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LXXXIX

Doctrine des sociniens sur l'Etre suprême et sur la personne de Jésus-Christ.

Dans l'article des attributs de Dieu , nous voyons encore le socinianisme en contradiction formelle avec le protestantisme. En effet , pour sauver la prescience du souverain Etre , les premiers réformateurs détruisirent la liberté de l'homme; les

1 Faust. Socin. de Auct. s. Script. : Bibl. frat. Pol. fol. 267.

sociniens , au contraire , sacrifièrent la prescience divine à la liberté humaine. Les uns dirent : C'est Dieu qui détermine l'homme , et dès lors celui-ci disparut ; les autres enseignèrent que Dieu est déterminé par l'homme , et de cette heure l'Essence immuable fut assujettie au changement. Ainsi les protestans anéantissent l'homme, tandis que les sociniens mutilent l'idée de Dieu.

De toutes les sectes décrites jusqu'ici , aucune n'a rejeté ce dogme fondamental : Jésus- Christ est Dieu et homme tout ensemble. Ce privilège étoit réservé aux disciples de Faust , et même nous devons remarquer que leurs erreurs découlent , pour la plupart , de ce premier égarement.

Nos sectaires ne reconnoissent comme Dieu que le Père de Jésus- Christ '. Observons toutefois qu'à leur jugement, la croyance à la Trinité n'exclut point du salut ; seulement il est fort utile de connoître l'unité de personnes '. Après cela , voici qui ne doit pas peu nous surprendre , ils disent : La

» Catechîsm. Racov., quaest. 73 : « Quaenam est haec persoua divina? Resp. Est ille Deus unus Domini nostri Jesu Christi pater. »

2 Loc. cit. quaest. 53 : « Qusenam sunt , quse ad essentiam pertinent, adsalutem prorsus necessaria? Resp. Sunt ea, quod Deus sit , quod sit tantum unus , etc. » quaest. 7 1 : « Expone, quae ad eam rem vehementér utilia censeas. Resp. Id Cfuidem est, ut cognoscamus, in essentia Dei unam tantum personam esse. » Cfr. Christ, rclig. tHStîf . : Bibl. fvat. Pol.,tom, I. fol. 662. col. II.

nature divine est une nécessairement ; c'est-à-dire que la pluralité de personnes détruiroit l'unité de l'Etre suprême'. Ainsi, d'une part, on peut être sauvé en admettant un Dieu triple ; d'autre part , admettre trois personnes dans l'Essence infinie , c'est admettre trois dieux : donc on peut être sauvé en admettant plusieurs dieux.

Ecoutons maintenant leur doctrine sur le Fils du Très-Haut. Le Messie est un homme pur et simple ; mais il a été conçu du Saint-Esprit , d'où lui est venu le nom de Dieu. Et quelles ne sont point d'ailleurs les prérogatives du sage des sages , du céleste libérateur ? Avant de . devenir le docteur des hommes, il fut ravi jusqu'au pied du trône de l'Eternel; c'est dans le ciel qu'il reçut ses divins enseignemens. On voit assez pourquoi nos sectaires ont jeté ces deux articles dans leur système. L'Ecriture , en mille endroits proclame la divinité du Christ : il falloit donc préparer une réponse à tous ces témoignages ' ; puis comment expliquer la sublimité de l'Evangile , la sainteté de ses préceptes , à moins de reconnoître dans le divin maître un rayon de la sagesse infinie? Les

* Catech. Eacov., quaest. 74 : « Deraonstra hoc ipsum, Resp. Hoc sane vel hinc patere potest , qiiod essentia Dei sit una numéro, quapropter plures numéro personœ in ea esse nuUo pacto possunt, etc. »

~ Catech, Hacov., qviœst, 194 et 195.

principes des sociniens sur l'origine des idées religieuses donnoient une nouvelle force à cette considération.

Les réformateurs italiens continuent : A cause de son obéissance jusqu'à la mort, le Sauveur a été élevé à la dignité divine ; toute chose lui a été donnée dans le ciel et sur la terre , il a été chargé du gouvernement du monde. Nous pouvons donc recourir à lui dans une entière confiance ; nous pouvons , nous devons même lui rendre le culte suprême'. Faust Socin défendit cette doctrine avec le plus grand zèle, et fit tous ses efforts pour persuader les unitaires conséquens , qui refusoient d'adorer une pure créature. Le catéchisme de Rakau est aussi formel à cet égard : « Ceux-là ne sont pas chrétiens, dit-il % qui ne

1 Socin. deJustificat. : Bibl. frat. Pol., tom. I. fol. GOl. col. I. « Ipsi Jesu tantam in cœlo et in terra , tanquam obedientiaî scilicet usque ad mortem crucis insigne praemium , potestatem dédit, ut, etc. » Catech., Bacov., queest. 236 : « Quid prseterea Dominus Jésus huic praîcepto addidit? Resp. Id quod eliani Dominum Jesum pro Deo agnoscere tenemur, id est , pro eo , qui in nos potestatem liabet divinam , et cui nos divinum exliibere honorera , obstricti sumus. » quaest. 237 : « In quo is honor divinus Christo debitus consistit ? Resp. In eo, quod, quemadmodum adoratione divina eum prosequi tenemur, ita in omnibus necessitatibus nostris ejus opem implorare possumus. Adoramus vero eum propter ipsius sublimera et divinam ejus potestatera. » Cfr. Christ, relig. instit., fol. 656. Catéchisme d'Ostorod, c. XIX. p. 134.

"^Catech. Racov., quaest. 246 : « Quid vero sentis de iis ho-

veulent point rendre à Jésus-Christ les honneurs divins.

Depuis long-temps nos docteurs étoient habitués à soutenir le pour et le contre sur plusieurs articles. Aussi distinguèrent-ils deux sortes d'adoration , l'une suprême et l'autre inférieure , et ils décernèrent la première à Dieu et la seconde à Jésus-Christ'. Or, de ce moment, les unitaires, et même les plus décidés, reconnurent deux dieux , un dieu très haut , souverain dominateur ; un dieu subordonné, dans la dépendance. Ne pouvant résister aux témoignages de l'Ecriture , ils se décidèrent à rendre à Jésus le culte de latrie ; mais ils comprirent bientôt qu'ils détruisoient l'unité de l'Etre nécessaire , et c'est alors qu'ils modifièrent ou plutôt qu'ils renversèrent leur propre enseignement.

minibus , qui Christum non invocant , nec adorandum censent ? Resp. Prorsus non esse Christianos sentio, cum Christum non habeant. Et , licet verbis id negare non audeant , reipsa negant tamen. w

' Loc. cit. quœst. 245 : « Ergo is honor et cultus ad eum modum tribuitur, ut nullum sit inter Christum et Deum hoc in génère discrimen? Resp. Imrao permagnum est. Nam adoramus et colimus Deum , tanquam causam primam salutis nostrœ; Christum tanquam causam secundam : aut, ut cum Paulo loquamur, Deum tanquam cum, ex que omnia, Christum ut eum , per quem omnia. » Comp. les lettres à Niemojovius, dans Bihl. frat. PoL, tom. II. fol. 466 et seq. On voit en cet endroit, que les sociniens faisoient à Jésus-Christ une espèce d'invocation qui a quelque ressemblance avec les prières que les catholiques adressent aux saints.

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