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LXXIV

Rc'uiiion des frères moraves et des piélistcs.

Les principes de Spener étoient enseignés publiquement à l'université de Hall. Or, c'est dans cette école que furent élevés Zinzendorf ', Watteville et Spangenberg; docteurs et, selon d'autres, évêques des frères moraves réfugiés à Herrnhut. D'un côté l'indifférence dogmatique , de l'autre l'amour du commandement , rapprochèrent bientôt les nouveaux chrétiens ; puis les maîtres apportèrent quelques idées étroites, et les adeptes une discipline sévère : de là le herrnhutisme.

La colonie du comte de Zinzendorf se compo-

' Voyez la Fie du comte de Zinzendorf, par K. A. Barnhaçen d'Ense, Berlin 1830. L'auteur trace le portrait de l'hérésiarque avec beaucoup de talent et beaucoup d'impartialité. Spangenberg, Reichel , Duvernoy ont aussi écrit la vie de Zinzendorf. Il vit le jour à Dresde, l'an noo, et mourut en 1760-

soit de frères moraves , de luthériens et de réformés. Il s'efforça de réunir tous les partis; et grâce à leur commune indifférence , il y réussit facilement. Nous sommes tous réunis dajis \q principal article , disoit-il : pourquoi tarder plus long-temps de nous donner la main ? Mais comment des sectaires aussi divergens de croyances et d'opinions , pouvoient-ils être frères dans la foi? C'est qu'aux yeux du docteur, tous ceux qui croient à la rédemption par la mort de Jésus-Christ , ne font qu'un seul troupeau, qu'une seule église; comme si ce dogme n'étoit point en alliance intime avec d'autres questions. Cependant, pour éviter les reproches de ses adversaires, il partagea sa communion en trois classes , les luthériens , les réformés et les frères " .

Que l'esprit d'orgueil ait été le principal mobile de Zinzendorf , c'est ce que montrent jusqu'à l'évidence et ses paroles et sa conduite. Pour lui aussi l'église luthérienne est irrémissiblement corrom-

. ^ Nous lisons dans la collection des œuvres de Zinzendorf, p. 205 : « îl (Mélanchthon) ne demande unité de croyance que dans les dogmes essentiels. Tous les partis pourroient donc se réunir dans les points fondamentaux; mais aveuglement déplorable ! chaque docteur présente son article comme un point accessoire , et fait de la doctrine opposée une erreur fondamentale. » Que ce principe fût devenu terrible , si on l'avoit réduit en pratique ! On ne lit pas sans intérêt ce que Zinzendorf dit des catholiques, au milieu des persécutions qu'il avoit à essuyer de la part des protestans. Voyez ilarnhagen, p. 49. 14.3 et passim.

pue ; mais sa société va donner un asile à tous les membres qui ne sont pas encore gangrenés ; et dès lors privée de chaleur et de vie , la réforme disparoîtra sans retour. Il faut , dit- il dans son langage , quelle soit tellement désalée , tellement sucée, qu'il n'en reste plus qu'un squelette'. Il refusa même de reconnoîlre la confession d'Augsbourg jusqu'en 1748.

Bans leurs écrits comme dans leurs prédications, les frères ne parlent presqu'exclusivement que de la mort du Sauveur. Ce sacrifice est effectivement le centre de la foi chrétienne ; il doit donc être , en quelque sorte, le thème de tous les discours des fidèles rachetés par la victime sans tache. Toutefois les herrnhuters ne placèrent point ce mystère dans tout son jour. Pour émouvoir et toucher les cœurs , ils dessinent ce drame pathétique d'un crayon vif et animé ; mais leurs descriptions ne disent rien à l'intelligence, et n'éveillent que des sentimens vagues, sans consistance. Cependant cette théologie * , dans le commencement de la secte , inspira aux frères une grande force morale , qui se

• Comparez l'ouvrage intitulé : Fie d'Albert Bengel, par Frédéric Burk, Stuttgard 1831. p. 380. L'auteui" fait très bien ressortir les rapports de Bengel avec les frères moraves. Voyez p. 376 — 402.

* On l'appeloit la théologie de la croix et du sang : Kreuzund Blut-Theologie; expression (ournée en ridicule par \6§ protcstans modernes d'Allemagne. {Note du Irad.)

manifesta surtout dans leur zèle pour les missions. On a vu d'ailleurs , parmi ces hérétiques , des âmes remplies des plus beaux sentimens religieux; et, pour s'en convaincre , il suffit de lire l'admirable description qu'yn simple frère donne de la piété intérieure '. Sans doute aussi dans les rapports de la vie ordinaire , la contemplation de la croix porta les fruits les plus abondans. Et ne devoit-il pas en être ainsi ? Qui peut considérer les souffrances du Fils de Dieu sans l'aimer? et qui l'aime garde ses commandemens. Ici la sensibilité donne un point d'appui à la pensée : le cœur et l'esprit s'enflamment également de reconnoissance , et conçoivent l'horreur du péché.

On a reproché aux herrnhuters de contempler chaque plaie du Sauveur, de s'arrêter avec minutie à toutes les circonstances de la passion , à tous les pas du Christ montant sur le Calvaire'. Cette objection suppose bien peu de connoissance du cœur humain : l'amour ne s'éloigne qu'avec peine de l'objet aimé , il veut descendre dans tous les détails. Néanmoins nous devons le dire , les frères tombèrent dans de graves abus : chaque méditation, chaque exercice est prescrit au disciple de Zinzendorf ; le chemin de la croix lui est tracé

' Voy. Collection des œuvres de Zinzendorf, à l'end, rifé^ p. 235 et suiv.

2 lîarnhagen , p. 583.

28S irrévocablement. Et pourtant quelle richesse la mort du Rédempteur n'offre-t-elle pas au fidèle , au savant comme à l'ignorant , à l'homme qui pense comme au cœur sensible ! Il faut donc que dans l'Eglise du Christ, toute cette richesse soit ouverte à tous les vœux du chrétien. Mais le caractère propre de l'hérésie, c'est toujours de n'envisager un grand tout que sous un seul point de vue.

La discipline , les mœurs et les coutumes des frères moraves ; par exemple , l'excommunication , le lavement des pieds , la division de la secte en plusieurs bandes et plusieurs chœurs ; tout cela n'entre pas dans notre sujet. Nous ferons cependant une remarque; c'est que nous retrouvons, dans les usages de ces sectaires, plusieurs traits de rhistoire ecclésiastique. Ainsi le choix des pasteurs par le sort nous rappelle les ordalies du moyen âge*; les prières pendant la nuit, les acœmètes des premiers siècles **. Zinzendorf exposoit les peintures les plus dégoûtantes : de même les manichéens représentoient sur la toile leur doctrine touchant le mariage.

Chose aussi remarquable : le herrnhuter, dans

* Dans le moyen âge , pour acquérir la certitude d'un fait douteux , on employoit le sort et des épreuves de plusieurs espèces. C'est ce qu'on appeloit Ordalies ou ordéals. {Note du trad.)

** Acœmètes ( d'à privatif, et de Mi>j.ku dormir) est le nom de certains religieux qui entretenoient une psalmodie continuelle dans leurs églises. [Note du trad. )

fous les rapports sociaux, est attaché à un .joug de fer; nul libre cours n'est laissé à ses efforts. Qui le croiroit? c'est la société même qui choisit l'épouse à l'époux. Dans l'Eglise catholique , tous sont également assujétis à la vérité : nul ne peut s'en écarter ; mais pour tout le reste liberté pleine et entière : le fidèle n'est lié que par les moyens nécessaires aux bonnes mœurs et à la conservation de la vérité. Les frères moraves , au contraire , proclament une fausse liberté dans le domaine de la vérité , ce sanctuaire où la nécessité doit régner en souveraine.

'Les Méthodistes.

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