LXII
Doctrine des Mennonites. — Leur discipline.
Mais si nous voulons savoir d'où viennent les mennonites, examinons leur doctrine, ouvrons leurs confessions de foi. Parmi leurs symboles, nous devons placer en première ligne celui que Jean Ries et Lubbert Gerardi composèrent en d580\
Après avoir parlé de Dieu , de la Trinité et de l'Incarnation , cet écrit passe à la doctrine de la cbute originelle , et dit que le premier homme , par sa désobéissance, a mérité la vengeance du ciel; mais qu'il a été à l'heure même relevé par
et illurainatione Spiritus sancti...ex papatu exivisse. » On voit cependant par Sciiyn lui-même, que Menno étoit en rapport avec les anabaptistes bien avant son apostasie; mais qu'il blàmoit toutefois les excès de Muncer et de ses disciples.
^Schyn, II ist. mennonitarum p. 2G3 — 265. L'auteur s'appuie avec droit sur quelques passages d'Erasme.
2 II se trouve dans Schyn , Hist. mennonitarum, c. VIL p. 172 otsuiv. On voit l'histoire de ce symbole dans le même ouvrage, c. IV. p. 78.
les promesses divines ; en sorte que sa faute ne s'est transmise à aucun de ses descendans'.
Quelle que soit l'ambiguité de ces paroles, on n'en peut toutefois conclure que les mennonites rejettent la tache héréditaire, car tel est plutôt leur sentiment, qu'à la vérité le péché primitif passe à tous les hommes ; mais qu'il ne constitue pas une faute imputable , que Dieu le remet dans son infinie miséricorde.
Voici comment l'ouvrage cité parle des facultés religieuses et morales après la chute originelle. De même que l'homme encore innocent pouvoit résister ou consentir à l'esprit de malice , de même l'homme coupable peut recevoir ou rejeter l'opération divine" : il est encore libre, comme s'expriment d'autres confessions de foi \ Ainsi les enfans d'Adam naissent avec le mal originaire ,
^ j4rt. IV. p. 175 : « Eousque ut ncmo posterorum ipsius respectu hujus restitutionis aut peccati aut ciilpae reus nascatur, » La quatrième formule des frisons et des allemands réunis, dit art. III. (plenior deductio, p. 90) : « Per eam (inobedientiam) sibi omnibiisque suis posteris morlem conscivit, atquc ita ex prœstantissima miserrima facta est creatura. »
^ Art. V. p. 176 : « Eidem jam lapso et perverso inerat facultas occurrens et a Deo oblatum bonum audiendi , admittendi aut rejiciendi. »
^ Quatrième form,ule des frisons et des allemands réunis. art. IV. p. 90 : « Dominum aeque post ac ante lapsum liberam homini reliquisse voluntatem acceptandi vel rejiciendi gratiam oblatam , etc. »
ils ne peuvent enfanter aucun acte agréable à Dieu ; mais toutefois , nous devons le reconnoître , ils possèdent encore la liberté. En conséquence les mennonites se déclarent contre la prédestination absolue , et condamnent le dogme avancé par Calvin, que Dieu est l'auteur du péclié.
Ensuite , après avoir enseigné la satisfaction du Christ , les disciples de Menno continuent : La foi véritable est active par l'amour', et nous justifie devant Dieu. Or la justice est non-seulement le pardon des péchés , mais elle est encore la transformation de tout l'homme : de superbe , avare , méchant qu'il étoit , il devient humble , généreux , bienfaisant ; pour tout dire en un mot , il est fait juste aux yeux de Dieu\ Il est facile de prévoir
1 Art. XX : « De vera fide salvifica. Omnibus bonis et beneficiis , quœ Jésus Christus , pcr mérita sua , ad peccatorum salutem , acquisivit , fruimur gratiose pcr veram et vivam fidem , qua? per charitatem operatur. » La troisième formule des frisons et des allemands réunis dit : « Hinc patet fundamentale certumque filiorum Del critérium et Jcsu Christi membrorum esse veram et salvificam fidem per charitatem operantem. »
"^ Art. XXI : « Per vivam ejusmodi fidem acquirimus veram justitiam , id est , condonationem sive remissionem omnium tam prœteritorum quam prœsentium peccatorum , propter sanguinem effusum Jesu Christi, ut et veram justiiiam , quae pcr Jesum , coopérante Spiritu sancto , abundanter in nos effunditur vel infunditur ( ce symbole , comme on le voit, adopte jusqu'au langage catholique ) ; adeo ut ex malis , carnalibus , avaris , superbis, fiamus boni, spiritualcs, libérales, humiles, atque ita ex injustis, rêvera justi. n
d'après cela , quelle est leur doctrine sur les bonnes œuvres. Ecoutons : L'homme régénéré marche de vertu en vertu , de justice en justice ,• toute sa vie est consacrée à remplir la loi divine ; il attend , plein de désir et d'espérance, le bonheur ineffable des élus'.
L'Eglise ne se compose que de justes régénérés'. Dans ce troupeau des enfans de Dieu, le Seigneur a établi un ministère public; car, bien que chaque fidèle ait reçu l'Esprit supérieur, ils ne sont pourtant pas tous évêques, prêtres ou docteurs : le corps du Christ , c'est-à-dire l'Eglise , a des membres dont les fonctions sont diverses. Au surplus , les prédicateurs sont choisis par les ministres du culte , et les anciens les confirment par l'imposition des mains ^ Enfin ils ne doivent prêcher que la pure doctrine renfermée dans l'Ecriture.
Le Sauveur a institué deux sacremens qui ne peuvent être administrés que par les pasteurs légitimes. Symboles extérieurs , ces rites sacrés figurent l'action divine qui régénère, sanctifie, nourrit l'homme ; tandis que celui-ci , en les recevant , professe sa foi, sa religion. Toutefois les deux sacremens des mennonites , le baptême et la cène ,
' Art. XXIII.
2 Art. XXIV.
^ Art. XXV — XXVIÏI. Les frisons et les allemands rcanis, art. X. p. 98.
lie communiquent point l'Esprit de Dieu, mais seulement ils marquent ce qui se passe dans nos âmes : ils nous montrent la vertu d'en-liaut descendant sur le fidèle. Au reste , ils ne baptisent que les adultes : car, avant l'âge de discrétion , les enfans , disent-ils , ne peuvent avoir ni la foi ni la repentance ; et d'ailleurs nous avons vu comment ils ont eu soin , dans la doctrine sur le péché originel , de leur rendre le baptême inutile'.
Les initiés doivent laver les pieds à leurs frères en voyage ; non-seulement le fondateur de la secte, mais encore les symboles des allemands et des frisons réunis, leur imposent cette obligation °.
Quant à l'excommunication , les mennonites l'ont conservée dans toute sa rigueur : après quelques avertissemens fraternels , les pécheurs impénitens sont retranchés de la communauté ^
L'obéissance à l'autorité temporelle est un devoir religieux; mais pourtant, continuent les sectaires, il ne convient point au vrai chrétien d'occuper un poste dans la magistrature. En effet, Jésus-Christ n'a point fondé une société politique , il n'a point ordonné à ses apôtres de se placer à la tête des
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2 ^r^ XIII. p. 101.
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gouvernemens : bien au contraire, il veut qu'ils niarclient, comme lui, au milieu du mépris, des humiliations et des souffrances. D'ailleurs les princes , les fonctionnaires publics sont obligés de faire la guerre, de porter la mort et le ravage chez les ennemis de la patrie , et tout cela n'est point permis aux disciples de celui qui a donné sa vie pour ses persécuteurs '.
Enfin ils interdisent le serment, et se déclarent , presque dans tous leurs symboles , contre la polygamie'.