits supérieurs qui n'ont jamais vécu avec nous dans le temps et dans l'espace, mais qui reconnoissent le môme chef Jésus-Christ ' ; tous forment avec nous une

1 Jacob. Sadolet. Gard. S. R. E. opp. tom. ÏI. p. 181, fait très bien ressortir le sens de la doctrine catholique. Il dit : « Siu

seule Eglise, un seul corps étroitement uni dans tous ses membres.

Mais tous les fidèles , qui sortent de la famille terrestre avec le signe d'amour, n'entrent pas aussitôt dans ces rapports béatifiques, réservés dès le commencement à ceux qui aiment Dieu en Jésus-Christ. Suivant qu'ils ont été seulement touchés ou purifiés par l'amour divin , ils vont dans un monde différemment ordonné : ceux-là, dans la demeure où se consomme la justice imparfaite; ceux-ci, dans le séjour qu'habitent la sainteté et le bonheur. Les premiers appartiennent encore à l'église souffrante : ils doivent subir des peines, des châtimens, passer par le feu de la purification '; car il étoit en leur pouvoir, vivant sur la terre , de se laver entièrement ' dans le sang

mortalis anima sit , edamus et bibamus , inquit Apostolus , paulo enim post moriemur : sin autem sit immortalis, ut ccrto est, unde , quaeso , tantum et tam repente factum est corporis morte dissidium , ut et viventium et mortuorum animae inter se nihil congruant, nihil communicent , omnis cognationis nobiscum , et communis humanœ societatis oblitaî? Cum pra?sertim charitas, quae praecipuum Spiritus sancti in Christiano génère est donum : quœ nunquam non benigna , nunquam non fructuosa est, et in eo, in quo Jnest, nunquam inutilitcr consistit, salva semper et efficax in utraque vita permaneat. »

^ On lit dans le missel cette prière pour les morts : « Suscipe , Domine , preces nostras pro anima famuli tui N. ut si quœ ei maculœ de terrenis contagiis adhœserunt, remissionis tua; misericordia deleanfur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. »

2 Un article de la réunion opérée à Florence entre l'église

de l'Agneau. Les seconds, au contraire, ceux qui arrivent dans le lieu de repos , sont memjjres de l'église triomphante; dénomination qui est claire par elle-même.

Que le dogme du purgatoire se rattache intimement à la doctrine de la justification , c'est ce que déjà nous avons montré plus haut; reste donc à parler de nos rapports avec les âmes détenues dans ce séjour de misères. Entraînés par l'instinct de nos cœurs , et plus encore par la voix de l'Eglise , nous déposons , en faveur de ces fidèles, nos suffrages aux pieds du Tout-Puissant. Mais, lorsque la victime sans tache s'immole sur nos autels, c'est alors surtout que nous redoublons nos instances , que nous prions le Père céleste de hâter l'entrée de nos frères dans le repos éternel'.

grecque et l'église latine , étoit ainsi conçu : « Item , si verè pœnitentes in Dei carilate deccsserint, antcquam dignis pœnitcntiiE fructibus de commissis satisfecerint et omissis, eornrn animas pœnis purgatoriis post mortcm purgari {■/.'/.Oup-iy.y.Xi n/jupiiy.ii x.KÔv.ipE'^Oxi /j-srà. ôocvv.zov) : et ut a pœnis hujusmodi rclcventur, prodesse eis fidelium vivorum suffragia , missarum scilicet sacriticia , orationes et eleemosynas, et alia pietatis officia , qua' a fidelibus pro aliis fidelibus fieri consucverunt , secunduni Ecclesiceinstituta. » (H4rd. Acta Concil. tom. IX. p. 422.)

' Concil. Trident, sess. XXV. décret, de purgator. : « Cnm oatholica Ecclesia... docucrit purgatorium esse: animasquc ibi detentas, fidelium sufTragiis, potissimum vero acceplabili altaris sacrificio juvari , prœcipit sancta synodus episcopis , ut sanam de purgatorio doctrinam, a sanctis patribus, et a sacris conciliis tradilam , a Cliristi fidelibus credi , tcneri, doccri et ubique pr.e-

Vainement veut-on nous faire abandonner ces prières; elles ont dans nos cœurs d'aussi profondes racines que l'amour et la foi; partout et toujours , la piété reconnoissante a prié pour les morts ; le peuple de Dieu et l'Eglise primitive se prononcent en faveur de ce culte.

La doctrine catholique , au reste , n'entre point dans de plus grands détails sur les peines et le lieu du purgatoire ; et , si nous avons employé l'expression feu purifiant, ainsi que d'autres semblables , c'est dans un sens figuré et selon l'usage reçu.

La société qui existe entre nous et l'église triomphante est soumise à d'autres lois. Parlons d'abord des membres qui traversèrent comme nous cette vallée de larmes. Non-seulement nous jouissons encore des bienfaits qu'ils répandirent sur la terre en affermissant le royaume du Christ ; non-seulement ils sont nos modèles , les héros de vertu en qui Jésus-Christ s'est empreint et réfléchi de mille manières; mais encore, telle est notre

dicari diligenter studeant. Apud rudem vero plebem difficiliorcs ac suhtiliores quaestiones , quœ ad œdificationem non faciunl , et ex quibus nuUa fit pietatis accessio , a popularibus concionibus secludantur. Incerta item, vel quae specie falsi laborant, evulgari ac tractari non permittant. Ea vero , quae ad curiositatem quandam , aut superstilioncm spectant , vel turpc lucrum spcctant , tanquam scandala et fidelium offendicula proliibeant , etc. » Sess. XXII. c. II : « Quare non solum pro fidelium, vivorum poccatis..., sed et pro defunctis in Christo nondum pleniter purgatis offerlur. » Conf. sess. VI. can. XXX.

ferme confiance , ils sont nos protecteurs auprès de Dieu , le priant sans cesse de nous combler de grâces et de bénédictions. Plus est pur l'amour dont ils sont embrasés , plus est ineffable le bonheur dont ils s'abreuvent dans le sein du Très- Haut, plus ils sont aussi tournés vers nous par l'amour, plus ils prennent d'intérêt à nos luttes et à nos combats. Ainsi donc les bienheureux prient Dieu pour leurs amis d'ici-bas , et nous implorons leurs suffrages , sachant que la prière du juste peut beaucoup devant le père des miséricordes. On appelle invocation l'acte par lequel nous réclamons ces suffrages; et intercession, celui par lequel ils répondent à nos supplications'.

Or l'exemple des saints proposé comme modèle, leur intercession pour nous auprès de Dieu, voilà l'idée de la vénération que nous leur por-

' Concil. Trident, sess. XXV : « Mandat sancta synodus omnibus episcopis... ut fidèles diligenter instruant, docentes eos, saactos , una cum Christo régnantes , orationes suas pro hominibus offerre , bonum atque utile esse suppliciter eos invocare ; et ob bénéficia impetranda a Deo per filium ejus Jesum Christum dominum nostrum , qui solus noster redemtor et salvator est , ad eorum orationes, opem auxiliumque confugere. » Sess. XXII. c. III : « Et quamvis in honorera et memoriam sanctorum nonnullas interdum missas Ecclesia celebrare consueverit ; non tamen illis sacrificium ofierri docet , sed Deo soli , qui illos coronavit , unde nec sacerdos dicere solet, oflero libi sacrificium, Petre, vel Paule , sed Deo de illoruni victoriis gratias agens eorum patrocinia implorât, ut ipsi pro nobis intercedere digncntur in coeiis, quorum mrinori;'m facimiis in terris. »

tons. Ce culte est à l'adoration ce que le foible mortel est à l'Etre suprême '^. Embrasés par l'amour divin , les enfans de l'Eglise n'ont qu'un cœur et qu'une âme; se voulant toutes sortes de biens, ils lèvent tous ensemble les mains vers le ciel ; et Dieu, qui voit avec complaisance sa charité

*Les protestans n'ont jamais voulu comprendre cette dilTérence; peut-être se laisseront - ils instruire par un de leurs frères : « Si Loth se prosterne devant les deux anges qui le visitèrent , c'est une civilité qu'il fait à des étrangers. Si Jacob se prosterne devant Esaû , c'est la déférence qu'un cadet a pour son aîné. Si Salomon se prosterne devant Uethsabée, c'est un fils qui honore sa mère. Si Nathan se prosterne devant David, c'est un sujet qui offre ses respects à son prince. Mais si un homme se prosterne en priant Dieu , alors c'est la créature qui adore son Créateur ; et quand on a traduit les termes qu'on a rapportés , tantôt par adorer, tantôt par se prosterner, ce n'est pas la signification du mot qui a déterminé les interprètes, c'est la nature du sujet qui les a conduits dans le choix de ces expressions. Je suppose qu'un Israélite se fût prosterné en abordant son roi , personne ne l'auroit accusé d'idolâtrie ; s'il en eût fait autant devant une idole , ce même acte corporel auroit passé pour un acte d'idolâtrie. Pourquoi? Parce qu'on auroit jugé par son action qu'il regardoit l'idole comme une vraie divinité , et qu'il avoit pour elle les sentimens que suppose l'adoration. Prise dans le sens restreint que ce terme a dans notre langue , l'adoration exprime le culte rendu à l'Etre suprême. Que faut-il donc penser de ce que font les catholiques pour honorer les saints , les reliques , les bois de la croix ? Ils ne nieront pas que ce culte extérieur ne ressemble en tout à ce qu'ils font poiu" honorer Dieu extérieurement. Mais ont-ils des saints et de la croix les mêmes idées qu'ils ont de Dieu? Je ne crois pas qu'on puisse justement les en accuser. Par là même il me semble qu'on ne doit pas les qualifier d'idolâtres. Il est pourtant vrai que le titre de déesse est échappé à quelques-uns d'entre eux en parlant de la sainte

1S6 dans les siens , exauce leurs prières selon la plénitude de sa puissance ; ce qui n'est au pouvoir d'aucune créature.

Au surplus , si nous devons adorer Jésus-Christ, nous devons aussi honorer les saints. La gloire dont ils sont entourés, qu'est- elle autre chose qu'un rayon de la magnificence du Réparateur, qu'une preuve éclatante de sa toute-puissance qui, de la poussière et du péché , fait éclore des esprits resplendissans de lumière? Qui donc honore les saints, glorifie Jésus-Christ; car ils ont été enfantés par sa vertu divine , et nourris de sa substance. Si pendant le cours de l'année les fêtes du Seigneur rappellent ses principales actions , les fêtes des saints rendent témoignage , à travers tous les siècles , à la vertu féconde des souffrances et de la mort du Sauveur. Ainsi la vie des saints montre les fruits et les effets de la vie du Fils de Dieu. De même que l'Eternel n'est pas le Dieu des morts, mais des vivans, de même le Christ n'est pas le Dieu d'un monde enseveli dans la mort , mais il est le Dieu d'un peuple vivant de la vie spirituelle, croissant en sainteté et en justice.

Vierge ; mais ce n'est pas l'Eglise qui a tenu ce langage , ce sont de simples particuliers... Je ne voudrois pas accuser les catholiques d'idolâtrie.» {Encyclopédie d'Fverdun, tom. I. article adorer. ) S'il falloit une nouvelle preuve de la mauvaise foi de plusieurs protestans, le reproche d'idolâtrie adressé aux catholiques la fourniroit. {lYote du irad.)

Observons enfin que l'Eglise n'enseigne pas que nous devons invoquer les saints, mais seulement que nous le pouvons ; car le concile de Trente ne dit autre chose, sinon qu'il est utile et salutaire d'implorer leurs suffrages. Mais il n'en est pas ainsi de la foi en Jésus -Christ : FEglise n'a pas seulement défini qu'il est utile de croire à sa divinité, elle en fait une obligation rigoureuse.

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