‹ La symboliqueChapitre 21 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

souveraineté disparoîtra devant la justice et la vertu. L'Ecriture même sera iDannie d'entre les fidèles : les enfans de Dieu perfectionnés n'ont que faire de la parole écrite. Alors aussi tout sera commun , tout sera égal entre tous : alors la propriété , les privilèges , les inimitiés , les guerres , tous ces fléaux finiront pour toujours. Enfin le mariage sera aboli , et l'on netigendrera plus que des fruits purs et sans tache , sans la concupiscence , sans la mauvaise volonté de la chair '.

Voilà l'idéal que revoient les anabaptistes , voilà les pensées confuses qui les saisirent si profondément , qui leur firent affonter les périls , braver les persécutions , qui aussi portèrent le poison , le fer et le feu dans une si grande partie de l'Allemagne'. Plus leur principe vital paroissoit élevé , pur, généreux , plus il pouvoit facilement enflammer les esprits. Leur amour spéculatif pour le genre humain , leur soif du bien et de la vérité , leur désir ardent de réaliser ici-bas le royaume de

* La doctrine de Justus Menius, l'anabaptiste, réfutée par l'Ecriture sainte (avec une préface de Luther). Cette réfutation se trouve dans les œuvres de Luther, édition de Wittenb. lï« partie, p. 309. b.

~ Mélanchth., Ilist. de Thomas Muncer, ubi supra p. 474 : « Le peuple écoute ces nigaudcries la gueule (maw/) béante; tout le monde court à lui , on veut entendre quelque chose de nouveau : la chanson nouvelle est toujours la meilleure pour la canaille, dit Homère. » Mélanchthon a-t-il donc chanté une chanson bien ancienne?

Dieu , rimpatience qui les emportoit avant les temps , et leur faisoit briser violemment l'enveloppe du germe divin ; tout cela décèle jusqu'à un certain point quelque chose de grand dans leur cœur, au milieu des égaremens et des crimes qu'on ne rencontre que trop dans leur histoire. Du moins pour la plupart , ils ne firent , sous ce rapport , qu'anticiper sur un temps à venir ; et tant s'en faut qu'ils n'aient poursuivi en cela que des rêves et des fantômes.

En effet la société repose sur une communauté de biens , soit spirituels , soit temporels. Les pensées et les affections , les connoissances et la science de l'individu ne deviennent-elles pas le bien commun du corps social auquel il appartient ? Tout ce qu'il veut obtenir pour lui-même , il l'acquiert en même temps pour les autres ; car chaque homme est entraîné , par un penchant invincible , à se communiquer à ses semblables. Nous croyons ne rien savoir , quand nous ne savons pas pour l'avantage de ceux avec qui nous vivons. Quiconque a créé une idée , veut aussitôt la faire reconnoître par des hommes judicieux ; tout notre être se refuse à croire à nos propres pensées , si elles sont contredites par le sens commun. Y a-t-il un signe plus certain de la folie , que l'opiniâtreté à soutenir une opinion universellement rejetée? En un mot, tous les hommes ne forment que comme un seul homme.

Les néoplatoniciens avoient compris cette vérité y quand ils enseignoient un monde des âmes, et chercboient dans cette croyance la raison de la sympathie parmi les humains. Nous voyons dans l'Eglise catholique la réalisation complète de cette doctrine ; car, sans cesse obligé de soumettre ses jugemens au jugement de tous , le fidèle renonce à la joie d'avoir trouvé une pensée vraie , quand la communauté la rejette comme contraire à ses principes. A certains éo-ards, il n'en est î^uère autrement des biens temporels. En entrant dans le lien politique , non-seulement l'individu veut assurer ses droits et sa propriété , mais il contracte l'obligation de les sacrifier au bien public , dans le cas de nécessité. Que sont les hôpitaux , les hospices de tout genre ; que sont les maisons de charité , les établissemens d'éducation , qu'un reflet de l'idée de communauté de biens entre tous ? Plus le christianisme pénètre la vie sociale ; plus son action bienfaisante épure les mœurs , fait fleurir la civilisation, plus on voit les individus se grouper, se réunir entr'eux pour assurer la jouissance de leurs droits. Or ces associations dans la société politique manifestent de plus en plus la grande idée dont nous parlons; idée qui ne peut, toutefois, se réaliser parfaitement ici-bas. Qui ne se rappelle la communauté des premiers chrétiens à Jérusalem ? Eh bien ! le christianisme nous ramènera sans doute,

quoique sous d'autres formes , aux mœurs de ses premiers jours.

Mais la vie extérieure ne peut être que l'expression de la vie intérieure ; elle ne porte de fruits qu'autant qu'elle naît spontanément à la lumière. Or les anabaptistes vouloient réaliser violemment la plus haute idée morale , et cela parmi des hommes qui n'en étoient pas moins incapables qu'ils s'en montrèrent indignes. Aussi vinrent-ils se briser devant l'inflexible réalité : mais plus leur idéal rencontroit d'oppositions , de difficultés insurmontables , plus ils s'emportoient , plus leurs mouvemens étoient convulsifs. Pour établir la paix et la justice sur la terre, ils auroient enseveli le monde sous un monceau de ruines'.

'L'idée de communauté de biens est beaucoup plus ancienne que la république de Platon. Quand les anciens peignoient l'âge d'or, ce temps heureux où la justice habitoit encore parmi les hommes , ils joignoient toujours à ces vers :

Nondum vesanos rabies nudaverat ensps,

Nec consaneuineis ( ce que sont tous les hommes )

fuerat discordia nata Flumina jam lactis, jam flumina neclaris ibant celui qui suit :

Ne signare quidem, aut parliri limite canipum.

Il n'y a pas jusqu'à la liberté qu'on accordoit aux esclaves pendant les saturnales , qui ne rappelle l'ancienne égalité dans les premiers jours. Ce temps disparut dès que la justice quitta cQiiQiQivQ: Deseruitpropere terras justissima virgo. Platon, Aratus, Macrobe, etc., ont puisé à la même source, dans les traditions populaires. Biais il faut bien l'observer : presque toujours, dans Platon comme dans Epiphane, chez les gnostiques

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