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Remarques historiques. — Les frères Moraves.
Les erreurs que nous allons passer en revue se composent des principes enseignés par les lierrnhuters et par les piétistes : il faut donc parler avant tout de ces deux communions.
Vainement l'Eglise fit-elle tous ses efforts pour ramener les hussites dans le sanctuaire de la vérité; ce parti subsista jusqu'à la réforme qui, avec l'espérance, lui rendit sa première vigueur. Animées des mêmes passions, les deux sectes se reconnurent bientôt pour sœurs ; mais quand elles voulurent se donner la main, comme la première étoit la plus foible , il lui fallut subir la doctrine protestante. Rétablir le royaume de Dieu , asseoir l'Eglise sur de nouvelles bases, telle étoit bien
la devise de Jean Huss comme celle de Martin Luther ; mais pourtant les deux réformateurs différoient sur des points essentiels.
Voici en deux mots quel étoit l'enseignement des hussites avant leur transformation. Ils ne connoissoient rien moins que la doctrine de Luther sur la foi justifiante : par conséquent ils avoient aussi d'autres principes sur les actes humains. Leur morale étoit sévère jusqu'à l'absurde : qui le croiroit ? pour condition de leur alliance avec les catholiques , ils exigeoient qu'on punît de mort tous les péchés mortels ; c*est-à-dire , comme ils l'entendoient, les excès dans le boire et dans le mangery l'usure, l'incontinence, le mensonge, le parjure y les rétributions de messe, etc. Plusieurs vouloient même accorder à chacun le droit de mettre à mort quiconque commettroit un de ces péchés. Le fondateur de la secte, nous le savons, n'avoit point enseigné toutes ces monstruosités ; mais il n'est pas moins vrai que l'impulsion donnée par lui devoit aller au fanatisme le plus étrange. Et ne disoit-il pas lui-même : Si un prince ou un chef de l'Eglise tombent dans une faute grave , personne dès lors n'est plus tenu de leur obéir?
Ce ne sont pas là , du reste , toutes les absurdités que nos sectaires vouloient imposer aux catholiques : Vous renverserez , nous disoient-ils encore, les établissemens destinés à l'instruction j vous re-
connoîtrez que celui qui se nomme maître-ès-arts est un païen , un publicain ; sinon vous ne serez point nos frères. Cependant la réflexion, l'expérience et le malheur amenèrent quelques cliangemens salutaires dans tous ces points de doctrine.
Dans la suite , une partie d'entre eux s'allièrent aux vaudois et en empruntèrent plusieurs erreurs étrangères à Huss , ainsi qu'à Rokyccana , chef des calixtins. Ces derniers ne différoient des catholiques que par l'usage du calice ; mais nos hérétiques s'en séparèrent en 1450, et formèrent une corporation particulière sous le nom de frères moraves ou de Bohême. D'après une apologie publiée l'an 1S08, ils combattirent non-seulement la transsubstantiation, mais encore la présence corporelle; et, si l'on peut conclure quelque chose de leurs formules , ils avoient , à l'égard de la cène , à peu près les mêmes sentimens que les réformés. Quoiqu'ils reconnussent sept sacremens, ils rejetoient, comme on peut bien le croire, l'ordination catholique : car Jésus-Christ, disoient-ils , est la source immédiate de toute juridiction. Enfin ils attaquèrent le purgatoire et la vénération des saints.
Quant à la discipline, ils se distinguèrent toujours par une grande sévérité; ils faisoient surtout un fréquent usage de l'excommunication. On comptoit parmi eux les aspirans, les élus et les parfaits; ainsi trois classes dans lesquelles ils
étoient rangés selon leur progrès dans la vie spirituelle. Or telle étoit la doctrine des frères de Bohême au temps où ils s'unirent au père de la réforme.
Contre sa coutume , Luther montra la plus grande indulgence pour les opinions des sectaires moraves ; aussi gagna-t-il beaucoup par cette modération. Non-seulement ils reconnurent la présence réelle % mais encore ils admirent les principes de la justification protestante '. Ceci eut lieu dans une confession de foi publique remise entre les mains du roi Ferdinand. Désormais les frères de Bohême et les frères de Saxe furent unis par une alliance solennelle , et Luther conçut de ses nouveaux fidèles l'opinion la plus avantageuse. «Autrefois, dit-il, je haïssois les picards (c'est ainsi qu'il appelle ses partisans de Moravie); mais ils se montrent aujourd'hui bien plus polis , bien plus galans, bien plus aimables; je dirai même bien plus honnêtes et bien meilleurs. »
^Confess. bohemîca, art. XIII. Dans Augusti,ubi supra; P. IX. p. 205 : « Item et hic corde credendum ac ore confitendum docent , panem cœnœ dominicae yerum corpus Cliristi esse, quod pro nobis tradltum est, calicemque verum sanguinem ejus, etc. Docent etiam, quod his Christi verbis, quibus ipse panem corpus suum , et vinum speciatim sanguinem suum esse pronuntiat , nemo de suo quidquam affingat , admisceat aut detrahat, sed simpliciter his Christi verbis neque ad dexteram neque ad sinistram declinando credat. »
2 Art. VI. p. 28't et scq. Conf. art. XI. p. 300.
De leur côté , les frères n'a voient pas des choses aussi flatteuses à lui dire : ils lui envoyèrent une députation pour lui représenter les désordres de ses adeptes, et lui faire vivement sentir la nécessité d'une réforme sur ce point. « Voyant que dans notre église , dit un protestant , l'on n'est pas bien scrupuleux sur les mœurs et sur la conduite , ils ont cru devoir envoyer une députation pour en avertir Luther '. » Il leur fut également permis de conserver le célibat ecclésiastique. L'alliance entre les deux communions fut renouvelée en 1575, mais elles ne formèrent jamais une seule église unie par des liens extérieurs.
La maison d'Autriche n'eut pas autant à se louer de leur politesse que le père de la réforme. Ils nourrissoient contre elle une haine profonde ; et, sitôt qu'ils jugeoient l'occasion favorable, ils étoient prêts à soulever l'étendard de la révolte. Souvent l'autorité se vit obligée de sévir contre eux. Alors plusieurs se réfugièrent en Pologne où ils s'unirent aux réformés et aux anabaptistes. Les émigrations continuoient encore au commencement du dix-huitième siècle. D'autres se dirigè-
* Principes de la constitution des frères moraves par François Buddéus. Cet ouvrage se trouve dans les écrits du comte de Zinzendorf, Francfort-sur-le-Mein I7i0, p. 229. Le principal écrit sur les hussites de cette époque est : Joachimi Camerarii historica narratio de fratrum orthodoxorum ecclesiis in Bohemia, Moravia et Polonia, Heidelherg 1605,