LXIX
Les quakers rejettent le ministère de la parole. Prédication. Culte public.
Les quakers poursuivent leur idée fondamentale avec une infatigable persévérance. Continuons d'écouter nos docteurs. Les louanges, les adorations , le culte qui procède de l'activité de l'homme est réprouvé de Dieu trois fois saint. Nous ne devons penser et vouloir que dans la lumière intérieure ; le principe divin doit être le seul mobile de nos actions. Lorsqu'il est utile pour sa gloire et expédient pour notre salut. Dieu sait bien mettre dans nos cœurs le désir et la prière , la crainte et l'amour ; et alors , mais seulement alors, nous devons louer, bénir, adorer l'Etre suprême. Il en est de même de la prédication, car l'Esprit seul éclaire, illumine les intelligences*.
1 Loc. 1. p. 287 et seq. : « Omnis verus cultus, et Deo gratus, oblatus est Spiritu suo movente interne , ac immédiate duccnte , qui nec locis , nec temporibus , nec personis prœscriptis limitalur : nam licct sempcr nobis colendus sit , quod oporteat indesinenter timere coram illo , tamen , quoad externam significationem in precibus , elogiis aut prœdicationibus , non licet ea perficerc nostra voluntate , ubi et quando nos volumus ; sed ubi et quando eo ducimur motu et secretis inspirationibus Spiritus Dci in cordibus nostris ; quae Deus exaudit et acceptât , qui nunquam deest , nos ad precandum moverc , quando expedit , cnjus illc solus est
Or de là il suit
1° Qu'il n'existe point de ministère de la parole. En effet , si vous établissez des docteurs dans l'Eglise , dès lors la prédication n'est plus le langage de l'Esprit , vous mettez l'homme à la place de Dieu. La parole dans nos temples ne devroit être que l'épanchement de l'inspiration intérieure ; mais , aveuglement déplorable ! on en a fait une science , un art , un métier. Afin que ces nouveaux prophètes pussent dire quelque chose , on a rassemblé , compilé des matériaux ; des projets d'instructions , des rapsodies profanes , voilà ce qui doit remplacer l'Esprit de Dieu. Aussi n'entendons-nous , de la bouche de ses apôtres , aucune parole de vie ; leurs cœurs étant vides de Dieu , comment pourroient-ils remplir leurs auditeurs de la vertu d'en haut ? C'est un ministère sec et stérile, un ministère frappé de mort que nous avons dans l'Eglise '.Que cet homme se livre aux
judex idoneus. Omiiis ergo alius cultus, elogia, preces sivc praedicationes , quas propria voluntate suaque intempestivitatc homines peragunt , quas et ordiri et finire ad libitum possunt perficere vel non perficere, ut ipsismet videtur, sive formaî prœscriptae sint, sicut Liturgia, etc., sive preces ex tempore per vim facultatemque naturalem conceptae , omnes ad unum sunt cultus superstitiosus , grxce sOshdpriaxîio: et idololatria abominabilis in conspectu Dei , quae nunc in die spiritualis resurrectionis ejus deneganda et rejicienda sunt. »
1 Loc. cit. p. 275 : « Et magna quidem causa est, quod tant aridum , mortuum , siccum et stérile ministerium, quo populi ea
plus viles passions , qu'il se vauti^e dans la fange du vice , n'importe : s'il est revêtu d'une mission humaine , il peut annoncer, prêcher la doctrine du salut ! le ministère évangélique est devenu l'instrument de l'amhition et de la cupidité , on s'en sert comme de marchepied pour s'élever aux honneurs et aux richesses. Le Seigneur veut d'autres prédicateurs : tous, savans et ignorans, jeunes et vieux, hommes et femmes; tous ceux qui sont poussés par TEsprit , doivent prêcher et glorifier Dieu publiquement dans l'assemblée des fidèles'. 2° Une autre conséquence du principe posé plus haut, c'est qu'on doit rejeter toute formule de prières , toute liturgie. Nulle puissance sur la terre , disent les tremhleurs , n'a le droit de s^inîerposer entre Dieu et l'homme; l'oraison est l'écho
sterilitate fermentantur, hodie tantopcre abundat , et in nationibus etiam protestantibus diffunditur, ita ut prœdicatio et cultus corum , sicut et intégra conversatio a Pontificia vix discerni possit aliquo vivaci zelo , aut spiritus virtute eos comitante , sed mera differentia quarumdam notionum et ceremoniarum externarum. » p. 229 : « Vita, vis ac virtus vera; rcligionis inter eos multum pcriit, eademque , ut plurimum , qua? in ecclesia romana mors, sterilitas , siccitas et acarpia in ministerio eorum reperitur. »
* Les anglicans sommoient les trembleurs de prouver leur mission par des miracles, s'ils vouloient rejeter le ministère existant. Nous lisons la réponse des quakers dans Barclay , p. 245 : elle est la même que celle de Luther aux catholiques. Au reste , pour conserver pure leur doctrine , ils se virent contraints d'établir des prédicateurs ambulans. Voy. Clarks. vol. IL Bel ch. X. — XL p. 247 — 276.
de la voix intérieure , l'élan du cœur touché par le principe divin.
Voici comment Barclay décrit leurs assemblées religieuses.. Les amis delà lumière se rendent dans une salle où nul objet ne peut éveiller la piété, le sentiment de Dieu. Là , dans un profond silence , assis sur des bancs , ils se recueillent en eux-mêmes, chassent la pensée des choses terrestres, et se préparent à recevoir l'inspiration divine. Mais ce n'est pas assez que l'esprit rentre dans son propre sanctuaire ; il doit encore sortir de lui-même, si nous osons le dire; pour percevoir la parole intérieure dans toute sa pureté , il faut qu'il s'abstienne de toute action, qu'il reste dans un repos parfait. Souvent durant une heure entière, ce solennel silence n'est interrompu que par les soupirs et les gémissemens; mais voilà que tout-à-coup un membre rempli de Dieu , fait éclater ses transports dans des prières ou dans un discours , suivant qu'il est poussé par l'Esprit d'en haut. Quelquefois aussi l'assemblée se sépare sans que personne ait pris la parole ; mais alors encore nos âmes sont rassasiées , abreuvées d'ineffables douceurs'. Il arrive également que les fantômes
* Barclay p. 297 : « Imo sœpe accidit , intégras quasdam conventiones sine verbo transactas fuisse, attamen animai nQstraî magnopere satiataî , et corda mire secreto divina^ virtutis et Spiritus sensu replota fuerunl, quœ virtus de vase in vas transniissa.
2 'i 2 du monde repoussent l'Esprit divin; que les ténèbres luttent contre la lumière, comme Jacob et Esaû dans le sein de Rébecca. Alors vous voyez y ami profondément ému; déchiré par deux forces contraires , il soupire , il s'agite , il tremble de tout son corps ' ; mais enfin la lumière remporte la victoire, et il s'abandonne à la joie et à l'allégresse.
fuerlt. » Clarkson dit vol. II. Belig. ch. XII. p. 279 : « For this reason ( that men are to worship God only, when they feel a right disposition to do it), when they enter into their meetings , they use no liturgy or form of prayer. Such a form would be made up of the words of man's wisdom. Neither do they deUver any sermons that hâve been previously conceived or written down. Neither do they begin their service immediaty after they are seated. But when they sit down, they wait in silence, as the apostles were commanded to do. They endeavour to be calm and composed. Tliey talie no thaughtas to what they shall say. They endeavour to avoid , on the other hand , ail activity of the imagination, and every ihing that rises from the will of man. The créature is thus brought to ho passive , and the spiritual faculty to be disencumbered , so that it can receive and attend to the spiritual language of the Creator. If during his vacation from ail mental activity, no impression should be given to them, they say nothing. If impression should be afforded to them , but no impulse to oral delivery, they remain equally silent. But if, on the other hand , impressions are given to them with a impulse to utterance, they deliver to the congrégation , as faithfuUy as they can , the copies of the several images , which they conceive to be painted upon their minds. »
1 Loc. cit. p. 300 et seq. De là le nom de quaker ou trembleur. D'autres disent que Fox, appelé en justice, somma son uge de trembler devant la parole de Dieu , sur quoi celui-ci l'appela trembleur. Voy. par exemple, Clarkson, vol. î. Intro^ duc. VII.
Bientôt le même enthousiasme transporte l'assemblée; bientôt, ravis au delà de ce monde, tous ensemble glorifient le Seigneur , célèbrent ses louanges, exaltent ses perfections. Spectacle touchant et sublime ( c'est Barclay qui le dit) que plusieurs n'ont pu voir sans être gagnés à notre église. C'est ainsi que les trembleurs croient éviter toute superstition , réprimer la sagesse humaine , adorer Dieu en esprit et en vérité'.