II
1res, retranchés du canon. Au reste la critiqué - fut pas le seul mobile qui conduisit en cela les protestans; Clausen, entre autres, l'avoue formellement.
au ne
§ XLIÏ.
Rapport de la tradition avec l'exégèse scientifique. ^- Autorité des Pères et libre examen.
Mais si la tradition dogmatique ' fixe le sens des Ecritures ; si l'Eglise en est le seul juge infaillible, quel est le domaine de la science dans l'interprétation des Livres saints ? Y a-t-il place encore pour le talent et l'érudition de l'exégète ? C'est la dernière question qui nous reste à examiner.
D'abord l'Eglise n'entre point dans toutes les reclierclies qui provoquent l'attention du philologue ; par exemple , elle ne croit pas que ce soit pour elle une obligation , ni par conséquent un droit exclusif 5 de fixer l'époque et l'origine du Livre de Job , de déterminer l'ordre chronologique des Epîtres de saint Paul, déjuger le but et les motifs de l'Apocalypse , etc. Elle n'explique
• Il ne s'agit que du dogme ; on ne parie point ici de telle tradition concernant la discipline , la liturgie, etc.
pliilologiquement ni les mots ni les versets , ni la liaison qui rattache les parties au tout ; les détails archéologiques sont également hors de son domaine. En un mot, ses définitions n'emhrassent que le dogme et la morale. Voilà pour l'objet de l'interprétation donnée par TEglise.
Quant au mode de cette explication, l'Eglise ne procède point d'après les règles de l'herméneutique ; elle définit le contenu des Livres saints d'après l'esprit qui règne dans tout l'ensemble. Aussi voyons-nous que les premiers conciles œcuméniques ne citèrent, à l'appui de leurs décisions , aucun passage de l'Ecriture ; bien plus l'organe visible de la vérité n'est pas infaillible , suivant les théologiens, dans les preuves de ses définitions, mais seulement dans ses définitions mêmes. Et pourquoi , dans les premiers siècles , l'Eglise assemblée ne s'appuyoit-elle pas sur les monumens de notre foi? C'est qu'elle ne doit pas son origine à l'Ecriture sainte , puisqu'elle est antérieure au nouveau Testament*. Les vérités
* Plusieurs protestans reconnoissent cette vérité qui renverse tout leur système. « Toute la religion de Jésus-Christ , dit un célèbre écrivain du parti, étoit déjà crue et pratiquée, et cependant aucun des évangélistes n'avoit encore écrit. L'oraison dominicale étoit récitée avant que saint Alatthieu ne l'eût couchée sur le papier, car Jésus-Christ lui-même avoit enseigné cette prière à ses disciples. Il en est de même de la formule du bap- U'me : aucut! des aulcui-s sacrés n'en avoit encore fait mentioH
qu'elle proclame, elle les tient de la bouclie même du Sauveur ; puis le saint Esprit les a gravées dans sa conscience , ou , comme parle saint Irénée , dans son cœur. Elle a donc une certitude ùnmédiate'^ de ses enseignemens. Que si l'Egiise eût dû parvenir à sa doctrine par les reclierclies , par l'examen , dès lors elle se fût contredite ellemême, dès lors elle étoit mise au néant. En effet dans cette hypothèse , l'Eglise existeroit et n'existeroit pas : elle existeroit, puisque vous prétendez qu'elle cherche le dogme catholique; elle n existerait pas, car vous la supposez destituée de la vraie doctrine, c'est-à-dire de son existence. Loin de l'Eglise ce prodige d'absurdité ! Quoi ! vous voulez qu'elle se recherche elle-même ; vous voulez qu'elle ressemble à l'insensé qui examineroit dans un papier tracé de sa main s'il existe
qu'elle ëtoit déjà usitée parmi les fidèles. Si donc les premiers chrétiens ne durent pas attendre, sur ces points, les écrits des apôtres, pourquoi auroient-ils été dans cette obligation sur d'autres articles ? Les évangélistcs n'ont jamais prétendu avoir consigné par écrit toutes les actions et toutes les paroles de Jésus- Christ. Ils disent précisément le contraire sans doute pour laisser place aux traditions. » ( OEuvres posthumes de Lessing.) {Note du trad.)
* Si l'on trouvoit cette expression exagérée, nous demanderions quel est le moyen, l'intermédiaire entre le Sauveur et l'Eglise. Que si l'on répondoit que c'est l'Ecriture, nous demanderions encore si cela étoit déjà avant l'Ecriture, et d'où celle-ci tire son autorité. {Note du trad.)
réellement ! Les sectes et les factions seules tombent et doivent tomber dans une telle folie. Les vérités essentielles contenues dans l'Ecriture sont éternellement présentes à l'Eglise ; car elles constituent son existence et sa vie, son âme et son tout. Elle n'existe que par Jésus-Christ, puis elle devroit l'inventer ! Qui a jamais réfléchi sur ces paroles : Je suis avec vous jusquà la consommation des siècles, comprendra la doctrine de l'Eglise sur sa propre constitution.
Maintenant il est facile de résoudre cette question : quelle est la liberté de l'exégète catholique? D'abord il ne s'agit pas de cette liberté dont on use si largement dans la réforme , liberté qui consiste à commenter l'Ecriture selon ses caprices , à la rejeter comme un mélange d'erreur et de vérité, de sagesse et de folie. Celte liberté nous la possédons, comme hommes, aussi-bien que le protestant , le juif et le mahométan ; mais il s'agit de la liberté dont jouit l'exégète , s'il veut rester dans l'arche de Pierre. Le catholique a la libre conviction que l'Eglise est une institution divine , qu'elle est assistée du secours d'en haut , qu'ainsi elle possède la vérité pure. Il croit donc que toute doctrine rejetée par elle est contraire à l'Ecriture, que tous les dogmes qu'elle proclame y sont renfermés. En conséquence il est certain, par exemple, que , d'après les Livres saints, Jésus-Christ réunit
la nature divine et la nature humaine. Or dés qu'une fois l'homme a reconnu cette vérité , il ne lui est plus libre d'admettre le contraire; car autrement il se contrediroit. De même celui qui a fait vœu de chasteté, ne peut, sans violer cette promesse, entrer dans l'alliance conjugale.
Telles sont les limites que l'Eglise prescrit aux fidèles, au savant exégète comme à l'ignorant. Qui n'admireroit la profonde sagesse de l'Eglise ? Si elle permettoit à chacun de rejeter son enseignement , d'ériger tout ce que l'imagination peut voir dans l'Ecriture, elle proclameroit qu'elle ne possède aucune doctrine, disons mieux, elle se renieroit elle-même; car la simple possession de la Bible ne constitue pas plus une église que la raison ne rend actuellement savant. L'individu ne peut croire et rejeter la même chose tout à la fois. Mais si une église, qui est la réunion de plusieurs individus , laissoit à chacun la liberté de former sa croyance, elle présenteroit cette contradiction prodigieuse , qu'elle nieroit et affirmeroit en même temps la même doctrine. Que l'on décore ce chaos , cette monstruosité des plus beaux titres , nous le voulons bien : mais à coud sûr cela n'est point une église. L'Eglise doit faire l'éducation des peuples, elle doit les former pour le royaume de Dieu ; mais ce royaume repose sur des lois constantes, sur des vérités à jamais immuables.
L'Eglise doit enfanter Jésus-Christ dans le cœur de ses enfans ; mais notre divin Sauveur n'est pas tantôt oui, tantôt non. L'Eglise doit porter dans les esprits la parole descendue d'en haut ; mais cette parole n'est pas un vain son , une cymbale retentissante.
Ainsi l'obligation que l'Eglise impose aux siens, de retrouver dans l'Ecriture ses dogmes et sa morale , est fondée sur la raison , sur l'essence même des choses. Or voilà le seul engagement du fidèle ; hors de cette limite , il est libre de toute entrave. Un vaste champ reste donc ouvert à l'exégète catholique ; il peut déployer tout son talent , toute son érudition ; il peut sans cesse faire de nouveaux progrès dans la science des Livres sacrés.
« Mais, disent-ils, les saints Pères n'ont-ils pas interprété, commenté les Ecritures ? Vous estil loisible de vous écarter de leur sentiment'. Vous avez donc, et depuis des siècles, une exégèse consacrée, toute faite. » Avant de répondre à cette objection , disons un mot de l'interprétation des Pères, montrons- en les rapports avec l'interprétation scientifique.
Quand on lit ces grands docteurs, la gloire de
' Le concile de Trente , sess. IV. décret, de edit. et usu sacror. Hbror., dit en effet : « Utnemo... contra unanimem consensunt P»trum ipsain Scriptiu-am sacram interpretari audeat. »
leur siècle 5 on voit bientôt que, pour être profondément soumis à l'Eglise, ils n'ont pas moins développé les théories les plus nombreuses sur le dogme chrétien , les conceptions les plus variées sur la règle des mœurs. Dans l'expression comme dans la pensée , dans les preuves comme dans la spéculation , se révèle le génie propre à chacun d'eux. L'un a un regard plus profond, l'autre une vue plus claire et plus pénétrante ; le premier fait fructifier un talent, le second un autre. Or toute opinion qui leur est purement personnelle , libre à vous de l'admettre ou de la rejeter, libre à vous de préférer tel ou tel sentiment. En un mot, considérée comme jugement individuel, la doctrine des Pères n'a de valeur qu'autant qu'elle repose sur des preuves incontestables. Ces principes furent de tout temps reconnus par les catholiques. Qu'on nomme un saint Père qui ait imposé au corps des fidèles ses opinions particulières. Et quel docteur eut jamais plus d'autorité que §aint Augustin? Eh bien! l'Eglise a-t-eîle sanctionné sa doctrine sur le péché originel et sur la grâce? Lui-même nous avertit de juger, la balance à la main , sa propre doctrine , de la soumettre à l'examen de la raison '.
' August. contra Faust. Manich. 1. II. c. b:« Id genus li(- Icrdrum , quœ uon prœcipicndi auctorita'c, secl proficicndi
Au reste l'expression doctrine des Pères, est souvent synonyme de tradition. Alors on ne considère plus les écrivains des premiers siècles comme docteurs particuliers , mais comme représentant l'antiquité croyante, comme formant la chaîne de la parole transmise. Sous ce rapport,
exercitatione scribuntur a nobis, non cum credendi necessitate , sed cum judicandi libertate legendum est; ciii tamen ne intexxiu:; deretur locus et adimeretur posteris ad queesliones difficiles Iractandas, atque versandas, linguœ ac styli saluberrimus îabor; distincta est a posterioribus libris excellentia canonicœ auctoritatis veteriset novi ïestamenti, quee apostolorum confirmata tempoiibus, per successiones episcoporum , et propagationes eccleslarum , tanquam in sedequadam sublimiter constiluta est, cui servialomnis fidelis et pius intellectus. Ibi si quid velut absurdum noverit, non licet dicere, auctor hujus libri non tenuit veritatem : sed , aut codex mendosus est, aut interpres erravit, aut tu non intelligis. In opusculis autem posteriorum , quœ libris innumerabilibus continentur, sed nuUo modo illi sacratissima? canonicarum scripturarum excellentia coœquantur, eliam in quibuscunque eornm invenitur eadem veritas, longe tamen est impar auctoritas. ïtaque in eis , si qua forte propterea dissonare putantur a vero , quia non ut dicta sunt intelliguntur ; tamen liberum ibi habet lector, auditorve judicium, quo vel approbet quod placuerit , vel improbat quod offenderit. Et ideo cuncta ejusmodi , nisi vel certa ratione , vel ex illa canonica aucloritate defendantur, ut demonstretur sive omnino ita esse, sive fieri potuisse quod ibi disputatum est , vel narratum : si cui displicuerit , aut credere noluerit, non rcprehenditur. In illa vero canonica eminentia ss. lilterarum , eliamsi unus propheta , seu apostolus , aut evangelista, aliquid in suis litteris posuisse, ipsa canonis confirmalione declaratur, non licet dubitare quod verum sit : alioquin nulîa erit pagina , qua humange imperitia; regaîur infirmitas , si librovum saluberrima auctoritas aut contemta penitus abolefur, aut inîcrminnta confunditiir. «Thomas Aquin. Sum. tôt. îheol.V. l.
nous devons obéissance à leur enseignement; car ce ne sont plus eux qui parlent , mais c'est la foi de l'Eglise qui s'annonce par leur bouche. La doctrine chrétienne existe dans tous les temps, nous devons donc partager la croyance de ceux
Q. I. art. 8. edit. Caj. Lugd. 1580. p. 10: « Auctoritatibus canoniccE Scripturae utitur (sacra doctrina) proprie ex necessitate ar- , gumentando : auctoritatibus autem aliorum doctorum Ecclesiae , quasi arguendo ex propriis, sed probabiliter. Innititur enim fides nostra revelationi Apostolis et Prophetis factse , qui canonicos libros scripsere , non autem revelationi , si qua fuit aliis doctoribus facta. Unde dicit Augustinus io epistola ad Hieronymum (c'est la XïX"). Solis enim Scripturarum libris, qui canonici appellantur, didici hune honorera déferre , ut nullum autorem eorum in scribendo errasse aliquid firmissime credam. Alios autem ita lego, ut quantalibet sanctitate doctrinaque praepoUeant non ideo vero putem quod ipsa ita senserunt, vel scripserunt. » Ainsi les catholiques distinguent très bien entre les spéculations d'un Père et le témoignage qu'il rend de la croyance de son BJècle. L'opinion d'un docteur n'est qu'une opinion , et lors même qu'ils tomberoient tous d'accord, leur doctrine ne pourroit constituer un dogme. Melchior Canus, Loc. theolog. 1. VII. c. 3. p. 425. dit: «Sanctorum auctoritas, sivepaucorum sive plurium, cum ad eas facultates affertur, quae naturali lumine continentur, certa argumenta non suppeditat : sed tantum poUet, quantum ratio naturœ consentanea persuaserit. a II continue à la page 432 : « Omnium etiam sanctorum auctoritas in eo génère quaestionum , quas ad lidem diximus minime pertinere , fidem quidem probabilem facit : certam non facit. » Comme on le voit par le développement de sa proposition , Canus parle ici de recherches qui 66 rapportent à la doctrine de la foi. Il dit encore à la page 430 : « Auctores canonici, ut superni , cœlestes , divini perpetuam stabilemque constantiam servant , reliqui verô scriptores sancti inferiores et humani sunt , deficiuntque interdum as monstrum quandoqaepariunt, praptereonvenientemordinem institutumquenatura?. »
qui en sont les organes. Nous ne pouvons ni ne voulons croire autrement que nos pères ; mais leurs opinions particulières, libre à nous de le& admettre ou de les rejeter. D'ailleurs, comme déjà nous l'avons dit, on vit dans tous les siècles les plus beaux génies se vouer à la défense du christianisme; écîaircissant son histoire, commentant tous ses dogmes , ils portèrent la lumière jusqu'aux dernières profondeurs. Ainsi la science chrétienne étend son domaine de jour en jour, ainsi les secrets de Dieu se dévoilent de plus en plus. Il est donc faux que les saints Pères enchaînent les intelligences , qu'ils rendent tout progrès à jamais impossible '.
Or il en est de même de l'interprétation de
1 Vincent de Lérins, Commonitor. éd. Klupfel. Vienn. 1809. c. XXVII. p. 199. est admirable sur ce sujet. Il dit: « Esto spiritualis tabernaculi Beseleel, (Exod. XXXI. 2. ) pretiosas divini dogmatis gemmas exsculpe , fideliter coapta , adorna sapienter, adjice splendorem , gratiam , venustatem. Intelligetur, te exponente , illustrius , quod ante obscurius credebatur. Per te posteritas inteliectum gratuletur, quod ante vetustas non inteliectum venerabatur. Eadem tamen, quae didicisti , doce : ut, cum dicas nove, non dicas nova. » c. XXVIÏI : « Sed forsitan dicit aliquis : nullusne ergo in Ecclesia Christi profectus? Ilabeatur plane, et maximus. Nam quis ille est tam invidus hominibus, tam exosus Deo, qui illudprohibereconetur?.Sed ita tamea,iit v ère profectus sit ilU fidei, non permutatio. Siquidem ad profectiim perîinet, ut in semetipsa unaquœque res amplificetur, ad permutationem verô, ut aliquid ex alio in aliud transvertatur. Crescat igitui' oportet; et inullum yehcmenterque proficiat tam singulorum.
7G î'Ecriture sainte. Si nous exceptons un petit nombre de passages classiques, le seul point sur lequel nous sachions tous les Pères d'accord , c'est qu'ils trouvent dans la Bible les mêmes dogmes et la même morale. Cependant tous l'interprètent d^une manière différente. L'un est un modèle pour tous les temps, l'autre ne s'élève pas audessus de la médiocrité , l'autre n'est louable que par sa bonne volonté et par son amour du Sauveur. Or, de même que parmi les Pères, celui-ci l'emporte par la sagacité et par l'érudition , celui-là par la profondeur et par le génie , de même en arrivera-t-il dans tous les siècles. Tous nous trouverons dans l'Ecriture les mêmes dogmes et les mêmes préceptes , mais nous procéderons de diverses manières ; tous nous arriverons aux mêmes
quam omnium , tam miius hominis, quam tolius Ecclesiae aetatum ac sœculorum gradibus intelligeiilia, scienlia, sapientia; sed in suo duntaxat génère , in eodem scilicet dogmate , eodem sensu, eademquc sententia. » c. XXIX : « Imitetur animarum religio rationem corporum ; qua? licet annorum processu numéros suos evolvant et explicent , eadem tamen , quac erant , permanent. Multum intercst inter pueritiœ florem et senectutis maturitatcm ; sed iideni tamen ipsi fmnt senes, qui fuerant adolescentes; ut quamvis unius ejusdem hominis status habitusque mutetur, una tamen nihilominus, eademque natura, una eademque persona sit, etc. » L'auteur attaque les manichéens qui reprochoient aux catholiques d'enchaîner les esprits , de rendre impossible tout progrès dans la science ; objection déjà soulevée par les gnostiques comme on le voit dans saint Augustin, de xitiUtate credendi, de vera religione, contra Fausium, etc.
Tésuîtats , mais nous aurons suivi plusieurs chemins. Sans nous écarter de la docirine de nos ancêtres, ne pouvons -nous pas mieux éclaircir certains passages , mieux résoudre telles difficultés ' ? Les langues anciennes plus approfondies, de plus grandes connoissances dans l'iiîstoire,
* Le cardinal Cajetan dit au commencement de son commentaire sur la Genèse : « Non alligavit Deus expositionem Scriplurarum sacrarum priscorum doctorum sensibus, sed Scriptur» ipsi intégra? , sub catbolicœ Ecclesia; censura ; alioquin spes nobis et posteris toUeretur exponendi Scripturam sacram, nisi transfcrendo , ut aiunt , de libro in quinternum. » Le sentiment du cardinal est que l'exégète peut , da s les détails , s'écarter de l'interprétation des saints Pères sans dévier pour cela du dogme universel. A insi par exemple , quand il est dit que Dieu endurcit le cœur de Pliaraon, qu'il aimoit Jacob et baïssoit Esaii avant qu'ils fussent nés , le catholique ne conclura pas , comme Calvin et Bèze , que Dieu est l'auteur du mal , qu'il met au monde une partie des hommes pour les damner. Une telle exégèse, en effet , seroit contraire à la foi constante de toute l'Eglise. Cependant nous pouvons , quand il y a des raisons pour cela , commenter ces passages autrement que les Pères.
Melchior Canus se déclara contre le sentiment que nous venons de rapporter. Sans doute il pensoit que les interprétations arbitraires qu'on trouve dans Cajetan , découloient de ce principe. Il dit dans son ouvrage déjà cité, p. 437 : « lUud breviter dici potcst, Cajetanum summis Ecclesiœ œdificatoribus parem esse potuissc nisi... ingcnii dexteritate confisus, litteras demum sacras suo arbitratu exposuisset , felicissime quidem fere , sed in paucis quibusdam locis, acutius sane multo, quam felicius. «Ces paroles sont très vraies.
Pallavicin, au contraire, prend la défense de Cajetan. Cet auteur, dit-il, n'a jamais rien enseigné de contraire au concile de Trente ; et Canus , zélé dominicain , voudroit que les principes de son ordre fussent reconnus et observés par tous ses frères en
les antiquités mieux explorées, que de nouveaux secours n'avons -nous pas sous la main? Depuis la réformation , grand nombre d'exégètes catholiques , Thomas de Vio , Gontarini , Masius , Malreligion : « Equidem in primis affirmo, dit Pallavicin, Cajetanum, quamvis a suis (Cajetan étoit aussi dominicain) in hoc dicto licentiae nota reprchensum , nunquam protulisse sensa tridentino decreto in hac parte adversantia. Secundo, concilium neque praescripsisse , neque coarctasse novis legibus rationem intelligendi Dei verbum; sed déclarasse ilHcihim et hœreticiim quod suapte naîtira erat hujusmodi, etprout semper habitum ac declaratum fuerat a patribus, a pontificibus, a conciliis... Prohibet quidem concilium , ne sacris litterisaptetur interpretatio repugnans ss. Patrum sententiœ, idque in rébus tum fidei, tum morum, et Cajetanus utut rem Canus intelligat, de his minime loquitur, neque unquam déclarât , fas esse adversus communes ss. Patrum sententias obviam ire , sed fas esse depromere Scripturae expositionem prorsus novam , et ab omnibus eorum expositionibus diversam. Etenim quemadmodum ipsi discreparunt inter se in illius explicatione sententiaî , adeoque singulce eorum explanationes per se ipsas dubi'taiioni subjacent, ita quantum conjicio, visum est Cajetano, posse cunctas simul dubitationi subjacere , et quamdam aliam esse veram , quae ipsis liaud in mentem venerit. » {Hist. Concil. Trid. 1. Vï. c. 18. n" 2. p. 221.).
Cependant Canus dit lui-même, p. 457 : « Spes , inquiunt, nobis et posteris tollitur exponendi sacras litteras, nisi transferendo de libre in quinternum. Minime verô gentium. Nam , ut illud prœteream , quod in sacris bibiiis loci sunt multi , atque adeo libri integri , in quibus interpretum diligentiam Ecclesia desiderat, in quibusque proinde juniores possent et erudilionis et ingenii posteris ipsi quoque suis monimenta relinquere , in illis etiam , quciB antiquorum sunt ingénie ac diligentia elaberata , nonnihil nos christiane populo, si volumus , prsestare et quidem utilissime possumus. Possumus enim vetustis novitatem dare , obsoletis nitorem , obscuris lucem , fastiditis gratiam , dubiis fidem , omnibus naturam suam et natuv;r sua? omnia. »
tlonat, Justiiiiani, Estius, Corneille de la Pierre , fournissent la preuve de ce que nous avançons. Et dans ces derniers temps, les recherches des Richard Simon, des Hug, des Feilmoser, des Jahn ^ et de tant d'autres , montrent que les anciens ont laissé autre chose à faire que de réimprimer leurs ouvrages. L'Evangile a ravi l'admiration de dix-huit siècles, seroit-il donc indigne de notre sagesse d^ contempler les mêmes vérités que nos illustres ancêtres ? Nous soutenons que les Livres saints ont été compris par les églises auxquelles ils furent adressés ; nous ne croyons point que Tépoque la plus rapprochée de leur apparition soit précisément celle où l'on se soit le plus éloigné de leur véritable sens : cette doc-
* M. Hug, actuellement professeur à Freyburg, est un des plus célèbres philologues d'Allemagne. On a de lui une Introduction au nouveau Testament , et un ouvrage sur les mythes des anciens peuples. Jahn étoit professeur à Vienne en 1823. Il a publié plusieurs écrits fort estimés , entre autres une Introduction à l'ancien Testament et une Archéologie des Hébreux. Feilmoser est mort à Tubingue il y a dix ans. Il est auteur d'une Introduction au nouveau Testament.
MM. Mack et Herbst, aussi professeurs à Tubingue, viennent de donner, le premier un Commentaire sur les Epîtres de saint Paul , le second , une Introduction à l'ancien Testament. L'Allemagne catholique possède encore plusieurs autres exégètes distingués , par exemple , Klée professeur à Bonne , Wirth professeur à DiUingen , Leopold Schmidt professeur à Limpourg, Kuhn professeur à Giesen , etc. etc. Nous croyons que les théologiens français ne perdroient pas leur temps s'ils tournoient leurs regarda 4a côté de l'Allemagne. (Note du îrad.)
trtiie fait-elle injure aux lumières du jout? Kous disons que l'Eglise avoit compris ses divins documens , alors qu'elle changea la face de la terre , qu'elle renversa le judaïsme, écrasa l'idolâtrie; nous ne pensons point que les ténèbres aient été dissipées par la nuit, les fantômes par des rêves, l'erreur par le mensonge : or, nous le demandons encore , en quoi cette doctrine humilie-t-elle la raison ? Enfin nous enseignons que l'Ecriture ne peut sanctionner toutes les opinions , tous les égaremens ; nous n'admettons pas qu'elle change de sens tous les quinze ans*; cette doctrine, encore un coup , peut-elle scandaliser des restaurateurs de l'Evangile?
Faisons une dernière observation. L'Eglise a reçu sa doctrine de la bouche même du Sauveur, et l'Esprit saint l'a gravée dans sa conscience. Donc l'Eglise et l'Ecriture enseignent les mêmes vérités. Or quelle en est la conséquence ? C'est
* Sclileiermaclier, professeur à Berlin, soutient que l'Ecrilurc change de sens tous les quinze ans. Donnons un exemple : En 1820, l'Ecriture de concert avec Schleiermacher enseignoit la divinité de Jésus-Christ. Mais en 1835 ilplaità notre docteur de rejeter celte vérité, et du jour même l'Ecriture enseigne que Jésus-Christ n'est point Dieu.
Le passage de Schleiermacher se trouve dans les Etudes et Cn7/(7t(e5, journal publié par Ulniann professeur à Halle , et par Umbreid professeur à Hcidelberg. C'est donc sous le patronage des plus célèbres écrivains du parti que se débitent de pareilles àocinwcs. {Noie du trad.)
que l'exégèse la plus fidèle et la plus parfaite par conséquent, est celle qui reproduit les dogmes et la morale de l'Eglise. Ainsi , en imposant à ses membres l'obligation de retrouver dans l'Ecriture ses divins enseignemens , la société catholique proclame la première règle de l'exégèse scientifique. Egarés qu'ils sont par le préjugé, les protestans regardent la constitution de l'Eglise comme contraire à l'Ecriture, et voilà pourquoi ils rejettent ses principes sur l'interprétation des Livres saints*. Cette prétention repose-t-elle sur quelque apparence de vérité ? est-elle le fruit d'un incroyable aveuglement? qu'on en juge par ce qui a été dit jusqu'ici.