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LXIII

G)ntroverses parmi les mennonites.

Par ce qui vient d'être dit, on voit que les mennonites diffèrent des anabaptistes en plusieurs points. En effet, dans la seconde époque, le fanatisme disparoît , les révélations particulières cessent , un ministère public s'affermit. Au lieu de bouleverser le monde pour établir le royaume de Dieu, nos sectaires jettent maintenanf îes fondemens d'une société spirituelle ; et si , pour fonder la communauté de biens , leurs pères renversèrent

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la propriété , foulèrent aux pieds les droits les plus sacrés, ils se contentent aujourd'hui d'exhorter les hommes à porter un secours charitable aux nécessiteux. D'un autre côté, dès qu'on eut proclamé des dogmes obligatoires pour tous les initiés , la porte fut fermée à une foule d'opinions subversives de tout ordre moral. Quant au reste , nous reconnoissons partout , dans le mennonite , le rebaptisant réformé : la doctrine moderne sur l'autorité civile respire l'ancienne haine contre les gouvernemens , comme aussi la défense de la guerre et du serment rappelle la nouvelle société , la Jérusalem qui alloit descendre du ciel.

Cependant , lorsque nous disons que les mennonites érigèrent une doctrine commune, cela doit s'entendre dans un sens bien restreint , et c'est ce que vont nous montrer les controverses entre les waterlanders d'un côté , et les frisons et les allemands de l'autre.

En effet , bientôt les mennonites se scindèrent en plusieurs partis; mais, comme la secte ellemême étoit frappée de stérilité dans son principe , toujours les questions agitées parmi eux demeurèrent sans aucune importance. D'abord on distingua les raffinés et les grossiers : les raffinés , qui conservèrent l'ancienne discipline dans toute sa rigueur; les grossiers, ainsi nommés parce qu'ils se rehîchèrent en plusieurs points. En raison des

provinces qu'ils habitoient, ces hérétiques ont aussi reçu le nom , ceux-ci de waterlanders , ceux-là de flamands et de frisons.

Pendant que les grossiers recrutoient des partisans , on se disputoit parmi les raffinés pour savoir si un mennonite peut acheter une maison , si même il lui est permis de s'habiller de toile fine. Bien que ces sortes de controverses ne soient point de notre sujet, nous appelons néanmoins l'attention sur celle que nous venons d'énoncer ; Car elle est encore un reflet de la communauté de biens, et montre pourquoi les mennonites rigides restent ordinairement simples fermiers. Nous ne pouvons non plus que nommer les vkevallistes , qui prétendoient que les grands-prêtres , en condamnant Jésus-Christ ; que Judas même , en le livrant aux déicides , avoient exécuté les décrets suprêmes ; qu'ainsi il ne falloit point douter qu'ils ne fussent au nombre des élus.

Mais une querelle bien plus importante vint bientôt diviser encore les esprits : on demanda si l'on devoit admettre à communion toutes sortes de sectaires, et jusqu'aux sociniens. Pour résoudre cette question , on discuta l'autorité des livres symboliques. Ceux qui se déclarèrent pour la liberté illimitée s'appellent remontrans, ou bien encore galénistes , du nom de leur premier chef, médecin à Amsterdam : ceux qui prirent le senti-

ment contraire doivent aussi leur nom au fonda teur du parti, Apostoole, également médecin dans la même ville *.

Ainsi lemennonisme alloît se perdre dans mille

* On distinguoit aussi parmi les anabaptistes

't° Les adamites. Ils croyoient comme leurs devanciers, les turlupins et les disciples de Picard , avoir été rétablis dans l'état de nature innocente , et devoir par conséquent imiter la nudité du premier homme. Au nombre de trois cent, après s'être dépouillés de leurs vétemens , ils montèrent sur une haute montagne, croyant qu'ils seroient enlevés au ciel en corps et en âme.

2" Les apostoliques qui , pour observer à la lettre le commandement du Seigneur, se tenoient sur les toits criant aux passans : Faites pénitence, ou vous périrez tous.

Z° Les silencieux qui se taisoient obstinément sur la religion. Nous sommes arrivés, disoient-ils , aux temps fâcheux prédits par saint Paul, où la porte de l'Evangile doit être fermée.

4° Les impeccables qui se croyoient exempts de tout péché, lis avoient retranché ces mots de l'oraison dominicale : Pardonnez-nous nos offenses.

5" Les parfaits, espèce d'anachorètes qui vivoient retirés du monde. Malheur à vous qui riez, s'écrioient-ils ; un mouvement de joie , le moindre sourire provoque le courroux de la divinité.

6" Les pleureurs tenoient également que les larmes étoient agréables à Dieu , gémissoient et soupiroient sans cesse.

7° Les réjouis disoient que les ris et les jeux , la joie et les plaisirs étoient le culte que nous devons rendre à l'Etre suprême.

8" Les sanguinaires ne cherchoient qu'à répandre le sang des catholiques et des protestans.

Il seroit trop long de signaler toutes les déviations de l'anabaptisme; on compte par centaines les sectes que suscita la voix des premiers prophètes. Voyez Stockmann , Lexic. hœres. ( Note du trad. )

opinions, dans mille erreurs; mais à mesure que s'étendoit le cercle de la société , et que l'on ouvroit la porte aux influences du dehors, les mœurs et la discipline alloient s'affoiblissant dans la même proportion. Au reste, dès4es premiers pas , la secte prit une direction purement pratique , et toujours elle plaça le dogme sur le dernier plan. Or, ne seroit-ce pas là la source de son antipathie pour toute doctrine fixe et déterminée ? Ne seroitce pas là ce qui , plus tard , lui permit de tolérer les opinions les plus contradictoires ?

Tels furent les rebaptisans et les mennonites. Il faut bien distinguer entre ces sectaires et les baptistes. On appelle ainsi les puritains d'Angleterre qui partagent bien les opinions des anabaptistes sur le baptême , mais qui , pour tout le reste , sont d'accord avec leur ancienne église. Cependant ils forment une communauté particulière depuis

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