LXVII
De la Justification et de la Sanctification. — Parfait accomplissement de la loi.
Mais si la lumière divine porte la vérité dans les intelligences , elle est encore la source de la vie de l'âme, le principe de toute vertu. Dieu daigne-t-il accorder à l'homme un jour de visite, de cette heure doit commencer pour lui une ère nouvelle : la grâce de la sanctification lui est présentée.
A l'égard de ce dernier point , si nous exceptons les rapports de l'activité divine à celle de l'homme, les trembleurs sont, à peu de chose près, d'accord avec les catholiques. Mais quelle n'est pas la force du préjugé ! nos hérétiques méconnoissent cette affinité de principes, et vont jusqu'à s'élever contre l'enseignement universel. Ecoutez l'église romaine, disent-ils : les jetines , les mortifications , les pèlerinages , les pratiques de dévotion, les indulgences, la répétition mécanique de certaines prières ; en un mot , les actes extérieurs : voilà ce qui rend agréable à Dieu. En niant cette sorte de mérite , Luther s^est rapproché
de îa véritable doctrine ; mais , ici comme ailleurs, il est plus louable par ce qu'il a renversé dans Babylone, que par ce qu'il a édifié luimême '. En effet le réformateur est tombé dans l'excès contraire : s'il refuse aux œuvres la vertu justifiante , il l'accorde à la foi dans le pardon des péchés ; mais la rénovation intérieure , mais le changement du cœur, il le repousse de son système '.
' L. I. p. 159 : (t Nobis minime dubium est doclrinam hanc fuisse et adhue esse in ecclesia romana magnoperc vitiatam; licet advcrsarii nostri, quibus , mcliorilms argumentis carentibus, sœpissime mendacia rcfugium et asylum sunt , non diil)ilarunt hoc respecta , nobis papismi stigma inurere , sed quam falso postea patebit... nam in hoc , sicut in multis aliis, magis laudandus est ( Lutherus ) in iis , qua; ex Babylone evcrtit , quam quae ipse sedificavit. »
2 Barclay distingue deux sortes de rédemption, l'une objective et l'autre subjective. Voici comment il définit la première , ubi supra p. 1C4: « Redemptio a Christo peracta in corpore suo crucifixo extra nos et qua homo , prout in lapsu stat : in salutis capacitate ponitur et in se transmissam habet mensuram aliquam eflicacia; , virtute spiritus vita; , et gratis istius , quœ in Christo Jesu erat , quœ quasi donum Dei potens est superare et cradicare malum illud semen, quo naturaliter, ut in lapsu stamus, fcrmentamur. — Secunda hac cognoscimus potentiam hanc in actum reductam, qua non rcsistentcs sed recipientes mortis ejus fructum , vidclicet lumen , spiritum et gratiam Chrisli in nobis revelatam, obtinemus et possidemus veram, realem,et intcrnam redemptionem a potestate et prœvalentia iniquitatis, sicque cvadiraus vere et realiter redcmpli et justificati , unde ad sensibilem cum Deo unioaem et amicitiam venimus. — Pcr hanc justificalionem Jesu Christi minime intelligimus simpliciter bona opéra, eliam quaîcnus a Spirilu sancto fiuntj ca enim ut vere aflirmant
Qu'est-donc que la justification , dans l'enseignement des quakers ? C'est Jésus-Christ enfanté dans l'homme , la racine sur laquelle sont entées les bonnes œuvres ; c'est la renaissance intérieure qui engendre la sainteté , qui triomphe de la nature corrompue , la réduit en servitude et la ramène à Dieu. Cette doctrine est de tout point conforme au dogme catholique, seulement elle est énoncée en d'autres termes. Mais il y a plus : quand les amis de la lumière veulent s'exprimer avec franchise , ils se servent des mêmes formules que le concile de Trente ' ; adoptant jusqu'au mot mérite, ils enseignent la nécessité des bonnes œuvres , la possibilité d'accomplir les préceptes et même de s'abstenir de tout péché'.
protestantes , effectus potius justificationis quam causa sunt. Sed intelligimus formationem Christi in nobis , Christum nalum et produclmn in nobis , a quo bona opéra naturaliter procédant , sicut fructus ab arbore fructifera : internas istc partus in nobis , justitiam in nobis producens et sanctitatem , ille est, qui nos justificat, quocum contraria et corrupta //.tara... remota et superata est. »
1 Barclay, à l'endroit cité , p. 165 , se sert du mot caitsa procurans, au lieu de causa meritoria; ensuite il emploie les expressions causa formalis et formaliter justificatus, par quoi il entend la même chose que les catholiques.
2L. I. p. 167 : « Denique, licet remissionem pec^atorum collocemus injustitia etobedicnlia a Christo in carne sua peracta, quod ad causam ejus procurantem attinet, et licet nos ipsos formaliter justificatos reputemus per Jesum Christum intus formatum , et in nobis productum , non possumus tamen , sicut qui-
Clarksoii dit : « Les quakers n'assignent qu'une » petite différence entre la justification et la » sanctification ; ils ne séparent point ces deux i) choses comme tant d'auteurs qui se renomment » de Jésus, Les œuvres et la foi, comme le dit » Richard Claridge, sont également comprises
dam (?) protestantes incauli fecere, bona oixîra a justificatione excludere ; nam licet proprie propter ea non juslificcmur, tamen in illis justificamur, et necessaria sunt , quasi causa sine qua non (par ce mot , les quakers n'entendent pas la même chose que les majoristes ou sj^nergistes). » p. 1G8 : « Cum bona opéra necessario et naturaliter procédant a partu hoc , siciit calor ab igné , idée absolute necessaria sunt ad justificationem , quasi causa sine qua non , licet non illud propter quod, tamen id in quo justificamur, et sine quo non possumus justificari: et quamvis non sint meritoria, neque Deum nobis debitorem reddant , tamen necessario acceptât et remuneratur ea , quia natura? suœ contrarium est , quod a Spiritu suo provenit , denegare. Et quia opéra talia pura et perfccta esse possunt, cum a puro et sancto partu proveniant, ideoque eorum sentcntia falsa est, et veritati contraria , qui aiunt , sanctissima sanctorum opéra esse poUuta et peccati macula inquinata : nam bona illa opéra , de quibus loquimur, non sunt ea opéra legis, quae Apostolus a justificatione excludit. » p. 167 : «Licet non expédiât dicere, quod meritoria sint , quia tamen Deus ea remuneratur, patres ecclesia^ non dubitarunt verbo « meritum » uti , quo etiam forte nostrum quidam usi sunt sensu moderato, sed nuUatenus pontiliciorum figmentis... faventes. » Voilà une singulière manière de combattre les papistes ! V^oyez aussi p. 195. Au reste , l'expression in illis justificari, au lieu de propter illa, est très heureuse ; car la seconde s'applique aux mérites de Jésus-Christ. Cependant l'Ecriture permet de dire aussi : Nous sommes justifiés d cause de nos œuvres; et la distinction entre causa meritoria et causa formalis, prévient toute équivoque. Enfin notre auteur enseigne que l'homme régénéré peut s'abstenir du péché j p. 197 : « In quibus sancta hœc et immacu-
» dans la justification parfaite. Qui est justifié » est aussi sanctifié jusqu'à certain point, et l'on » n'est sanctifié qu'autant qu'on est justifié. Par » l'assistance et l'opération du Saint-Esprit, la » justification rend toujours plus juste et plus » vertueux. Si nous considérons l'ardeur avec » laquelle nous désirons le Saint-Esprit, si d'ail- » leurs nous mettons dans la balance notre fidé- » lité à la grâce , nous verrons dans une alliance » intime la justice et la sanctification ; car toutes » deux, marchant d'un pas égal, viennent à la » suite de la docilité à la lumière intérieure'. » Mais jusqu'à quel point notre sanctification peut- elle s'élever dans cette vie terrestre? Le
lata genitura plene producta est , corpus peccati et mortis crucifigitur, et amoritur, cordaque eorum vcritati subjecta evadunt et unita : ita ut nullis Diaboli suggestionibus et tentationibus pareant , et liberentur ab actuali peccato et legem Dei transgrediendo , eoque respecta perfeeti sunt : ista tamen pcrfcctio semper incremeutum admiltit , remanetque semper, aliqua ex parte, possibilitas peccandi , ubi animus non diligentissime et vigilantissime ad Deum attendit. »
» Vol. II. Rel. ch. XIII. p. 319 et suiv. A la page 321, l'auteur cite un passage du quaker Henri Tuke : « By thys view of justification we conceive the apparently différent sentiments of the aposlles Paul and James are reconciled. Neither of them says that faith alone , or works alone , are the cause of our being jusliGed ; but as one of them asserts the necessity of faith , and the othcr of Works , for effectiiig this great object , a clear and convincing proof is afforded that both contribute to our justification ; and that faith without Nvorks, and works withouant faith are equally dcad. «
même auteur va nous l'apprendre : « L'Esprit de Dieu , qui efface les péchés du monde , qui fait à rhomme un cœur nouveau, est assez puissant pour nous élever à la perfection. Toutefois les quakers ne mettent point au même niveau la perfection divine et la perfection humaine ; car ils enseignent que la dernière est toujours susceptible d'augmentation. Quelle est donc leur doctrine ? C'est que l'homme , dans son état renouvelé, peut accomplir la loi morale. Aussi lisons-nous dans l'Ecriture que Noë et Moïse (Gen. VI. 9.), qu'Elisabeth et Zacharie (Luc. L 6.) ont marché sans tache et sans reproche dans la loi du Seigneur '. »
Après cela , nous ne devons pas être étonnés ,
si l'on reproche aux trembleurs, ainsi qu'aux
catholiques, de mettre leur propre justice à la
place de celle de Jésus-Christ.
' Vol. II. ch. VII. scit. II. p. 193 : « Tliis spirit of god... is... so powerfull in ils opérations , as lo be ablc to lead him to perfection... »
§ LXYIII.
Doctrine sur les Sacremens.
Conséquens à leurs principes , les quakers ne voient , dans le baptême et dans la cène , que des actes purement spirituels, que des effets de la céleste lumière. C'est dans son cœur, disentils , que le fidèle trouve le gage de son adoption ; il n'a pas besoin de signe extérieur pour lui certifier l'amitié de Dieu. 11 n'est donc pas vrai que les sacremens soient le sceau des promesses divines, ni même qu'ils rappellent la mémoire du Rédempteur. Introduire des rites et des symboles , c'est renverser la religion chrétienne , c'est retomber dans le judaïsme et s'approcher de l'idolâtrie. On a mal interprété nous ne savons quelles paroles et quelles actions du Sauveur des hommes , et voilà le fondement de la doctrine que nous combattons. Erreur funeste , aberration déplorable, qui mène directement à la ruine du sanctuaire !
Le véritable baptême , c'est la consécration de l'esprit, c'est le feu intérieur, qui rend inutile le bain de la régénération. Mais ce n'est pas tout : L'eau éteint la flamme, continuent les trembleurs,
îe symbole détourne les regards de l'original ; la figure, de la chose signifiée. Ainsi le baptême est l'ablution du cœur, la purification de toute souillure ; c'est le commencement de la vie nouvelle '.
Rien de plus remarquaj)le que les preuves apportées en faveur de cette doctrine. Pour montrer que le sacrement de la régénération n'est pas d'institution divine , ils forcent en tout l'Ecriture, se livrent aux interprétations les plus licencieuses. Ici Barclay met grandement à contribution les écrits de Faust Socin. Quant au fondateur de la secte, nous ne pensons pas qu'il ait puisé ses principes dans les mêmes ouvrages. Ces sortes de productions n'avoient point pénétré dans l'échoppe du cordonnier, elles ne l'avoient point accompagné sur les montagnes avec ses troupeaux : c'est en suivant le fil de ses propres idées , que Fox parvint à sa doctrine sur le baptême. Mais Barclay, qui se chargea de prouver les oracles du prophète , a visiblement consulté les écrits dont nous parlons.
Voici maintenant l'enseignement des quakers
1 Loc. ciL p. 341 : « Siciit imus est Deus , et iina Mes , ita et uiium baptisma , non quo carnis soldes abjiciuntur, sed stipulatio bonae conscientiae apud Deum per resurreclionem Jesu Christi, et hoc baptisma est qiiid sanctum et spirituale, scilicet Baptisma Spiritus et ignis , per quod consepulli sumus Christo , ut a peccatis abluti et purgati , novam vitam amliulemus. »
sur l'eucharistie. Le corps et le sang de Jésus- Christ n'est autre chose que la semence céleste , que la lumière intérieure '. Ils citent saint Jean ( ch. ï. V. 4. ) : En lui étoit la vie^ et la vie étoit la lumière des hommes; ils confèrent avec ce passage (Ibid. VI. SO, 51.):/e suis le pain vivant qui suis descendu du ciel., ^^ et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde; puis ils prennent les expressions vie, lumière, pain vivant, chair du Christ, comme synonyme de Christ intérieur. En conséquence ils définissent la cène la participation intérieure de l'homme intérieur au corps spirituel et intérieur de Jésus-Christ ; participation qui donne la vie à l'âme, nous met en rapport et en commerce avec Dieu \
1 Loc. cit. p. 380 : « Corpus igitur hoc , et caro et sanguis Christi intcUigcndus est de divino et cœlesti semine ante dicto. » p. 378 : « Si quaeratur, quid sit illud corpus , quid sit ille sanguis ? Respondeo , cœleste illud semen , divina illa et spiritualis substantia, hoc est vehiculum illud, seu spirituale corpus, quod hominibus vitam et salutem communicat. »
2 Loc. cit. p. 383 : « Ita interna participatio est interioris hominis de hoc interno et spirituali corpore Christi , quo anima Deo vivit,etquo homo Deo unitur, et cum eo societatem et communionem habet. »