‹ La symboliqueChapitre 41 sur 63 · LXXV · texte numérisé non relu

LXXV

Profonde décadence de l'église anglicane. — Les Méthodistes veulent sauver l'Evangile,

Pendant la révolution d'Angleterre , l'effervescence , le fanatisme religieux avoit enfanté les crimes les plus atroces, les forfaits les plus noirs ; mais bientôt le doute et l'indifférence vinrent s'emparer de cette malheureuse nation. Un parlement illégalement convoqué par Cromwell , avoit proclamé

sa vocation supérieure : Au ton dont nous avons parlé y dit-il ., on peut voir que l'esprit de Dieu agit en nous. Ensuite il ouvre ses séances par des solennités religieuses ; les membres protestent que, pendant le service divin , ils ont éprouvé un bonheur indicible, une joie toute céleste ; preuve certaine de leur union avec Jésus-Christ '. Il est facile de se représenter les mœurs publiques de cette époque : au milieu de ces commotions violentes , de ces déchiremens douloureux , on vit croître une race corrompue jusqu'à la moelle des os. Les rangs de l'armée se trouvoient remplis d'une foule d'enthousiastes , de voyans , de prophètes , de prédicateurs*; le peuple qui s'étoit élancé au delà des nues, se vautroit maintenant dans la fange. Re-

• M. Villemain dit en parlant du discours que CromweU prononça à l'ouverture du parlement de 1635 : « C'est une espèce de sermon, rempli du nom de Dieu, et de citations de l'Ecriture. Il exhorte les députés à être fidèles avec les Saints , et les félicite d'être avoués par Jésus-Christ , et d'avouer Jésus-Christ. C'étoit une adresse assez remarquable d'éluder ainsi l'élection populaire par la vocation divine, et de flatter cette assemblée, au nom de ce qu'il y avoit d'illégal et d'inusité dans sa réunion. 5) ( Histoire de CromweU, d'après les mémoires du temps et les recueils parlementaires, Bruxelles, 1831, tom. II. p. 6 et suiv.)

* « Les officiers prêchoient les soldats , et les nouveaux républicains marchoient au combat en chantant des hymnes fanatiques. « {Histoire de la révolution d'Angleterre, par David Hume, Bàle, 1789, p. 13. ) — On en vint jusqu'à supprimer le mot royaume dans l'oraison dominicale, on disoit : Que votre république arrive ( ubi supra , p. %%b.)—{Note du trad.)

poussé , traîné dans la boue , le clergé anglican ne sut jamais s'élever à la hauteur des circonstances ; la persécution n'avoit point retrempé son âme dans le malheur ; il vit de sang-froid la corruption faire des progrès effrayans '.

Pendant sa longue existence, l'Eglise aussi a plus d'une fois gémi sur le relâchement de son clergé ; mais toujours, pour réveiller les peuples et les pasteurs , Dieu suscita des hommes remplis de sa vertu toute-puissante. Les remèdes qu'ils apportoient au monde varioient avec les besoins des temps ; mais tous partirent de ce point de vue, que les lois et les institutions ne possèdent point en elles-mêmes le principe vital, qu'elles peuvent seulement ranimer les forces de telle époque assoupies dans le sommeil de la mort. Nous voyons une foule d'ouvriers évangéliques semer au loin la parole du salut ; partout ils font naître le repentir, ils arrachent partout les âmes de la voie de perdition. Ailleurs c'est un ordre religieux qui se charge d'instruire les peuples , ou de les rame-

1 Robert Southey, dans l'ouvrage intitulé : Vie de Jean PFesley, de l'origine et de la propagation du méthodisme, traduit de l'anglais , par Frédéric Adolphe Krummacher, 1828. tom. I. p. 261 et suiv. ; Southey, disons-nous , fait un tableau vif et animé de toute cette époque. On n'a guère à lui reprocher que les peines inutiles qu'il se donne pour excuser l'église anglicane. Il seroit aussi à désirer qu'il eût mieux étudié l'histoire de l'église catholique.

lier dans le sentier de la justice , ou bien qui rem-^ plit en même temps cette double fonction. Cependant , comme toutes les choses de ce monde , ces corporations traversent différens âges , arrivent à une période de déclin; et plus d'une fois l'épiscopat , trompé par une fausse reconnoissance , les a laissées subsister lorsque déjà elles avoient perdu leur sève première, et qu'à peine elles pouvoient encore être ramenées à la vie. A proportion que de nouveaux ordres prennent racine , les anciens doivent disparoître : c'est la règle générale.

Parmi les protestans , plusieurs corporations , et nommément les méthodistes , se proposèrent à peu près la même tâche que ces ordres religieux. Nous devons aussi l'observer, lorsque les piétistes réformoient la réforme , quand Zinzendorf et les méthodistes paroissoient sur le monde; Alphonse de Liguori , dans l'église romaine, régénéroit l'Italie , rassasioit du pain de la parole les populations affamées'. Cet homme apostolique, nous le savons , ne jeta point aux yeux du siècle un aussi

' Alphonse de Liguori naquit à Naplcs , d'une famille noble et ancienne, le 26 septembre 1696, et fut ordonné prêtre en 1726. Les déréglemens des Lazaroni touchèrent son cœur; il résolut de les arracher à cette vie de désordre. 11 s'associe dans ce dessein plusieurs ecclésiastiques , et fonde des congrégations pieuses , qui se montent encore aujourd'hui , à Naples , au nombre de 75, composées de 130 à 160 personnes chacune. Animé d'un zèle ardent pour le salut des âmes, il parcourt ensuite

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