LX
Haine des institutions extérieures. Discipline ecclésiastique. Mœurs et usages.
Nous venons de voir quels étoient les principes des anabaptistes sur la question de l'Eglise : venons maintenant à leur doctrine sur le culte extérieur et les institutions qui s'y rapportent. Carlostadt à Wittenberg , Zwingle à Zurich , a voient brisé les images et les autels; eh bien! ce ne fut point encore assez pour les nouveaux sectaires. Les temples, dirent-ils, sont les maisons des faux dieux ' ; les chants spirituels , une adoration de Satan. S'ils eussent été moins scrupuleux et plus conséquens, ils auroient rejeté la parole comme quelque chose de trop extérieur, de trop matériel.
Quant à la discipline , aux usages reçus parmi les anabaptistes , on voit partout s'y refléter leur idée fondamentale. Ce n'est qu'après la venue du Christ , il est vrai , que la communauté de biens devoit complètement se réaliser parmi les chrétiens ; mais , dès le commencement de la secte , elle fut réalisée du moins dans le discours , afin
' Ménius, De l'esprit des anah. ubi supra p. 354.
de préparer les voies au royaume de Dieu. L'auteur que nous avons souvent cité dit à ce sujet : « Selon » la chair, ils n'ont ni pères ni mères, ni frères » ni sœurs , ni femmes ni enfans ; ils n'ont des » frères et des sœurs qu'en Jésus-Christ. Ils ne » disent point : Je suis dans ma maison, mais » dans notre maison : Je couche dans mon lit, » mais dans notre lit : Je mets mon habit , mais » Je mets notre habit. Ils ne disent pas non plus : » Cathérinette , ma ménagère, et moi; mais Ca- » thérinette, notre sœur, et moi , nous faisons » ménage ensemble. En un mot , parmi eux per- » sonne ne possède rien en propre ; mais tout est » et s'appelle nôtre , le bien de nos frères et de » nos sœurs \ »
Les prophètes conservèrent l'excommunication dans toute sa rigueur; car les indignes dévoient être exclus pour toujours de TEglise de Dieu'.
Suivant leur principe fondamental, toute supériorité alloit disparoître sans retour : liberté
1 Just Ménius, Réfutation de la doct. des anab. loc. cit. p. 309. b.
~ Calvin, Instruct. adv.anabapt. opusc. p. 47G : « Usùs excommunicationis ( disoient les rebaptisans) inter omnes esse débet, qui se Christianos profitentur. Qui baptizati, noxam aliquam imprudente!" aut casu admittunt , non ex industria , ii secreto moneri debent semel atque iterum : tertio publiée coram toto coetu exterminandi sunt. Ut possimus eodem zelo una panem fr an gère , et calicem bibere. »
absolue , égalité parfaite , telle seroit la base de la nouvelle société ,, de la céleste Jérusalem ici-bas. En conséquence il leur étoit défendu d'accepter aucune charge dans la magistrature. Néanmoins, d'après de nombreux témoignages , non-seulement ils enseignèrent que les ministres de l'Evangile peuvent être appelés aux fonctions publiques , mais nous lisons qu'ils se conformèrent à cet enseignement dans la pratique. Nous voyons d'ailleurs plusieurs laïques à la tête des gouvernemens. Qu'on se rappelle entre autres Muncer à Orlamunde et à Muhlhausen , à Munster Jean de Leyden , qui en vint jusqu'à prendre le titre de roi. Ce phénomène est en opposition , d'abord avec leur sentiment sur le ministère , puis avec le précepte dont nous avons parlé tout à l'heure ; mais l'impossibilité de réaliser leur doctrine explique assez celte contradiction.
Qu'en outre les anabaptistes ne se soient point permis de porter l'épée, qu'ils aient en conséquence regardé la guerre comme illicite , cela aussi sort directement de leur idée-mère. Toutefois , si nous les voyons les armes à la main; si nous les entendons pousser ce cri de mort contre les princes, les seigneurs et les riches : Forgez piiskebjnk *
* Ce mot n'a aucun sens ; il devoit seulement imiter le bruit des marteaux tombant sur l'enclume. {Note du irad.)
sur V enclume de Nemrod ! cela ne doit point nous étonner davantage.
Enfin nos hérétiques défendoient le serment; car aussi , parmi ces hommes de Dieu , étoit-il complètement inutile'.
Seconde période. Les Anabaptistes sous la forme de mennonites.