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vif éclat ; mais tous ses jours furent précieux devant le Seigneur et signalés par de nombreux bienfaits. Nous devons encore remarquer une énorme différence,c'est que tous les efforts des catholiques n'ont eu pour but que d'éveiller, dans chaque iSîdéle, l'esprit et la vertu de l'Eglise; tandis que les sectes protestantes ont toujours ébranlé les fondemens de la communion qui les avoit nourries dans son sein. Enfans rebelles et dénaturés, les réformateurs avoient déclaré la guerre à l'Eglise catholique. Or cet esprit de révolte s'est propagé de race
les campagnes , distribuant partout le pain de la parole , rap-\ portant dans le bercail la brebis égarée. « L'abandon presque général dans lequel Alpbonse eut alors occasion de reconnoître que vivoient les habitans des campagnes , le toucha d'un sensible chagrin : il lui en resta une impression profonde dont la providence qui la lui avoit ménagée , se servit dans la suite pour l'exécution des grands desseins dont elle vouloit que ce digne ouvrier évangéliquc fût l'instrument. » ( Fie du B. Jïphonse Liguori, évéque de Sainte-Agathe des Goths et fondateur de la congrégation des prêtres missionnaires du, très Saint- Bédempteur, par Jeancard, Louvain 1829. p. 82.) Il érigea un ordre religieux pour subvenir à ces besoins pressans. Voici quelle est l'idée fondamentale de cet ordre. Le ministère ordinaire ne tombe que trop souvent dans l'assoupissement. Les fidèles s'endorment avec le pasteur. Il est donc à désirer que , de temps en temps , une impulsion extraordinaire vienne réveiller les peuples. Or, c'est à ce ministère que sont destinés les missionnaires du Saint -Rédempteur. — Un parlement d'Angleterre vouloit que les pasteurs n'eussent point de résidence fixe : il faut, disoit-il, que les ouvriers évangéliques changent souvent de paroisse, afin que sans cesse ils portent dans les âmes une nouvelle chaleur, une nouvelle vie. C'est un extrême.
en race : chaque fils , devenu père , s'est bientôt tourné contre sa mère , et l'a déchirée de ses propres mains.
Au commencement du dix-huitième siècle, la profonde misère du peuple anglais toucha vivement Jean Wesley , homme célèbre par ses talens et ses connoissances, mais surtout célèbre par son zèle ardent pour le royaume de Dieu. C'est avec vérité que son biographe dit : « Dans un autre temps et dans d'autres circonstances , il eût été un fondateur d'ordre , ou bien un pape réformateur. » Etudiant et bientôt sous-maître à Oxford, il s'associe son frère Charles , ainsi que plusieurs autres, parmi lesquels on remarquoit l'éloquent , le doux Whitefield; puis, sans se soucier des discours du monde , il s'adonne tout entier aux exercices de piété (1729). Pour faire déplus grands progrès dans l'ascétisme , les nouveaux frères se tracent un règlement sévère ; et c'est à cette occasion qu'ils furent appelés méthodistes',
1 « On les appeloit tantôt sacramentaires , tantôt bibliomanes , biblistes , tantôt le saint club.» (Southey, I"' vol. p. 49.) Un homme religieux et de grandes connoissances disoit : Il vient de s'élever une nouvelle secte de méthodistes; faisant allusion à ime école de médecine qui , à cause de son règlement , portoit le même nom.
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Doctrine des mélhodisles. — Leurs disputes avec les herrnhuters. — La secte se divise en deux partis.
Les méthodistes ne vinrent point déclarer la guerre à l'église anglicane ; seulement ils insistoient davantage sur la perfection qui doit être l'apanage du chrétien. D'abord nous les voyons répandant partout leur ascétisme : la prière , les jeûnes , la lecture de la Bible , la communion fréquente ; voilà ce qu'ils prêchent à leur entrée dans le monde. Bientôt leurs prédications virulentes attirent une foule d'auditeurs ; encouragés par le succès , ils choisissent , pour théâtre de leur éloquence, les places publiques, les carrefours, et jusqu'aux lieux qui, le jour d'auparavant, étoient le cloaque de toutes les mauvaises passions.
Dans un voyage en Amérique , Charles Wesley fit connoissance avec quelques herrnhuters , particulièrement avec Spangenberg et David Nitschmann (1755); ensuite il parcourut la Hollande et l'Allemagne où il visita plusieurs communautés de frères moraves. Ces relations amenèrent une nouvelle époque dans l'histoire de sa vie intérieure. Alors ses yeux furent ouverts à la lumière : il vit clairement qu'un jour dans sa vie, l'homme est
déchiré par l'affreux désespoir , mais que tout-àcoup la grâce le remplit d'ineffables douceurs ; il vit enfin que c'est là l'heure certaine de sa délivrance. Pour lui, toutefois, il n'obtint cette faveur du ciel que quelques années plus tard. Ce fut à Londres , dans la rue de l'Aldergate , le 29 mai 1739 , à huit heures un quart du matin , qu'il fut terrassé par la vertu d'en haut. C'est Wesley luimême qui nous donne ce détail; mais comment ce nouveau Paul, déchiré par des sentimens contraires , put-il observer l'heure et la minute avec autant de précision ?
Quoi qu'il en soit , le dogme dont il s'agit fut dès lors prêché avec une nouvelle force ; et la parole éloquente de Whitefield produisit des changemens soudains , des conversions surprenantes. Souvent on voyoit le fidèle profondément agité , livré en proie à des mouvemens fébriles, à des accès convulsifs. Ces phénomènes furent appelés les signes extérieurs de la grâce; on alla même jusqu'à les regarder comme de vrais miracles '.
Les anglicans n'étoient pas aussi édifiés de ces
1 Nous voyons dans Southey, vol. II. p. 478 et suiv., comment les instituteurs de Kingwood tourmentoient des enfans de sept ou huit ans, ne leur laissant aucun repos, «jusqu'à ce qu'ils eussent donné un signe certain de leur justification. » On jetoit dans ces âmes tendres la terreur, le désespoir, on les poussoit presque jusqu'à la folie ; mais enfin la paix , la sécurité Yenoit bannir le trouble et les alarmes. Wesley lui-même ap-
conversions : ils fermèrent leurs chaires aux enthousiastes y aux fanatiques ; ce qui obligea les méthodistes de former une église particulière. Wesley s'éleva sur le siège épiscopal, et conféra les ordres à plusieurs frères; on pria également un soi-disant évêque grec , Erasme , qui se trouvoit alors en Angleterre , d'ordonner prêtres les futurs pasteurs de la secte. De cette heure le schisme fut prononcé , et les deux églises se firent une guerre implacable'.
Les liaisons que nous avons vues s'établir entre les herrnhuters et les méthodistes ne furent pas non plus de longue durée. Et Wesley et Zinzendorf , dit Southey, prétendoient régner sans partage; ni l'un ni l'autre ne vouloit céder le pas à son compétiteur ; puis la communauté ne pouvoit reconnoître deux chefs différens. Mais ce n'est pas tout : plusieurs différences de doctrine vinrent aussi jeter la division parmi nos hérétiques. Avant la justification , disoient les herrnhuters , les prières , les
prouvoit et recommandoit ces désordres. L'instant d'après il ne restoit aucun vestige d'une pareille régénération. Le fondateur de la secte en témoigne son mécontentement dans les paroles qu'on va lire : « J'ai passé une heure dans les écoles de Kingwood. C'est étrange ! Jusqu'à quand travaillerons-nous au tissu de Pénélope ? Qu'est devenue l'œuvre que la grâce , en septembre dernier, avoit opérée parmi ces enfans ? Tout a disparu , tout s'est évanoui comme un songe ! »
' Cependant l'on vit plus tard des méthodistes en communion avec l'église épiscopale.
jeûnes, la lecture des Livres saints, en un mot^ toutes les pré tendues bonnes œuvres sont non-seulement inutiles, mais encore un poison mortel. Ecoutons un frère d'Angleterre : « Durant vingt ans j'ai fidèlement observé l'Evangile; mais je n'ai point trouvé mon divin Sauveur. Dans la suite j'ai lâché la bride à toutes mes passions , et aussitôt j'ai senti dans mon cœur la vertu céleste , et mon âme s'est unie au Rédempteur aussi étroitement que le bras est uni avec le corps '. » Cette doctrine avoit bien été celle de Luther ; mais Wesley la repoussoit avec indignation, la déclaroit aussi erronée dans ses principes que funeste dans ses conséquences. D'autre part, les méthodistes enseignoient que, pour le fidèle , il arrive un moment où il n'éprouve plus aucun désir de la chair, aucun mouvement déréglé. A leur tour les frères moraves attaquent cet enseignement, et voici ce que répond Spangenberg : « Aussitôt que nous sommes justifiés, » l'homme nouveau s'éveille en nous. Cependant » le vieil homme reste jusqu'à la mort , et avec lui y> le vieux cœur dépravé. Nous avons donc sans » cesse à combattre contre la corruption de la » chair ; mais le nouveau cœur est droit et plus » fort que la nature dégradée. Ainsi, tant que
1 Southey, vol. I. p. 309. On trouve à la page 313, uo passagetout aussi remarquable.
i) nous aurons les regards fixés sur Jésus-Christ , 3» nous remporterons une victoire certaine'. » Cette réponse est très défectueuse dans sa forme : car, ainsi que l'indiquent les mots régénération , nouvelle création ^ nous devons dépouiller le vieil homme, ce cœur vicié , tourné vers les choses d'en bas. Il est donc faux que nous ne soyons dégagés du mal , de la corruption héréditaire qu'après la mort. D'un autre côté , Spangenberg ne fait point ressortir les différentes phases de la vie spirituelle , distinction qui eût peut-être réuni les deux partis ; mais à ne considérer que le fond de sa doctrine, il est ici le défenseur de la vérité.
La même controverse fut également une pomme de discorde parmi les méthodistes ; car plusieurs combattirent le quiétisme du fondateur, aussi bien que les herrnhuters. Bientôt après une autre question vint mettre en feu toute la communauté. Wesley soutenoit la prédestination absolue , tandis que Whitefield rejetoit cette doctrine , la proclamant l'erreur la plus funeste qui pût monter dans l'esprit humain. Ainsi , d'une part, les frères anglais et les frères mcraves ne purent concilier leurs croyances, et restèrent séparés en deux camps; d'autre part, les méthodistes eux-mêmes
' Southey, vol. I. p. 317 et suiv. Les exagérations de Zèn- %cndorf, p. 321.
se scindèrent en deux partis qui se jurèrent une haine implacable , une haine à mort.
Le genre de preuves qu'apportent nos hérétiques à rencontre les uns des autres , font sur l'âme une bien pénible impression. Tous nos frères , disoit Spangenberg , sentent là , dans le fond d'euxmêmes 5 un germe mortel ; cette portion de boue , dont nous sommes pétris , se révolte sans cesse en nous contre la raison. De l'autre côté , les wesleyens nommoient des hommes et des femmes qui éprouvoient que la concupiscence étoit éteinte dans leur cœur ; qui sentoient en leur âme et conscience, qu'ils étoient sans faute et sans reproche '. Ces docteurs disent à la face du monde : Ma pensée et mes conceptions , voilà le critère de la vérité ; mes sentimens et mes affections , voilà le modèle , le type des chrétiens ! Le front le plus impudent ne rougiroit-il pas de tant d'impudence ! Enfin voici Whitefield qui , pour établir la prédestination absolue, nous montre son intérieur, le fond de son âme ; et de peur qu'on ne s'y méprenne , il avertit qu'il le fait en toute humilité'.
* Southey, vol. I. p. 31 S.
2 Whitefield écrivoit à Wesley ( Southey, p. 337) : « Cesse, je l'en avertis très humblement , cesse de t'opposer à la doctrine de la prédestination. Ne reconnois-tu pas toi-même que tu n'as pas le témoignage de l'Esprit ? tu n'es donc pas juge compétent. Mais, pour moi, j'ai reçu ce vivant témoignage, et je crois à la prédestination... Non, non Jamais je n'ai lu une ligne des écrits
Observons en outre que la doctrine de Wesley conduit directement au mépris de la règle morale. En effet, s'il établit une alliance intime entre la justification et la sanctification , il dit néanmoins que c'est la foi seule , mais non point les œuvres , qui nous obtient l'amitié de Dieu. Il n'est donc pas nécessaire de marcher dans le chemin de la justice : les obligations de la loi sont suspendues. Laissons parler un ardent méthodiste , un zélé défenseur de la doctrine de Wesley :
« Le mépris de la loi , semblable à un feu dé- » vorant, a fait d'affreux ravages dans notre so- » ciété. Tel qui parle du Sauveur avec beaucoup » d'édification , s'abandonne parmi nous aux » désordres les plus criminels. Combien peu avons- » nous d'églises où la fraude, le parjure, l'adul- » tère ; où tous les vices ne régnent pas souve- » rainement ? L'arche de l'Evangile a été assaillie » par les plus violentes tempêtes ; si le Seigneur ne » l'eût protégée par son bras puissant , infaillible- » ment elle eût fait naufrage. J'ai vu des hommes » qui passent pour croyans , se livrer à tous les » penchans de la nature corrompue. Tandis qu'ils
de Calvin ; je tiens ma doctrine de Jésus-Christ et de ses apôtres : le Seigneur lui-même l'a mise dans ma bouclie et dans mon cœur. N'est-ce pas moi qu'il a envoyé le premier, moi qu'il a éclairé le premier ; je puis donc croire , je pense , qu'il me donne encore aujourd'hui sa lumière. » Les deux hérésiarques se séparèrent en 1 7 40.
1» devroient s'élever contre l'antinomisme , je les » ai entendus se plaindre de leur amour pour la » loi : Nos cœurs dépravés , disent-ils , nous sug- » gèrent sans cesse que nous devrions faire quel- » que chose pour notre salut. » C'est-à-dire que la voix de la conscience réclamoit contre leurs désordres , mais qu'ils en étouffoient les cris perfides, qu'ils regardoient ces reproches comme une tentation de Satan pour affoiblir leur foi.
Notre auteur continue : « Au lieu de flétrir le » vice , nos chaires en font plutôt l'apologie , et » l'insinuent dans tous les cœurs. Et qui peut » entendre sans frémir les paroles de certains doc- » teurs qui ne rougissent pas de se dire métlio- » distes ? Hill enseigne ouvertement que l'adultère )) et l'infanticide , loin d'affoiblir la grâce , la » rendent plus abondante. — L'Etre infiniment » bon , dit-il , ne voit point de péché dans le fidèle , » quel que soit le nombre de ses prévarications. » Que mes actions déplaisent à Dieu, ma personne » ne lui en est pas moins agréable. Quand je pé- » cherois plus grièvement que Manassès , je serois » encore un enfant de la grâce , car Dieu me re- » garde toujours en Jésus-Christ. Es-tu plongée » dans l'adultère , dans l'inceste ; es-tu rougie d'un » sang homicide , n'importe : tu es toute belle , » mon amante , ma fidèle épouse ; tu es sans tache. » —Les théologiens de l'école sont tombés dans
» une erreur bien funeste , quand ils ont distingué » les péchés d'après Faction , et non d'après la per- » sonne. —Je ne suis pas de ceux qui disent : » Péchons f afin que la grâce surabonde; mais il » n'en est pas moins certain que l'adultèrejl'inceste » et le meurtre me rendront plus saint sur la terre » et plus joyeux dans le ciel ' . » Plus j'aurai besoin de la miséricorde divine , plus ma foi sera vive , plus je serai plein de mérites par conséquent.
Cette profonde décadence remplit Wesley de la plus vive douleur. En 1770, il assembla une conférence pour remédier à de si graves abus. On reconnut bientôt que la source du mal étoit dans cette opinion , que le Sauveur a suspendu la loi morale , qu'ainsi le chrétien n'est pas tenu de l'observer. Les paroles que Wesley prononça dans le synode méritent d'être rapportées : « Faites » bien attention à ce que vous enseignez , dit-il. » Nous inclinons trop vers le calvinisme. Sans » doute nous enseignons et l'on doit enseigner » que le fidèle ne peut contribuer en rien à sa » justification ; mais de ce principe on tire de bien » fausses conséquences. Qui veut trouver grâce
» Fletcher, Cheks to Antinom. vol. II. p. 22. 200. 215. Works, vol. III. p. 50. vol. IV. p. 97. Comp. l'ouvrage intitulé : But et fin des controverses religieuses, par Jean Millier; traduit en allemand par Maurice Liebner, Francfort, 1828. p. 71 et suiv.
» devant Dieu , doit se détournei^ du mal et s'ap- » pliquer à faire le bien; qui est pénitent pra- » tique les œuvres de la pénitence. Mais , dites- » vous, c'est vouloir se sauver par les bonnes » œuvres; et moi je dis : c'est vouloir se sauver » par les bonnes œuvres non pas comme cause » efficiente , mais coijime condition. Sur quoi » avons -nous disputé depuis vingt ans ? je le » crains , sur des mots. Quelle est donc la vraie » doctrine sur les bonnes œuvres ? La voici : » Nous sommes récompensés d'après ou selon nos » œuvres , mais non point à cause de nos œuvres , » selon ce qu'elles méritent'. » Il faut le reconnoître , Wesley n'étoit pas loin de la vérité.
En finissant , nous ne devons point omettre une observation ; c'est que les méthodistes ont rendu de très grands services à la populace ignorante et corrompue , par exemple , aux nègres d'Amérique et aux charbonniers de Kingwood. Inclinées vers la terre , subjuguées par les objets sensibles , ces populations ne vivoient plus que de la vie des sens ; leur intelligence épaissie et sans ressort , étoit incapable de goûter les biens spirituels : on ne pouvoit les secouer de leur assoupissement qu'en effrayant leur imagination. Ainsi les prédications véhémentes des méthodistes étoient bien adaptées
» Soulhey, vol. II. p. 350.
à de semblables auditeurs. Uu pasteur disoit un jour à Wesley qu'il étoit impossible de convertir un ivrogne : le docteur auroit pu répondre qu'il y avoit , dans sa société , bien des convertis de cette espèce.