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LXI

Observations.

Remplis de cette audacieuse assurance que donne le fanatisme , les prophètes avoient annoncé la prochaine arrivée du royaume de Dieu. Mais chaque jour venoit démentir leur attente ; le ciel étoit d'airain , et la terre n'enfantoit point de nouvelle Jérusalem : bientôt les plus intrépides renoncèrent à leurs espérances. D'un autre côté la foule des hommes avoient été sourds à leur appel ; au souffle de leur parole , les g-ouvernemens , le pouvoir n'étoient point rentrés dans le néant; puis

1 Mélanchthon , Réfutation de quelques propositions antichrétiennes soutenues par les anabaptistes, loc. cit. p. 286 et siiiv.; Jean Calvin, loc. cit. p. 493.

cette sainte théocratie, qui pourtant devoit préparer les voies du Christ , ne s'étoit point montrée à la lumière : nouveau désenchantement, nouvelles déceptions. De ce moment l'idée vitale , la base et la signification de la secte avoit disparu. Cependant le paroxisme des passions se calmoit , l'effervescence , l'enthousiasme se dissipoient ; mais comme ils avoient abandonné le but pratique de leur existence , et que d'ailleurs jamais le dogme n'avoit eu pour eux un intérêt vivant , les anabaptistes dirigèrent les forces qui leur restoient , vers les objets de la plus mince importance. Au lieu de réformer le monde , ils se contentent maintenant de régler quelques rapports de la vie extérieure ; et dès lors engagés dans une voie nouvelle, ils sont en contradiction flagrante avec eux-mêmes.

Lorsque déjà cette seconde période s'annonçoit à l'observateur, Menno Simonis, curé de Wittmaarsum , en Frise , passa du côté des rebaptisans , (1536), et vint encore accélérer le mouvement qui emportoit la secte hors des gonds '. Menno possédoit précisément assez de connoissances pour le rendre fameux parmi ses nouveaux confrères , mais pour lui mériter partout ailleurs le reproche d'ignorance'. Du reste , il étoit animé d'un grand

1 Hermanni Schyn , Historiée mennonitarum plenior dediiciio, Amstelodami , 1729. c. V. p. U6.

^ Dans ce même ouvrage de Schyn, p. 1 38 , se trouve une lettre

zèle ; il avoit d'ailleurs , sans qu'il en ait jamais fait preuve envers les catholiques, une certaine modération qui lui obtint la confiance des prophètes déconcertés ; en sorte qu'il put apaiser les haines , calmer les passions, ramener la paix et la concorde. Cet hérésiarque mourut en 1S61 ; et depuis cette époque les rebaptisans sont ordinairement appelés mennonites.

Il est remarquable que les partisans de Menno renient les anabaptistes pour ancêtres. Lorsque l'enivrement fut passé , ils oublièrent leurs anciens forfaits; ce que l'on racontoit d'eux-mêmes, ils l'entendoient d'une tout antre secte. Les uns disoient qu'ils remontoient aux premiers chrétiens ' ; les autres, que leur fondateur avoit immédiatement puisé sa doctrine dans l'Ecriture sainte';

de Menno , dans laquelle il dit qu'il a écrit son livre sur le baptême en allemand : nam, ajoute-t-il, latine inscitiœ causa non bene possem.

*Schyn, Historiée mennonitarum plenior deductio, Amst. 1729. c. I : « Ex primis christianis, qui ex institutione Domini nostri Jesu Christi exemplisque apostolorum , per omnia Christiana secula, in hune usque diem, inter cœtera dogmata , adultorum baptismum docuerunt,et adhuc docent , descendisse ( Mennonitas ). » On lit immédiatement après ces paroles : « Inter hos saeculo undecimo ( c'est plutôt duodecimo ) emicuerunt Wal~ denses. » C'est un grand saut , que celui du premier au douzième siècle.

2 Dans l'ouvrage cité, p. 135, Schyn rapporte le récit que fait Menno de sa sortie de Babylone; puis il ajoute ; « Evidentissime constat ipsum sola sacrae Scripturîe leclione , meditatione

plusieurs alléguoient que , parmi les premiers anabaptistes , il s'étoit trouvé des hommes moins emportés, moins furieux, et que c'étoit d'eux qu'ils^ tiroient leur origine'.

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