‹ La symboliqueChapitre 4 sur 63 · II · texte numérisé non relu

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étouffèrent par leurs désordres la mèche encore fumante. Les catholiques n'ont point à redouter de semblables aveux , et jamais ils ne les ont redoutés. Et comment révoquer en doute la profonde décadence du ministère , quand l'existence même du protestantisme en est une preuve invincible ? Non , jamais de telles monstruosités n'auroient vu le jour, jamais surtout elles n'auroient pu se répandre , si les conducteurs des peuples eussent été fidèles à leur mission. Certes elle dut être au comble , l'ignorance de ces hommes qui trouvèrent admissible la doctrine des réformateurs !

Apprenez donc une fois , ô protestans , à mesurer la grandeur des abus que vous nous reprochez sur la grandeur de vos propres égaremens. Voilà le terrain sur lequel les deux églises se rencontreront un jour et se donneront la main. Dans le sentiment de notre faute commune , nous devons nous écrier et les uns et les autres : « Nous avons tous manqué, l'Eglise seule ne peut faillir; nous avons tous péché ^ l'Eglise seule est pure de toute souillure. » Cependant l'indicible douleur de la blessure nous reste , et si quelque chose pouvoit l'adoucir, ce seroit le sentiment que cette plaie est devenue un exutoire par lequel s'est écoulé tout ce que l'homme avoit apporté d'impur dans l'Eglise. Pour elle , elle reste éternellement sans tache.

Quelque incomplète que soit cette exposition , nous la croyons néanmoins suffisante pour préparer l'intelligence de ce qu'il nous reste à dii-e sur notre sujet.

§ XXXVIÏI.

l'Eglise institutrice et mère des fidèles. — La Tradilian. — L'Eglise juge en matière de foi.

La question que nous avons maintenant à résoudre est celle-ci : Comment l'homme est-il mis en possession de la vraie doctrine du Sauveur? ou , pour nous exprimer d'une manière plus générale et en même temps avec plus de justesse : Comment l'homme arrive-t-il à la connoissance certaine de l'étahlissement fondé par Jésus-Christ? Le protestant répond : Par l'Ecriture sainte qui est infaillible; le catholique dit : Par l'Eglise qui seule donne rintelligence de l'Ecriture sainte. Développant sa croyance , le catholique continue : Sans doute l'Ecriture sainte renferme les communications divines , par conséquent la vérité pure ; nous supposons même pour le moment qu'elle contient toutes les instructions nécessaires à l'homme. L'Ecriture est donc l'infaillible parole de Dieu. Mais par cela seul qu'elle porte en elle-même le caractère d'infaillibilité, nous ne sommes pas

encore à i'abri de toute erreur. Quand nous percevons les enseignemens divins, le mensonge ne peut-il pas aussi se glisser dans notre intelligence? Comment donc sommes-nous certains que nos perceptions sont toute la vérité et rien que la vérité ?

Or voici ce qu'enseigne la doctrine catholique. L'Esprit de Dieu qui gouverne et vivifie l'Eglise , enfante dans l'homme, en s'unissant à lui, un instinct , un tact éminemment chrétien qui le conduit à toute vraie doctrine. Le principe communiqué d'en haut, ralliance avec l'apostolat perpétuel , l'éducatioii et la vie dans l'Eglise développent un sens profondément intérieur, un sentiment propre à l'aperception de la parole écrite; car il répond à l'Esprit qui a dicté les Livres saints. Lorsque le fidèle lit les Ecritures avec cette disposition, les vérités qu'elles renferment passent dans son intelligence sans aucune altération essentielle ; il y a plus , quand son esprit et son cœur ont été formés dans l'Eglise, il n'a plus aucun besoin de l'Ecriture pour en saisir les divins enseignemens ' .

Telle est la voie ordinaire par laquelle nous

1 Si Jésus-Christ a fondé une Eglise , cette doctrine se présente d'elle-même à tous les esprits. Aussi remonte-t-elle à la plus haute antiquité ; elle fut proclamée dès que l'hérésie parut sur le monde, Irénée dit, adversus hœr. l. III. c. 3 : « Traditionem

parvenons à la connoissance de l'établissement ehrétien. Cependant il y aura toujours des erreurs plus ou moins coupables. Comme déjà du temps des apôtres , on chercha des armes dans la parole de Dieu pour combattre cette même parole , ainsi en €st-il arrivé dans tous les siècles. Comment

apostolorum , ifi toto mundo manifestatam , in omni Ecclesia aJest peispicere omnibus , qui vera velint audire ; et habemus annumerare eos, qui ab apostolis instituti sunt episcopi in Ecclesiis , et successores eorum usque ad nos , qui nihil taie docuerunt, iieque cognovcrunt, quale deliratur ab his...Tantae igitur osîensionis quum sint haec , non oportet adhuc quaerere apud alios veritatem , quam facile est ab Ecclesia sumere ; qûum apostoli quasi in depositorium dives plenissime in eam delulerint , omnia quîE sint veritatis : ut omnis, quicunque velit, sumct ex ea polum vitœ. Hœc est enim vitae introitus : omnes autem reliqui lures sunt et latrones, propter quod oportet devitare quidcni illos : quaî autem sunt Ecclesiae cum summa diligcntia diligere, et appréhendera veritatis traditionem... Quid autem si neque apostoli quidem Scripturas reliquissent nobis , nonne oportebat sequi ordinem traditionis , quam tradiderunt iis , quibus commiltebant Ecclesias? Cui ordinationi assentiunt multae gentes barbarorum, quorum qui in Christum credunt, sine charla et atramento scriptam habentes per Spiritum sanctum in cordibus suis salutem , et veterem traditionem diligenter custodicntes , in unum Deum credentes. . . Hanc fidem qui sine litteris crediderunt , quantum ad sermonem nostrum , barbari sunt , quantum ad sententiam , et consuetudinem et conversationem , propter fidem per quam sapientissimi sunt , et placent Deo , conversantes in omni justitia et castitate et sapientia. Quibus si aliquis annuntiaverit ea quae ab haere^icis adinventa sunt, proprio sermone eorum colloquens, statim concludentes aures, longius fugient, ne audire quidem sustinentes blasphemum alloquium. Sic per illam veterem apostolorum traditionem ne in ronceplionem quidem menlts. admiltunt, quodcunque eorum oslenfiloqiiium est. »

procéder dans de semblables circonstances ? Comment préserver la doctrine des erreurs qui pourroient l'altérer? Alors la croyance commune décide contre le sens privé ; le jugement de tous , contre celui de l'individu : la société des fidèles interprète l'Ecriture sainte, L'Eglise est le corps , la forme visible de Jésus-Clirist ; elle est son humanité permanente , son éternelle manifestation. Le Seigneur a déposé en elle son esprit, sa vérité ; mais depuis les apôtres , ses promesses ne s'adressent à aucun individu comme tel , c'est à tout le corps qu'il s'est donné tout entier.

Ce sentiment commun , cette conscience de l'Eglise est la tradition dans le sens subjectif du mot '. Qu'est-ce donc que la tradition considérée sous ce point de vue ? C'est le sens chrétien exis-

• Voyez Euseb. Hist. eccles. 1. V. c. 27. E/yJ./)(rtKî7Ttxàv (fp6-j-/,[jM. Nous lisons dans Vincent de Lérins, Commonitor. c. 2. éd. Klupf. 1809. p. 90 : « Hic forsitan requirat aliquis, cum sit perfectus Scripturarum canon , sibique ad omnia salis superque suf- (iciat : quid opus est , ut ei Ecclesiasticce inteUi gentiœ iun^aiur auctoritas ? Quia videlicet Scripturam sacram , pro ipsa sua altitudine , non uno , eodemque sensu universi accipiunt : sed ejusdem eloquia aliter atque aliter, alius atque alius interpretatur, ut pêne quot homines sunt , tôt illinc sententiae crui posse videantur... Atque idcirco multuni necesse est,propter tantes tam varii erroris anfractus , ut propheticse et âpostolicae interpretationis linea, secundum ecclesiastici et catholici sensus normam dirigatur. » Ces paroles viennent immédiatement après le premier chapitre oii l'auteur dit qu'il y a deux moyens de discerner la doctrine catboliqiie de l'hérésie : " Primum scilicet

tant dans l'Eglise et transmis par l'Eglise ; sens , toutefois, qu'on ne peut séparer des vérités qu'il contient , puisqu'il est formé de ces vérités et par ce^ vérités : en un mot la tradition , c'est la parole de Dieu vivant éternellement dans le cœur des fidèles. C'est à ce sens catholique qu'est confiée l'interprétation de l'Ecriture sainte; l'explication donnée par lui forme le jugement de l'Eglise, et voilà pourquoi celle-ci est juge en matière de foi (judex controversiarum). Que si l'on considère la tradition dans son objet , elle est la croyance constante , universelle , la foi de l'Eglise consignée dans les monumens de son histoire. En ce sens , la tradition est ordinaire-

divinae legis auctoritate : tum deinde Ecclesiœ catholicae Iraditione. « Dans le concile de Trente, sess. XIII. c. 2. la tradition est appelée universus Ecclesiœ sensus. On lit dans le même livre , sess. IV. Décret, de edit. et ususacror. librorum... : « Ut nemo suse prudentiœ innixus , in rébus fidei et morum ad aedificationem doctrinae Christianae pertinentium , sacras Scripturas ad sucs sensus contorquens, contra eum sensum, quem tenuit et tenet sancta mater Ecclesia , cujus est judicare de vero sensu et interpretatione Scripturarumsanctarum...» Décret, decan. Script. « Perspicienshanc veritatem et disciplinam contineri in libris scriptis et sine scripto

traditionibus , quœ ipsius Christi ore ab Apostolis acceptae

Traditiones ipsas , tum ad fidem , tum ad mores pertinentes , tanquam vel ore tenus a Christo, vel a sancto Spiritu dictatas, et continua successione in Ecclesia catholica conservatas, pari plelatis affectu ac reverentia suscipit et veneratur. » Confère?; Melchior. Cani Zoc. theol. 1. III. c. .3. éd. Venet. 1667. p. 179 etsuiv. sur la tradition, et 1. IV. c. i. p. 2-34, sur l'autorité de rHglise.

ment appelée la règle de foi, le crilerium dans l'interprétation de l'Ecriture sainte.

Au surplus , quand notre divin Sauveur établit l'Eglise son organe permanent , il ne fit que sanctionner une loi constante de l'ordre moral. Chaque nation porte un caractère distinctif. Enraciné profondément, ce type est empreint dans la vie publique comme dans la vie privée, dans les lois comme dans le langage , dans les sciences comme dans les arts; ce tj^pe en un mot sépare tout un peuple de tout autre peuple. C'est le génie tutélaire, l'esprit régulateur qui fut légué des pères aux enfans; c'est ici le souffle vivifiant de tout le corps. Les anciens avoient personnifié cette empreinte caractéristique; l'honorant comme la divinité de la patrie , ils lui attribuoient leurs lois et leurs institutions. Les factions et l'égoïsme viennent-ils déranger les ressorts qui maintiennent l'harmonie dans l'ordre politique ; bientôt , si le corps toutefois conserve la conscience de luimême, si le génie qui lui est propre agit encore en lui , bientôt on découvre l'élément qui blesse le principe vital. Mais si vous avez brisé le lien vivant qui rattache le présent au passé ; si vous voyez toute action nationale impossible ; si , du milieu du désordre , vous ne pouvez plus discerner l'esprit public, alors, soyez-en sûr, ce peuple touche à sa ruine ; son génie , son Dieu a disparu

sans retour. Pan est mort, telle étoit la nouvelle que rapportoient de toutes parts les navigateurs au temps de la venue du Messie.

Et la loi que nous constatons ne s'observe pas moins dans les sociétés religieuses que dans les sociétés politiques. Considérez les Perses , les Chinois, les Maliométans ; voyez avec quelle rigueur se sont développés les principes primitivement posés parmi eux, voyez comment ces principes ont pénétré de leur esprit toutes les institutions de ces peuples. Dans le paganisme, tout découle également d'une source unique, tous les phénomènes religieux sont entés sur la même idée fondamentale. Examinons enfin l'établissement luthérien. Les dogmes enseignés dans les symboles de la secte , portent tellement l'empreinte du fondateur, qu'à l'instant on en reconnoît la filiation et la parenté. Les sentimens de Major, la doctrine des synergistes et d'autres furent rejetés, par une sorte d'instinct, comme contraires à l'esprit de tout le corps ; et toujours la communauté fondée par Luther, s'est montrée la fidèle interprète de sa parole.

Si, pour un moment, nous posons que les fondateurs des peuples ont eu mission de Dieu , nous voyons d'abord une première impulsion divine dans sa source ; puis , s'éloignant de son principe , ce mouvement a été reçu par l'homme ,

et dès lors il a pris quelque chose d'humain. Ainsi donc les faits généraux sortis de la cause première sont divins et humains tout à la fois : ils sont divins, puisqu'ils sont les oscillations d'un mouvement imprimé d'en haut ; ils sont humains, puisqu'ils procèdent aussi de l'activité de Fhomme. Ces faits enfin sont les régulateurs de tout le mécanisme social ; ils dirigent les pensées et les actions de tous les membres ; ils sont comme le souffle du fondateur, comme l'esprit qui a rendu vivantes toutes ses institutions.

Or, c'est sur ce modèle que nous devons apprécier l'infaillibilité de l'Eglise dans l'interprétation de TEcriture sainte. Tous les développemens dogmatiques et moraux qui peuvent être considérés comme faits universels, nous devons les tenir pour les oracles de Jésus-Christ même, car ils découlent de son divin Esprit. Sans doute, entre l'Eglise et Iss sociétés humaines , il y a la distance immense , infinie , qui sépare la créature de l'auteur de son être. En vain les principes posés de main d'homme se sont -ils développés de la manière la plus conséquente ; la corporation par eux fondée marche vers une ruine inévitable , l'édifice s'affaisse par degrés avec ses fondemens.

§ XXXÏX.

Continuation. L'Eglise interprète de l'Ecriture et la Tradition.

Quelques réflexions encore sur l'Ecriture et sur la tradition. C'est l'histoire de l'Eglise à la main qu'il faut à présent étudier cet important sujet; les combats de l'erreur contre la vérité en éclairent jusqu'aux dernières profondeurs.

Si nous exceptons quelques sectes juives qui vouloient charger l'Evangile des lois cérémonielles, les gnostiques forment la plus ancienne hérésie. L'éternité de la matière, la formation et le gouvernement du monde par un esprit inférieur, le demiurgos de ces sectaires, leur docétisme , etc. ; sont des dogmes trop connus pour qu'il soit besoin de les exposer ici. Aujourd'hui tous les chrétiens , peut-être , regardent ces doctrines comme complètement étrangères au christianisme. Eh bien ! nos hérétiques se laissèrent-ils convaincre de leur fausseté par l'Ecriture sainte? Non, ils aimèrent mieux rejeter l'ancien Testament et déclarer les évangiles apocryphes ' . Parmi

* A cet égard , le deuxième siècle fournit déjà de tristes expériences. TertuUien dit (de Prœscript. c. 17.) : « Ista haeresis non recipif qwasdam scripturas : et si quas recipit, non recipit inte-

ceux qui ont étudié le gnosticisme , le très grand nombre, pour ne pas dire tous, se sont sans doute demandé : Comment ces erreurs furent-elles possibles ? Comment trouva-t-on ces démonologies et tant de monstruosités dans la parole du Christ et des apôtres ? Et qui ne se feroit fort de réfuter dans une heure mille disciples de Marcion ? Qui ne voudroit, avec l'Ecriture, les ramener à l'Eglise? On est ainsi tenté d'accuser leurs premiers adversaires d'inhabileté, parce qu'ils ne purent en venir à bout.

Mais quand l'erreur a pris vie dans les intelligences , quels que soient les germes de mort qu'elle porte en elle , ni la raison , ni l'éloquence ne peuvent la détruire; ses racines sont trop profondes pour être accessibles à l'œil mortel. Yoyezla dans ses diverses phases : d'abord elle naît , puis elle porte ses fruits, ensuite elle meurt. Tant qu'elle est dans son période d'accroissement , tout, même du dehors , lui vient en aide , tout lui est une preuve ; écoutez : la terre lui rend témoignage , le ciel est sa caution. Cependant d'autres

gras, adjectionibus et detractionibus ad dispositionem instituli sui intervertit : et si aliquatenus intégras praestat, nihilominus diversas expositiones comment ata convertit... Quid promovebis , oxercitatissimc Scripturarum , quum si quid defenderis , negetur : ex diverse, si quid negaveris, defendatur? et tu quidem nihil perdes nisi vocem in contenlione : nihil consequeris , nisi bilem de blasphematione. »

principes germent dans les esprits, un temps nouveau éclôf à la lumière ; mais , sans point de contact avec le passé , il ne le comprend pa& même ; il demande étonné : Comment cela a-t-ii été possible? Quand la grâce divine arrache un homme à l'étourdissement universel , il dit qu'il étoit comme enchanté j que comme des écailles lui sont tombées des yeux.

Lors donc qu'on vit l'impossibilité de ramener les gnostiques par l'Ecriture, l'Eglise déclara-t-elle qu'il resteroit douteux si Dieu a créé le monde , si Jésus-Christ a été réellement homme, jusqu'à ce qu'on eût décidé ces dogmes par l'Ecriture? Non. Appuyée sur la tradition, sur la parole vivante, elle proclama qu'alors même qu'on pourroit disputer sur la doctrine des Livres saints , la foi constante, universelle, se prononçoit d'une manière assez décisive ; et que tous ceux qui vouloient s'attacher à Jésus-Christ, le choisir pour le pasteur de leurs âmes , ne pouvoient secouer le joug de cette autorité. Sans doute les docteurs de l'Eglise réfutèrent les gnostiques par les monumens de notre foi , sans doute ils les citèrent dans leurs savans écrits ' ; mais c'étoient là des raison-

* Cette observation induisit en erreur le docteur Lucke. Voyez son écrit sur l'Autorité de l'Ecriture et ses rapports avec la règle de foi dans l'église protestante et dans l'ancienne église, (Ueber das Ansehen der heil. Sciirift in der protest, und

nemens opposés à des raisonnemens : deux partis étoient en présence et l'Ecriture des deux côtés. Uniquement fondé sur la parole écrite, nous le savons, le fidèle pouvoit se convaincre que les gnostiques étoient tombés dans de graves erreurs. Mais , comme les adversaires avoient aussi la conviction de leur doctrine , dès lors le christianisme comme institution positive auroit disparu , si avec la Bible il n'eût existé une règle de foi, la tradition universelle '. Sans cette règle , sans ce critérium, jamais on n'eût pu déterminer avec certitude quelle étoit la vérité chrétienne; tout au plus

alten Kirche) p. 125. 141. 142. Non-seulement Irénée, Hippolyte, Novatien , Origène, etc., prouvent la doctrine de l'Eglise par l'Ecriture; mais dans tous les siècles jusqu'à nos jours, les catholiques se sont appuyés de son témoignage.

1 TertuUien dit très bien (loc. cit. c. 18. ) : « Si quis est, cujus causa in congressum descendis Scripturarum , ut eum dubitantem confirmes , ad veritatem , an magis ad haereses deverget ? Hoc ipso motus, quod te videat nihilpromovisse, aequo gradu negandi et defendendi adversa parte, statu certe pari, altercatione incertior discedet , nesciens quam haeresim judicet... )> c. 19 : «ErgononadScripturasprovocandum est: nec in his constituendum certamen, in quibus aut nulla aut incerta Victoria est , aut par incertse. Nara etsi non ita evaderet coUatio Scripturarum , ut utrumque partem parem sisteret , ordo rerum desiderabat , prius proponi quod nunc solum disputandum est : quibus competat fides ipsa ? Cujus sint Scripturae ? A quo , et per quos , et quando^ et quibus sit tradita disciplina , qua fiunt Christiani ? Ubi enim apparuerit esse veritatem et disciplinae et fidei christianœ , illic erit Veritas Scripturarum , et expositionum et omnium traditionum christianarum. »

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l'individu auroit pu dire aux sectaires : Voilà moiî sentiment à moi, voilà le sens que j'attache à l'Ecriture^ En un mot sans la tradition, plus de doctrine de l'Eglise , mais à la place le doute et l'opinioji ; plus de société des fidèles , mais seulement des individus , des chrétiens isolés.

A peine l'hérésie dont nous parlons avoit-elle atteint son plus haut période, que les unitaires vinrent lui déclarer une guerre à mort. C'est en effet cette dernière secte , mais non pas le montanisme, comme le veut Néander, qui forme l'extrême opposé du gnosticisme. Les disciples de Marcion rejettent l'élément humain ; les unitaires, l'élément supérieur. Les premiers enseignent que le Sauveur étoit la raison divine revêtue d'un corps apparent; les seconds soutiennent que, pour avoir été éclairé d'en haut, il n'étoit pas moins un homme purement et simplement. Ceux-là disoient : Tout se meut par l'Esprit de Dieu, ceuxci répondoient : Le saint Esprit n'est point descendu sur les apôtres ni sur l'Eglise. Suivant les uns , la matière est essentiellement mauvaise ; aux yeux des autres , tout est hon , il n'y a point de corruption primitive. Enfin, dans la doctrine des gnostiques , TEvangile est un principe de vie , un germe, une vertu céleste; tandis qu'au gré des unitaires, il est un précepte mort, une idée abstraite, une règle purement morale.

Or, de même que les gnostiques , ces derniers sectaires rejetoient la tradition pour s'appuyer uniquement sur les Livres saints'. Que devoit faire l'Eglise dans cette conjoncture? Déclarer que chacun resteroit dans son opinion eh attendant que l'étude de l'Ecriture eût fourni une solution satisfaisante ? Oui , sans doute elle l'auroit dû , si elle n'eût eu aucune idée de son établissement, de son essence ni de sa constitution. Mais l'Eglise fît précisément le contraire, et voici les oracles que nous signifie sa conduite : La doctrine du Sauveur est éternellement certaine pour les siens. La parole vivante et la parole écrite, la parole gravée dans les cœurs par le Saint Esprit et la parole tracée sur le papier sont une ; les doutes qui s'élèvent sur la seconde disparoissent au flambeau de la première. La doctrine enseignée dans le commencement, la foi constante de toute l'Eglise , voilà le critérium , la règle infaillible dans l'interprétation de l'Ecriture sainte; et, selon cette règle, il est à jamais certain que notre divin Sauveur est Dieu , qu'il nous a remplis d'une vertu divine.

Celui qui fonde sa foi sur l'Ecriture , c'est-àdire sur les résultats où l'ont conduit ses recherches bibliques ; celui-là n'a point la foi , n'a pas

»Euseb. hist. 1. V, c. 27.

îa moindre idée de ce que c'est que ia foi. Ne doit-il pas être toujours prêt à modifier sa croyance? Ne doit-il pas admettre que , par une étude plus approfondie , il arriveroit peut-être à de tout autres conséquences ? Et dès lors , nous le demandons , peut-il naître dans son âme une conviction profonde, inébranlable, ferme comme le roc? Et voilà pourtant la seule disposition qui mérite le nom de foi. Foi , unité de croyance , universalité de doctrine sont une seule et même chose. L'homme qui croit véritablement, quand bien même sa croyance seroit erronée , est intimement convaincu qu'il possède la doctrine de Jésus- Cbrist, qu'il partage la foi des apôtres et de toute l'Eglise ; il tient fermement que cette foi est la même dans tous les temps et la seule vraie. Cette croyance est la seule raisonnable , la seule digne de l'homme ; tout le reste n'est qu'opinion, qu'incertitude.

Les siècles disparurent et les sectes avec eux. De nouveaux temps virent naître de nouvelles hérésies ; mais toutes érigèrent le même principe fondamental, savoir que l'Ecriture est la seule source de la vérité chrétienne , la seule règle de foi. Ce dogme commun à tous les sectaires, le même chez les gnostiques du deuxième siècle et chez les vaudois du douzième, proclamé par les ariens comme par les oestoriens; ce dogme II. k

enfanta les doctrines les plus contradictoires i Qu' y a-t-il en effet de plus opposé que le gnosticisme et le pélagianisme , que le sabellianisme et l'arianisme ' ? Or la seule considération que ce principe, toujours un, sans cesse le même, a sanctionné toutes les croyances, tous les égare-

*A l'égard de l'arianisme, conférez Athanas. de Synodis § 13-14. 40. 43. 47. Basil, de Spir. sancto, c. 10. On lit dans ce dernier écrit : « Id quod impugnatur fides est , isque scopus est communis omnibus adversariis et sanœ doctrinse inimicis , ut soliditatem fidei in Christum concutiant , apostolicam traditionem solo œquatam abolendo. Ea propter, sicut soient , qui bonae fidei debitores sunt, probationes e Scriptura clamore exigunt. Patrum testimonium, quod scriptum non est,Yelut nullius momenti rejicientes. » Dans saint Augustin, contra Maxim., lib. I. c. 27, l'arien s'exprime ainsi : « Si quid de divinis protuleris , quod commune est cum omnibus , necesse est , ut audiamus. Hae verô voces , quae extra Scripturam sunt , nuUo casu a nobis suscipiuntur. Prœterea quum ipse Dominus moneat nos , et dicat : sine causa colunt me , décentes mandata et prœcepta hominum. » Le même docteur fait ainsi parler Pelage : Credamus igitur quod legimus , et quod non 1 egimus, nefas credamus adstruere. »{deNatur. et Grai., c. 39.) Le concile de Chalcédoine, acte I, dit en parlant d'Eutychès

(Hard. ^CL Concil. t. IL p. 186. ): « Eroip-ov yv.prAÙTO-j eïvxi eyaîxr rcxXi £x.6é(jsat zûv c/:jCwj Tiazépu-j , zûv te sv Nixatoc xai Iv 'Eyso-w T»jy uù'JoSo'J T:oi'/]C!Xij.ivu-j , aovziôs'jGa.i, xat ÙTioyoxasiv rat? épjj:fi'JEia.ii uùzeùv OfxoldysL' si Si tcoxj zhyjii ti îitzp v.ùzCyj ev rto-t J.s'Çcirt ri 0LKaaix).dtv,vj Si.O!.Tzlcoivjdh , toOto /Aïi'xs Siai'iâ./Xsiv , //vjTé zK-raoV^scôat. fj-dvcç. âè Tas '/p^-'fô/.i spsuv^.v , cis j2;[i(x.(.0Tsp!Xi ôûVag t5j5 tojv itc/.zépuv axôsceui

X. T. L » La version latine rend ainsi la dernière phrase : « Solas autem Scripturas inquirere, sicut patrum expositionibus firmiores. « Ces paroles n'expriment pas le sens du grec ; il faut : « Utpote quœ patrum interpretatione firmiores esscnt , » c'est-àdire plus fermes que le dogme défini , que l'interprétation de l'Eglise.

mens, toutes les monstruosités; cette seule considération, disons -nous, devoit faire voir qu'il recèle quelque profonde erreur, qu'il creuse un abîme immense entre l'Ecriture et l'individu.

Arrêtons-nous pour considérer la conduite des sectaires. Tous reconnoissent que l'Eglise catholique , en proscrivant les hérésies précédentes , a été l'infaillible interprète de la vérité; dans ce cas , ils aiment à souscrire à ses définitions. Mais, il faut bien le reconnoître , jamais l'Eglise n'eût ainsi formulé sa foi sans la doctrine sur sa constitution même. L'arien reçoit avec joie les décisions portées contre les gnostiques : mais sur quel fondement reposent ces décisions , voilà ce qu'il ne veut point comprendre. Il s'étourdit pour ne pas voir que l'Eglise, si elle eût été constituée sur les bases qu'il s'efforce de lui prêter, n'auroit pas sauvé les dogmes qu'il professe avec elle. Les pélagiens et les nestoriens n'ont qu'une voix pour condamner l'arianisme. Mais bientôt leur vue se trouble , il se fait nuit dans leur intelligence : pour arriver à la vérité chrétienne, ils quittent la voie de l'Eglise et prennent la route des sectes qu'ils maudissent. Ils veulent la matière sans la forme. Luther et Calvin ne firent point autrement. Tout ce qui avoit été défini contre les gnostiqueg, les ariens , les nestoriens , les pélagiens , etc. , les

réformateurs prétendus y donnèrent leur plein assentiment. Mais quand il s'agit de construire leur évangile, ils s'en allèrent sur les traces de t:es hommes qu'ils avoient en exécration , qu'ils faisoient brûler quand ils tomboient en leur pouvoir '.

Voici donc le sens du dogme catholique : vous

* iVIartîn Chemnitz dit qu'Irénée et Tertullien , en invoquant la tradition, vouloient seulement montrer qu'elle s'accorde avec l'Ecriture. Le passage est curieux : « Non video, dit -il, si intégra disputatio consideretur, quomodo alia inde possit erui sentenlia, quam quod ostendat consensum traditionis apostolicae cum Scriptura, ita ut eadcm sit doctrina, quam Scriptura tradit , et quamprimiliva Ecclesia ex Apostolorum traditione acceperat. » [Examen. Concil. Trident. P. ï. p. 118.) Et 221 : « Et omnia sunt sacris Scripturis consona , qus no . 1 1 recipimus et profitemur. » De là Chemnitz conclut que les témoignages des deuxième, troisième et quatrième siècles en faveur de la tradition ne font point contre les protestans; car nous admettons, dit-il, tous les dogmes maintenus pour lors dans l'Eglise. L'auteur envisage la chose sous un faux point de vue. Lorsque les catholiques citent TertuUien et les autres Pères dans la question présente , il ne s'agit pas de telle ou telle doctrine par eux enseignée, mais du principe m.éme de la tradition. A l'égard de la doctrine, Chemnitz est presque toujours d'accord avec les catholiques; mais vient-il à parler de la tradition comme règle de foi , il est entièrement pour les gnostiques. Il auroit dû voir par les écrits d'Irénée et de TertuUien , qu'on ne peut affermir sur l'Ecriture les plus simples vérités du christianisme. Il ajoute p. 128 : « Veteres damnaverunt Samosatenum et deinde Arium. Judex erat verbum Dei, id est testimonia ex Evangelio. . . quae convincunt non calumniose judicantem » Sans doute; et cependant les juges de Nicée ne parent convaincre les ariens par l'Ecriture , précisément parce que ces hérétiqnes jugeaient calomnieusement.

ne pouvez, nous dit-il, prendre possession du christianisme primitif que dans l'union avec sa forme essentielle , c'est-à-dire avec l'Eglise. Considérez l'Ecriture dans l'esprit de cette Eglise, contemplez en elle le Sauveur du monde ; et alors s'éveillera en vous la véritable image du Christ : car cette société divine est son organe , sa manifestation permanente. Mais j'entends le sarcasme de l'impiété !... Eh quoi ! ne vaut-il pas mieux se servir d'un flambeau que de rester dans les ténèbres ? 0 orgueil de l'homme qui repousse le secours qui peut seul relever sa foiblesse ! Puissans génies qui pour voir les astres navez pas besoin de télescope, et qui voyez à travers le voile que le premier insensé vient déployer sur vos yeux !

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