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III. Et non-seulement la notion catholique de

l'Eglise ne satisfait pas moins la raison que le

1 <^ur; mais encore elle ennoblit tout l'homme,

elle développe et perfectiomie toutes ses facultés.

Déjà nous avons vu comment l'Eglise visible, apportant la certitude à l'homme , imprime à toute sa volonté la plus forte impulsion. Voyons maintenant quelle influence exerce sur lui l'Eglise comme société religieuse universelle.

Ce n'est pas sans raison qu'un ancien philosophe a défini l'homme un animal sociable. Bien que cette définition soit incomplète ( car elle ne détermine pas quelle est la sociabilité de l'homme ) , elle exprime avec justesse sous quelle condi- "^ tion l'homme peut atteindre sa fin comme être moral.

Gémissant sous le poids d'une grande malédiction , les tribus sauvages seules s'isolent au milieu des peuples ; seules , elles se relèguent en elles-mêmes; seules, elles n'éprouvent nul besoin du commerce avec les étrangers. Aussi vou-

îez-voMS que cet être incomplet (le sauvage) , communique aux autres ses idées ? il n'en a plus ; elles se sont toutes éteintes. Qu'il les fasse participer aux progrès de son industrie ? les arts ont fui la terre qu'il habite. Expression vivante de l'intelligence de leurs auteurs, les produits des arts se répandent chez les nations étrangères comme enveloppés dans le génie du lieu qui les a vus naître ; puis traversant d'autres contrées, ils s'empreignent incessamment de pensées nouvelles, en sorte qu'ils arrivent toujours au lieu de leur destination finale avec une richesse d'un ordre beaucoup plus élevé que celle qu'ils ont en eux-mêmes. Le sauvage se soustrait à tous ces écoulemens qui portent avec eux la civilisation'. Aussi lorsqu'eïrc'yz^erétoit encore synonyme à' ennemi; lorsque tout ce qui étoit national ( Iran ) étoit le bien exclusif, et tout ce qui étoit d'un autre peuple (Tiira?i) mauvais par cela môme; lorsque les dieux par tout l'univers , les dieux de la Colchide , de l'Egypte , de la Crète agréoient encore le sang des étrangers , oh ! qu'elle doit avoir été barbare et féroce la vie des peuples

1 Perse dit que la sagesse a passe chez les Romains avec le poivre de l'Orient : Sapiektîa cum saporis mercibiis invecta. Perse veut flétrir le luxe de son époque , nous le savons ; mais celte ironie énonce une vérité incontestable. Les vices , le despotisme, etc., ne détruisent point ce que nous avançons : de quoi u'abusc-t-on pas?

dans cet isolement réciproqae ! Car si les dieux alors se repaissoient de sang humain , n'en doutons pas , c'est que l'homme leur prêtoit ses affections et ses mœurs.

Lecommerce avec les étrangers , les liens , les rapports de dépendance qui en découlent, voilà donc la condition nécessaire de toute civilisation. Plus cette société , cette dépendance s'élargissent , c'est-à-dire plus l'idée de l'étranger disparoît , plus le genre humain s'avance vers ses destinées d'ordre et de perfection.

Mais à côté de ces relations générales , de cette dépendance universelle , marche d'un pas égal le développement de la dépendance intérieure. Plus un peuple est humain , civilisé , plus aussi ce peuple est étroitement lié par de saintes lois , par de sages institutions , par des coutumes et des usages vénérables qui affermissent les devoirs et les droits. Ainsi, plus un peuple se civilise, plus ses liens intérieurs vont se multipliant; et, de même, plus l'indépendance extérieure se fortifie , plus la barbarie est grande.

Or de tout cela quelle est la conséquence, sinon que l'individu, par une loi mystérieuse, est enlacé dans tout le genre humain? Si la dépendance extérieure , en humanisant l'homme , lui procure dans l'Etat la liberté civile, la religion seule , et ceci est reconnu par tous , la religion

seule lui donne la liberté morale , la vraie liberté. Or de même que le véritable perfectionnement de l'homme ne peut éclore que dans la société , de même la vie religieuse ne pousse de profondes racines que dans l'Eglise,

C'est un fait constaté par l'expérience : l'homme vivant hors de toute église, ou n'éprouve aucun sentiment religieux , ou , s'il en éprouve , il est dominé par un fanatisme sauvage : dans aucun cas la religion ne peut porter en lui ses fruits de bénédictions. Au contraire, plus la société qui attache l'homme à ses frères est fortement constituée <, plus elle jette de liens autour de son cœur, plus aussi il est moralement et véritablement libre. Ainsi donc l'Eglise catholique , qui unit tous ses membres dans un même corps , doit élever l'homme au plus haut point de développement religieux et moral. Ce n'est point un vain rêve , un léger fantôme qu'embrasse le catholique ; c'est au contraire une réalité et une réalité sainte , dans laquelle l'amour et la foi , l'humilité et le renoncement à soi-même se développent au suprême degré. Plus est vaste la société à laquelle il appartient , plus sont nombreux les liens qui l'entourent , il est vrai : mais ces liens , loin de l'asservir, lui donnent la liberté , car ils le rendent humain.

Redisons-le , sans liens extérieurs, point de

société entre les hommes; donc une église pureraent intérieure ne peut exister. Une communauté religieuse n'a d'influence sur la vie spirituelle de ses membres qu'autant qu'elle se rapproche de l'Eglise catholique ; bien plus elle ne peut se constituer que d'après les mêmes principes. Car, toutes les autres communions en déposent , là où tombe un rayon de la lumière chrétienne, il ne fait é clore et mûrir ses fruits qu'en resserrant les liens de Tunité,

IV. C'est ainsi que la doctrine catholique sur l'Eglise saisit à la fois le cœur et la raison de l'homme; c'est ainsi qu'elle ennoblit et agrandit toutes ses facultés. Mais ce n'est pas tout : elle est clairement enseignée dans l'Ecriture sainte.

Kous lisons dans saint Jean, ch. XVII. vers. 20 et suivans :

« Je ne prie point pour eux seulement, mais » encore pour ceux qui doivent croire en moi par )) leur parole, afin que tous ensemble ils ne soient » qu'un. Comme vous êtes en moi, mon Père, et » comme je suis en vous , que de même ils » soient un en nous, afin que le monde croie » que vous m'avez envoyé... Je suis en eux et j) vous en moi , pour qu'ils soient consommés » dans l'unité, et que le monde connoisse que » c'est vous qui m'avez envoyé. »

Quelle plénitude de pensée et de sentiment î Le Seigneur du monde demande l'unité pour tous ceux qui croiront en lui, et il ne trouve le type de cette unité que dans les rapports du Père et du Fils.

Qu'ils soient un en nous ; c'est-à-dire : L'unité de mes fidèles est d'une nature si élevée qu'elle ne peut découler que d'un principe divin , de la même foi, du même amour, de la même espérance ; toutes vertus qui ont Dieu même pour auteur. Et comme cette unité repose sur un fondement divin , elle doit avoir des effets surnaturels ; par elle , le monde doit reconnoître la haute mission du Fils de Dieu. Il faut donc que cette unité soit visible , tombant sous les sens ; il faut qu'elle se manifeste par une même doctrine, par tous les rapports des disciples entre eux : autrement en effet elle ne prouveroit point la divine mission du Sauveur. Ainsi l'unité entre tous les membres de l'Eglise témoigne en faveur du Christ , comme l'ouvrage en faveur de l'ouvrier.

Le Seigneur répète la même prière , et il se sert de termes plus forts encore. Il dit : « Et je » leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée, » afin qu'ils soient un comme nous sommes un. )) Je suis en eux et vous en moi , afin qu'ils soient y> consommés dans l'unité. » \oici le sens de ces paroles : La haute mission que vous m'avez don-

née , à moi qui suis avec vous dans l'union la plus étroite (moi en vous), je la leur ai transmise en entrant aussi avec eux dans un commerce vivant (ego in eis), afin que par là ils arrivassent ii l'unité.

a Et le monde reconnoîtra que vous m'avez » envoyé et que vous les aimez comme vous » m'avez aimé. » C'est-à-dire : l'unité parfaite de mes disciples 5 l'unité dans leur doctrine , dans leur volonté 5 dans toutes leurs actions sera un signe aux infidèles que j'ai agi par votre toute-puissance , car une telle unité ne peut dériver de forces humaines. Elle montrera aussi qu'ils sont votre peuple , votre peuple élu , auquel vous vous êtes manifesté par amour comme vous m'avez envoyé par amour. Ainsi parle le Seigneur.

Quand saint Paul établit les rapports de l'ancienne et de la nouvelle alliance; lorsque, parcourant les diverses phases de la révélation, il déroule à nos yeux le plan de la divinité dans l'éducation du genre humain , vous êtes frappé d'étonnement et d'admiration. Mais sa philosophie , si nous osons parler ainsi ; sa philosophie sur la société en général et sur l'Eglise en particulier, n'est ni moins profonde, ni moins sublime. Lorsqu'il montre l'individu plein de misère, ne complétant son être que dans la société ; quand il fait voir le même esprit pénétrant les élémens

les plus divers, ne faisant qu'un même corps de tous les fidèles (î. Cor. Xli.), ses divins oracles commandent et entraînent l'assentiment de la raison. Et combien s'élève sa pensée lorsqu'il montre la base vivante sur laquelle repose tout l'édifice ( Eplies. IV. 16.)! Ses paroles semblent porter dans nos cœurs la force infinie qui a enfanté l'Eglise. En Jésus-Christ, toute différence nationale sous le point de vue religieux est anéantie (Epîies. IL 15. ). Des deux peuples, il n'a fait qu^un peuple ; il a brisé en sa chair le mur de séparation , et détruit l'inimitié qui les divisoit. Par lui , tous ont accès auprès du Père : comme ils sont un en Jésus-Christ, de même ils ne sont entre eux qu'un corps, qu'un esprit ( Ephes. lY. 4.). Tout nous le crie : // n'y a qu'un Seigneur ^ qu'une foi^ qu'un baptême; il n'y a qu'un Dieu, père de tous (Ephes. IV. 5 et 6. ), Tous, nous devons arriver à l'unité d'une même foi , d'une même connoissance du fils de Dieu. Hors de cette unité, nous sommes foibles comme des enfans , nous flottons à tout vent de doctrine ( Ibid. 15 et 14. ). Tels sont les fondemens sur lesquels vint s'édifier la doctrine catholique touchant l'Eglise. Ces divins oracles ont inspiré l'éloquence et nourri le génie des plus grands docteurs. Les peuples du Nord furent éclairés de cette lumière céleste : ce foyer d'amour adoucit leur cœur de bronze, et

c'est de là qu'a découlé toute la civilisation de l'Europe moderne.

Mais j'entends l'hérétique s'écrier : « Voire » doctrine n'existe que dans l'imagination. Qu'on » me montre la communauté que vous venez de » dépeindre ! où est l'Eglise dans laquelle s'est » réalisé l'idéal exposé par vous? » Et moi je dis : Qu'on me montre la société dans laquelle l'Evangile est devenu vivant , où il s'est réalisé avec tous ses conseils ! Si vous rejetez sur ce fondement la doctrine catholique, vous devez aussi, pour être conséquent, rejeter l'Evangile. Certes, nous savons que l'idée n'est pas la réalité ni réciproquement ; mais nous savons aussi que là où la réalité ne repose pas sur l'idée , il n'y a pas plus de vérité que là où rien de réel ne correspond à l'idéal. Ces paroles du Seigneur, Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait^ , ne sont point fausses , par la raison que nul n'est semblable à Dieu. Au contraire, malheur à qui rejetteroit l'idéal parce qu'il ne le voit point complètement réalisé parmi les hommes. Nous devons tous nous efforcer d'atteindre à la perfection ; les âmes basses et rampantes sont seules incapables d'une si noble ardeur.

*Mauh. V. 48.

Si , dans tous ies temps , ii a existé beaucoup de mal dans l'Eglise ; si même , à certaines époques, il a paru surpasser le bien , cette considération ne peut affoiblir le respect du catholique pour cette Eglise. Durant sa longue existence, nous le savons, elle n'a pas toujours brillé du même éclat ; mais comme institution divine, jamais elle n'a défailli , jamais elle n'a perdu sa première vigueur. Image du royaume de Dieu sur la terre , destinée en même temps à lui former des sujets , elle s'adresse à des hommes pécheurs et vivant dans un monde corrompu. Elle ne peut donc agir hors du cercle du mal ; il faut, au contraire, qu'elle descende dans la lice pour le combattre incessamment.

D'un autre côté , l'Eglise a été assaillie par de violentes tempêtes; elle a traversé des siècles où le monde moral, ébranlé jusque dans ses fondemens, sembloit menacé d'une ruine prochaine. Des hordes sauvages détruisent l'ancienne civilisation. Alors ce ne sont plus les Grecs polis ni les Romains civilisés , mais des peuplades féroces qui entrent dans l'Eglise. Aussi, de ce moment, prend-elle une forme nouvelle. Ses prêtres et ses évêques ne descendent pas du ciel : il faut qu'elle les choisisse au milieu des hommes tels que la société les lui présente. Dans les siècles de barbarie , les Clément d'Alexandrie, les Origène , les Cyprien, les Basile, les Grégoire, les Ililaire,

les Jérôme, les Augustin ne vinrent plus étonner le monde ; hélas ! ces hommes puissans en parole et en vertu n'avoient point laissé de successeurs. Cependant, fécondité admirable de l'Eglise ! dans ces jours mauvais, elle fit encore des prodiges et des miracles. Inépuisable foyer de chaleur et de vie, sa doctrine exerça toujours une influence salutaire sur l'éducation des peuples; disons mieux, toute la plénitude de force qu'elle avoit déployée dans les premiers siècles , elle la développa encore ^ alors, mais d'une manière différente. D'autres temps, d'autres mœurs, il lui falloit agir sur d'autres hommes.

Cependant surgissent les sectes du douzième siècle et des temps suivans ; sectes d'un jour , sans passé comme sans avenir, qui viennent accuser l'Eglise d'avoir manqué à sa mission! L'Eglise avoit sauvé les lumières et les sciences , et voilà que l'hérésie tourne contre l'Eglise les sciences et les lumières î Que si ces sectes eussent eu à traverseras orages qu'avoit bravés l'Arche de Pierre, à l'instant vous les auriez vues retomber dans le néant ; vains fantômes produits par l'orgueil , un souffle les eût dissipés.

Néanmoins, on ne peut le nier, des prêtres,

des évêques et des papes, foulant aux pieds les

devoirs les plus sacrés, ne laissèrent que trop

souvent s'éteindre le feu céleste; plusieurs même

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