LXXXVI
Conclusion-
Les traductions de Schwédenborg, dit -on, se multiplient en Allemagne et ailleurs , le nombre de ses partisans s'accroît de jour en jour. Cela ne nous surprend pas. L'Evangile, dans sa simplicité , n'a plus de charmes pour les esprits blasés du jour ; si la vérité veut encore parler au cœur des hommes , il faut qu'elle se charge de couleurs exagérées, qu'elle revête des formes gigantesques. Emoussées et sans ressort, les âmes en sont au point de ne plus croire à l'ordre supérieur, au II. 23
monde des esprits , si elles ne les touchent avec la main , si elles ne les voient, pour ainsi dire , marcher sur cette terre. L'espérance ne peut plus s'élever dans son immortelle patrie que sur les ailes de l'imagination.
Assez long-temps on s'est tristement efforcé de bannir les miracles de l'Evangile, de détruire, par le sarcasme et la dérision , la foi dans le Fils du Très-Haut, de renverser tout commerce entre Dieu et l'homme : les peuples ont été comme inondés d'un déluge de maximes impies. Mais le cœur plein de désirs ne se contente pas de tels enseignemens ; si vous lui enlevez les vrais miracles , il en inventera de faux. Telle est la triste destinée du siècle : on verra les esprits malades , exaltés , se repaître de chimères et d'illusions ; et , si bientôt la foi de l'Eglise ne reprend son empire , le fanatisme le plus funeste viendra s'asseoir à la place de l'incroyance détrônée.
Et quel remède apporte Schwédenborg au mal qui ronge la société ? Des allégories , des visions , des rêves, des fantômes. On nous dit que le prophète étoit nécessaire au monde ; que , sans lui , nous étions plongés dans des ténèbres éternelles '. A cela nous pouvons répondre comme
' Voy. dans la préface de Treue christ, religion, p. VII, uiie lettre de Thomas Hartley, recteur de Wenwick, dans le Northamptcnshire.
Abraham au mauvais riche ' : Nous avons Moïse et les prophètes , nous avons Jésus-Christ , les apôtres et TEglise ; et qui n'écoute point leurs oracles , ne croira point au visionnaire suédois.
« Luc. XVI. 19 et suiv.