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Remarques historiques.
Dans toute l'histoire , il n'est point de phénomène plus mystérieux qu'Emmanuel Schwédenborg '^ , homme célèbre par son esprit et ses connoissances , célèbre surtout par ses convictions religieuses. Ravi au-delà de ce monde, il croyoit entretenir un commerce intime avec les intelligences supérieures ; il croyoit puiser à leur source toutes les vérités divines qui peuvent à jamais intéresser le genre humain. Les attributs de l'Etre suprême , l'origine et le gouvernement du monde, tous les dogmes révélés , la constitution du ciel , la nature des peines de l'enfer, la consommation
* Fils d'un évêque suédois, Schwédenborg étoit assesseur au collège métallique de Stockholm, et mourut en 1772. (JVote dif^ trad. )
de l'Eglise , etc. : tels sont les objets sur lesquels Bleu et les anges conversoient familièrement avec lui.
La conviction du prophète , nous le croyons , et Joseph Gœrrès Fa montré , la conviction du prophète étoit sincère ; la droiture , la probité de son caractère ne permet point de le soupçonner de fraude. L'illustre auteur que nous venons de nommer, explique les visions de Schwédenborg par le magnétisme animal*. Pour nous, qui ne comprenons point la nature de cet agent mysté-
* Ne pourroit-on pas donner une explication plus simple et plus naturelle. Voici comment Schwédenborg racontoit sa première vision : « J'étois à Londres , je dînois fort tard à mon auberge ordinaire, où je m'étois réservé une chambre pour avoir la liberté d'y méditer à mon aise sur les choses spirituelles. Je m'étois senti pressé par la faim , et je mangeai de grand appétit. Sur la fin de mon repas , je m'aperçus qu'une espèce de brouillard se répandoit sur mes yeux ; et je vis le plancher de ma chambre couvert de reptiles hideux , tels que serpens , crapauds , chenilles et autres. J'en fus d'autant plus saisi que les ténèbres augmentèrent, mais se dissipèrent bientôt. Alors je vis clairement un homme au milieu d'une lumière vive et rayonnante , assis dans un coin de la chambre : les reptiles avoient disparu avec les ténèbres. J'étois seul ; jugez de la terreur qui s'empara de moi quand je lui entendis prononcer distinctement, mais avec un ton de voix bien capable d'imprimer la terreur : Ne mange pas tant. » ( Les merveilles du ciel et de l'enfer, traduit du latin par A. J. P., Berlin , 1782. préf. p. 65.)
Nous ne pensons pas d'ailleurs que Dieu , pour éclairer Schwédenborg , se soit servi de la parole extérieure : c'est le témoignage de l'Esprit qui lui a fait connoître toute vérité. Pourquoi donc le prophète a-t-il des visions? Pourquoi est-il
rieux , nous ne porterons aucun jugement; cette question , d'ailleurs , ne répandroit aucun jour sur notre sujet. Nous n'avons à nous occuper que de ses enseignemens concernant le dogme et l'Eglise , nous excluons même ses spéculations tliéosophiques et cosmologiques; car elles n'entrent point essentiellement dans la foi de la nouvelle église. Dans l'exposition de sa doctrine nous consulterons principalement son dernier ouvrage publié peu de temps avant sa mort ; ouvrage qui a pour titre : La vraie religion chrétienne , renfermant toute la théologie de la nouvelle église'.
ravi dans les demeures éternelles ? C'est que Dieu veut raffermir dans la foi, lui faisant voir des yeux du corps ce que déjà il a mis dans son cœur. Ecoutons Schwédenborg lui-même : « Quod Deus coram me ipsius servo se manifestaverit , et miserit ad hoc munus, et quod post hoc apparuit visum spiritus mei , et sic me in muadum spiritualeni intromiserit , et dederit videre cœlos et inferna, et quoquc loqui cum angelis et spiritibus, et hoc nunc continenter per plures annos, testor in veritate; pariter quod a primo illius vocationis die , non quidquam quod Ecclesia; illius doctrinas attinet, ex aliquo angelo, sed a solo Domino, dum legi veruum, a'cceperim. » {Fera christiana reîigio..., c. XIV. p. 472. ) C'est donc par la lecture de la Bible, par l'interprétation particulière , que Schwédenborg fut conduit à sa doctrine : la réforme peut, à juste titre, revendiquer la gloire d'avoir enfanté le voyant suédois. (Noie du trdd.)
* Fera christiana religio, continens universam iheologiam novœ ecclesiœ, ab Emmanuele Schwédenborg, Domini Jesu Christi servo, Amstelodami 1771. M. Mœhler, n'ayant pu se procurer l'original latin , s'étoit servi d'une traduction «ixiglaise ; on donne ici les notes dans le texte primitif.