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LVI

Initiation dans la secte. Signe de l'alliance et sa confirmation.

Voilà donc quelle étoit la mission divine des anabaptistes : renouveler la face de la terre , affermir pour toujours le règne de Jésus-Christ. Fidèles à cette vocation , ils s'en vont partout annonçant la liberté des enfans de Dieu , choisissant les instrumens dont le Seigneur vouloit se servir pour exterminer les impies.

Image de la nouvelle église qui alloit descendre du ciel , leur alliance ne devoit se composer que de saints , d'hommes régénérés et parfaits. En conséquence tous les élus étoient de nouveau baptisés. Ils avoient été lavés par l'eau, baptême sans force , sans vertu ; il falloit maintenant les retremper dans le feu , les revêtir du Saint-Esprit. Cette dernière ablution restauroit le fidèle dans tout son être , le détachoit de la créature , et le tournoit vers Dieu , le remplissoit de la force divine, et lui faisoit surmonter toutes les tentations.

comme chez les rebaptisans , la communauté des biens paroît accompagnée de la communauté des femmes : ce qui prouve que , réalisée dans toute sa rigueur parmi les hommes , elle détruiroit toute civilisation , puisqu'elle est incompatible avec la famille.

Qui ne reconnoît ici la doctrine catholique sur les effets du baptême ? Comment donc les anabaptistes, dans cet enseignement, se crurent -ils inspirés d'en haut ? D'une part , ils ne voyoient que trop de catholiques se contenter des œuvres extérieures, et confondre l'ablution du corps avec la purification de l'âme ; d'autre part , ils ne voulurent point comprendre que l'Eglise réprouve une semblable conduite.

Dans le rituel de Jean Denk , le catéchumène renonçoità sept esprits mauvais, à la crainte, à la sagesse , à l'entendement , à l'art , au conseil , à la force , à l'impiété de l'homme ; et il recevoit en place la crainte de Dieu, la sagesse de Dieu, etc. Melchior Rink employoit la formule suivante : « Es-tu chrétien? — Oui. — Que crois-tu donc? » — Je crois en Dieu, mon Seigneur Jésus-Christ. » — Combien veux-tu avoir de tes œuvres ? — » J'en veux un gros.* — Pour combien veux-tu » me donner tes biens ? aussi pour un gros ? — Non. — Pour combien veux-tu me donner ta vie? aussi pour un gros? — Non. — Hé vois donc ! tu n'es pas encore chrétien ; car tu n'as pas encore une véritable foi , et tu n'as pas renoncé à toi-même et à la créature. C'est que tu

* Un gros est , en Allemagne , une piccc de monnaie qui vaiU lin peu plus de deux sous.

» n'as pas encore été bien baptisé en Jésus-Christ » par le Saint-Esprit ; tu ne l'as été qu'en saint » Jean et avec l'eau. »

« Mais si tu veux être sauvé , il faut que tu re- » nonces véritablement à tes œuvres , à la créaj) ture , puis à toi-même ; il faut aussi que tu ne » croies qu'en Dieu. Je te demande donc : Re- » nonces-tu à la créature? — Oui. — Je te de- 3» mande encore : Renonces-tu à toi-même ? — » Oui. — Ne crois-tu qu'en Dieu? — Oui. — Jeté j) baptise donc au nom etc. ^ » On appeloit cette cérémonie le signe et la confirmation de l'alliance.

Observons toutefois que les rebaptisans n'attachoient point le don du ciel à l'acte extérieur; au contraire , de même que Calvin , ils séparoient scrupuleusement l'eau et la grâce , le baptême et l'Esprit : La cérémonie , disoient-iîs , rappelle au chrétien la nécessité des souffrances , l'avertit de mortifier ses passions ; et voilà tout son effet'. Au reste, ils ne baptisoient leurs enfants qu'à l'âge de discrétion ; car le sacrement , continuoient ces doc-

1 Just. Menius , dans l'ouvrage cité p. 309. b.

2 Philippe Mélanchtli. Unterricht JFider die leere der Widerteuffer : Réfutation de la doctrine des anabaptistes (dans les œuvres de Luther, Wittenb. 1551. IP partie, p. 292) : « Le baptême est le signe que les chrétiens doivent se retremper contre le monde , car ils sont exposés à de grands dangers et à toutes sortes de persécutions. C'est ce que^marque l'ablution avec l'eau. » Et à la page 299 : « En troisième lieu, les ana-

teurs, ne peut être à l'homme d'aucune utilité quand il n'en comprend pas la signification. Ainsi la dénomination à' anabaptiste'^ énonce seulement la discipline de la secte envers les profanes , puisque ceux qui étoient nés dans l'alliance ne recevoient qu'un baptême.

Dans le plus auguste sacrement , ils ne voyoient non plus qu'un symbole , un rit extérieur. Boire et manger ensemble, disoient-iîs , est un signe d'amitié réciproque, une sainte coutume qui cimente l'union parmi les hommes. Or il n'en est point autrement de la participation à la table du Seigneur. D'ailleurs, comme il faut presser les raisins pour en extraire le vin , de même la cène signifie que , pour entrer dans le royaume de Dieu^ nous devons être pressés par le malheur, porter notre croixàla suite du divin maître. Semblablement avant que d'être converti en pain , il faut que le blé soit écrasé , réduit en poudre ; ce qui nous figure encore la même vérité.

Ainsi donc , aux yeux des disciples de Muncer, le baptême et la cène n'étoient que des actions

baptisles crient que le baptême est une promesse par laquelle on s'engage à mortifier ses passions , à souffrir patiemment les adversités; mais les enfans, disent-ils, ne comprennent pas cela et ne le font pas encore. »

* Composé d'àvà, de rechef, et de êaTr-rtÇw^ baptiser, le mot d'anabaptiste veut dire qui réitère le baptême.

symboliques , que des emblèmes désignant la nécessité des souffrances. Haïs, persécutés, ils cherchoient partout des forces et des consolations ; ils virent dans ces deux sacremens ce dont ils avoient le plus besoin. Quand ils sentoient leur âme abattue et leur cœur affaissé sous le poids de la douleur, ils ne dévoient point s'approcher de la sainte table; car ils mettoient la crainte et le manque de courage au nombre des péchés par lesquels on boit et Ton mange son jugement'.

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