‹ La symboliqueChapitre 34 sur 63 · LXX · texte numérisé non relu

LXX

Mœurs et usages.

Parlons maintenant de quelques maximes concernant les rapports sociaux et le commerce de la vie.

Les amis de la lumière reconnoissent le pouvoir politique dans tout ce qui ne tient pas à la religion ; mais ils refusent de lui prêter serment , et s'interdisent le métier des armes.

Les jeux de hasard sont rigoureusement défendus dans la secte. Un être pensant, disent-ils, devroit rougir de pareils amusemens; combien

' Loc. cit. p. 297 : « Hujus cultus forma ita nuda est et omni mundana et cxtcrna gloria expers , ul omncs occasionem abscindat,quo hominis sapientia exerceatur, neqoe i!)i superstitio et idololatria locura habet. » Cfr. 293. 304.

donc ne sont-ils pas indignes du chrétien ? Ces récréations profanes sont une source de désordres , et font naître des habitudes incompatibles avec les sentimens religieux. Mais les quakers ne s'en tiennent pas là ; ils réprouvent indistinctement toute sorte de jeux; et nous serions loin de les blâmer, s'ils ne condamnoient l'opinion contraire.

Ils s'élèvent également contre la musique , soit vocale, soit instrumentale. Ceci n'a certes rien qui puisse nous surprendre ; car, nous l'avons vu , ils repoussent tout ce qui peut ennoblir le sentiment , élever l'âme vers son auteur. Personne , au reste , ne s'attendoit à trouver , dans l'échoppe du cordonnier, un juste appréciateur des beaux arts.

Quant aux théâtres , ils sont encore sévèrement interdits aux amis de la lumière. Ici notre législateur, nous aimons à le reconnoître , a été conduit par un esprit louable. Reste du paganisme , école du vice et de l'immoralité , asile de toutes les mauvaises passions , les spectacles ont été flétris par l'Eglise primitive ' , constamment réprouvés par

* Lact. Instit. div. 1. VI. c. 20 : « Si homicidium nuUo modo facere licet, nec interesse omnino conceditur, ne conscientiam perfundat ullus cruor... comicae fabulae de stupris virginum loquuntur, aut amoribus inerctricum , et quo magis sunî éloquentes , qui flagitia illa finxerunt , co magis sententiarum elegantia persuadent, et facilius inha;rent audientium memoriae versus numerosi et ornati. Item tragicae historiœ subjiciunt ocu-

les hommes pieux. Plaçons-nous pour un însiant dans un point de vue moins élevé. Lorsque les sciences, les lumières et la vertu, c'est-à-dire, quand la vraie civilisation fleurira parmi les hommes , alors sera venu le jour où les théâtres seront déserts ou du moins abandonnés au bas peuple, comme une poupée. Ses habitués d'aujourd'hui , tous beaux esprits qui représentent la civilisation du siècle, ses habitués les fuiront eux-mêmes , si toutefois ils s'élèvent au niveau de leur époque. Si la noblesse et l'aménité des manières , si les connoissances et la vérité des mœurs étoient moins étrangères dans nos cercles , on n'iroit point se repaître de fictions chimériques , d'enivrantes illusions. Rien de plus propre à mettre dans tout son jour la sécheresse et le vide

lis parricidia , et incesta regum malorum , et cothurnata scelera demonstrant. Histrionum quoque impudicissimi motus, quid aliud nisi libidines docent et instfgant ? Quorum enervata corpora , et in muliebrem incessum , habitumque mollita , impudicas fœminas inhonestis gestibus mentiuntur. Quid de mimis loquar corruptelarum prœferentibus disciplinam ? Qui docent adulteria , dum fingunt , et simulatis erudiunt ad vera ? Quid juvenes aut virgines faciant : cum et fieri sine pudore, et spectari libenter ab omnibus cernant ? Admonentur utique quid facere possint , et inflammantur libidine , quai aspectu maxime concitatur : ac se quisque pro sexu in illis imaginibus prœfigurat, probantque illa, dum rident. » Comme Louis XIV demandoit à Bossuet ce qu'il pensoit des théâtres , celui-ci répondit : <(I1 y a contre des raisons sans réplique, et de grands exemples on leur faveur. »

24G de nos salons , que la fureur avec laquelle on court les théâtres'.

Enfin les danses , les contes , les romances , les idylles et toutes les poésies de ce genre , ont encouru l'indignation des trembleurs. On le voit , plusieurs conseils des moralistes chrétiens , nos hérétiques les érigent en préceptes , et condamnent positivement ce que les catholiques et les protestans réprouvent ou ne permettent pas. Cela , au reste , n'étoil pas difficile ; car, d'un côté , la secte ne se compose que de quelques milliers d'individus ; d'autre part , les adhérens de Fox appartiennent presque exclusivement aux classes inférieures : en sorte qu'ils sont forcés par leur condition même de s'abstenir de la. plupart des choses qui leur sont défendues.

Reste encore quelques maximes fondées sur des idées confuses de liberté et d'égalité politiques "*". Les titres : Votre Majesté ^ Votre Excellence, Votre Grandeur, etc. , ont été inventés par l'orgueil; cette manière de saluer : Votre très humble serviteur , est une basse flatterie ; c'est un péché de se découvrir , de plier le genou devant un homme , de lui adresser la parole au pluriel. Pour toutes

iClarkson-, vol. 1. Mor. Educ. c. I, — IX. p. 1—158, expose et défend les coutumes dont nous venons de parler.

" On se rappelle le toast de Fox : A S. M. le peuple souverain. ( Note du irad. )

ces choses , les quakers demandent des preuves tirées de l'Ecriture , sans quoi ils ne peuvent les approuver ; car jamais l'Esprit ne leur a inspiré de faire la révérence à qui que ce soit , d'adresser au roi le titre de Majesté ' , etc.

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