‹ La symboliqueChapitre 24 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

i LIX.

Rapport de l'Ecriture à l'esprit vivant. Eglise.

Pour remonter à la source de cette étrange confusion , passons à leur doctrine sur le ministère de la parole et sur l'Ecriture sainte. Dans les principes de la secte , quiconque étoit marqué du sceau de l'alliance pouvoit s'élever comme prophète et comme docteur ; bien plus , c'étoit pour lui une obligation rigoureuse , sitôt qu'il se sentoit poussé par l'Esprit supérieur, et que Dieu daignoit se révéler à lui. Or de cela quelle est la conséquence ? c'est que l'Ecriture est subordonnée à l'inspiration intérieure. Aussi bientôt l'on ne se donna plus la peine de la concilier avec les nouveaux dogmes : on trouvoit plus expédient de la rejeter comme apocryphe '. De ce moment plus de règle, plus d'autorité, même apparente; de ce moment

* Just Ménius , De l'esprit des anabaptistes, p. 364 : « On ne peut nier que Thomas Muncer, et après lui son disciple Melchior Rink et beaucoup d'autres , ne font aucun cas de l'Ecriture; ils l'appellent une lettre morte, et croient à des révélations de l'Esprit. Passant encore plus avant, ils osent accuser l'Evangile de mensonge ; j'ai entendu de mes propres oreilles Rink qui soutenoit que tous les livres du nouveau Testament, dans toutes les lanîïues, ont été interpolés et falsifiés. » Ensuite notre auteur montre comment les anabaptistes appliquoient ce principe ; ils

îe christianisme dépouillé de son histoire fut livré aux ^saillies de l'imagination. Et d'ailleurs, on le voit assez, le ministère est sapé par le fondement ; car l'idée de pasteurs emporte l'idée d'une doctrine fixe et déterminée. C'est pour cela que les anabaptistes firent tous leurs efforts pour renverser les prédicateurs luthériens et avec eux le fantôme d'église qu'ils avoient faite '.

Quelques années auparavant , les réformateurs accusoientles catholiques d'abandonner la doctrine de l'Ecriture pour ne prêcher que les opinions de l'Eglise. Mais voici maintenant les prophètes qui leur crient : « Vous enchaînez l'esprit vivant à la lettre morte ; vous repoussez l'impulsion divine et suivez la sagesse humaine ; Pharisiens du siècle , vous rejetez le Saint-Esprit, pour vous amuser avec l'Ecriture '. » Alors les luthériens s'empressent de prouver ce qu'ils ont nié contre les

disoient, par exemple, que le passage de saint Matthieu XXVI, 26 jusqu'à ces mots: Qui sera répandu pour, plusieurs, pour la rémission des péchés, a été intercalé par le Diable.

'Calvin, Instructio adv. anabapt. opusc. p. 485., dit que les anabaptistes ne veulent point de pasteurs , de ministres nommés à tel endroit, mais seulement des missionnaires, des prédicateurs ambulans comme les apôtres; puis il ajoute : « Ilfec porrô philosophia inde manabat , quod serio cuperent , fidèles ministres sibi ccdere , vacuumque locum sinere , quo liberins venenum suum ubique effundere posscnt «

'•^ Just Ménius , Eéfut. de la doct. des anabapt. p. 310, 313.

catholiques : ils montrent que Jésus-Christ a fondé un apostolat ; que le Saint-Esprit a établi des ministres chargés de gouverner l'Eglise ; que les disciples du Seigneur ont institué des évêques pour conserver pure la doctrine du salut; enfin que les pasteurs, pour être des hommes, n'en sont pas moins envoyés par l'Esprit d'en haut'. A cette fois Mélanchthon ne s'opposa plus à ce qu'on regardât l'ordination comme un sacrement. Dans son instruction contre les anabaptistes, nous lisons ces paroles : « Que l'on place l'ordination des » prêtres au nombre des sacremens , cela me plaît » très fort; mais par ordination il faut entendre » la vocation au ministère de la parole et des say> cremens, par conséquent le ministère lui-même. » Car il est utile et même nécessaire que dans » l'église chrétienne on vénère le ministère, qu'on » le regarde comme une institution sainte et sa- » crée ; il est nécessaire que les fidèles sachent » que Dieu veut donner l'Esprit saint par la pré- » dication et la lecture de l'Ecriture , afin que » personne, à l'exemple des anabaptistes , ne cher- » che des révélations hors du ministère \ »

De l'esprit des anahapt. p. 364. b : « La plus grande injure dans la bouche d'un anabaptiste, c'est docteur de la loi. »

* Just Ménius, Befutation... p. 312. b. Del'esprit desanah. p. 358. b. Mélanchth. Instruction... p. 294.

2 Mélanchth. Instruct. loc. cit. p. 294.

Enfin les protestans, fidèles à leur plan d'attaque, accablèrent les pauvres fanatiques d'une foule de questions que jamais ils n'avoient pu résoudre eux-mêmes. Par qui avez-vous été envoyés? leur demandoient-ils ; et si votre mission est extraordinaire , où sont vos lettres de créance ? par quels miracles prouvez-vous que vous êtes les délégués de Dieu ' ? Pour toute réponse les rebaptisans renvoyoient ces questions à leurs adversaires. Luther avoit dit : Si un seul homme croit assez fermement à ma doctrine pour exécrer l'opinion contraire, il a prouvé la vérité de ma parole. Or, en ce genre de preuves , les anabaptistes surpassèrent de beaucoup toutes les sectes qui s'agitoient autour d'eux.

* Zwingl. Elenchus. loc cit. fol. 39. Ménius, Réfutation de la doct. des anal, ubi supra p. 311 : « Comment prouveroient-ils qu'ils sont envoyés par Jésus-Christ pour rassembler les élus, car ils ne font aucun signe auquel on puisse reconnoître cette mission, etc. »

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