KOSEGARTEN
(3) Voir Lavoisier, Traité de Chimie, t. I, p. ilO; 1793.
(4) Philosophie Chimique, 3« édition, p. 3l9; 1806 ; et Système des Connaissances chimiques, passim.
(le Toxygène, tels que Tâcide nitrique, les bioxydes de plomb et de manganèse, les acides chromique, iodique, permanganique, le chlore humide, etc. On a également étudié l'action de Foxygène de l'air sur diverses substances organiques, surtout avec le concours de certaines influences qui Texaltent, telles que celle du noir de platine (1) ou des alcalis (2). Enfin on a reconnu que les hydrates alcalins agissent comme agents d'oxydation directe. Cette action est des plus remarquables, soit par son mécanisme, soit par Timportance de ses applications. Elle a été d'abord signalée par Gay-Lussac, qui a montré comment elle détermine la formation de l'acide oxalique aux dépens d'une multitude de principes trèsdivers (3). Son influence à l'égard de Facide acétique et de Facétone a été précisée par M. Persoz. MM. Dumas et Stas ont montré comment elle change les alcools en acides correspondants (4).
En comparant les résultats généraux des expériences précédentes, on a été conduit à préciser la relation qui existe entre les pnncipes organiques et les produits de leur oxydation. Cette relation est en partie conforme aux opinions de la fin du XVIII*' siècle. En général, Foxydation tend à acidifier les principes organiques. Ainsi, par exemple, elle change Falcool en aldéhyde, puis l'aldéhyde en acide acétique (5) : cette succession particulière est devenue le type d'une multitude de réactions analogues.
Mais une telle oxydation ne borne pas ses effets à fixer de Foxygène sur le principe qui s'acidifie : le dernier corps peut en même temps perdre de Fhydrogène et même du
(1) DOBEREINER, Annales de Chimie et de Physique, 2* série, t. XXIV, p. 91 ; 1823.
(2) Chevreul, Mémoires du Muséum, p. 367; 1825.
(3) Annales de Chimie et de Physique, 2" série, t. XLI, p. 398; 1829.
(4) Annales de Chimie et de Physique, 2* série, t. LXXIII, p. Ii5;
(5) DoBEREiNBR, dans Gmelin Hanbd, der C hernie, t. IV, p. 611 ; 1848. — LiEBio, Annales de Chimie et de Physique, 2» série, t. LIX, p. 289 ; 1835.
carbone. Dans le second cas, la différence qui existe entre le principe primitif et les produits de son oxydation est évidemment plus grande que dans le premier ; elle Test d'autant plus, qu'un même principe, en s'oxydant ainsi, donne généralement naissance à plusieurs corps nouveaux simultanément, tous plus simples que le principe dont ils dérivent. Cependant, entre ces substances multiples on a découvert une relation générale d*un grand intérêt. Elle a été observée d'abord en étudiant les métamorphoses que les matières grasses éprouvent sous Tinfluence oxydante de Facide nitrique. Établie par les travaux de Laurent (1), et développée depuis par un grand nombre d'autres chimistes (2), cette loi forme Tune des bases de la classification actuellement suivie en chimie organique.
Voici en quoi consiste la relation générale dont il s'agit. Si Ton soumet un acide gras, Tacide oléique par exemple, à l'action de Tacide nitrique, on obtient simultanément «n grand nombre d'acides, les uns volatils, les autres fixes, tous représentés par des formules plus simples que la matière primitive. Ces principaux acides volatils sont les acides caprique, caprylique, œnanthylique, caproïque, valérique, butyrique, propionique, acétique. Or tous ces acides, et c'est là le point capital, tous ces acides, dis-je, peuvent être représentés dans leur composition et dans leur formule par une proportion constante d'oxygène, combinée avec un même carbure d'hydrogène, plus ou moins condensé. Pour passer de Tun quelconque de ces acides à l'acide qui le suit, il suffit de retrancher de la formule du premier corps 2 équivalents de carbone et 2 équivalents d'hydrogène, ou un même multiple de ces nombres. Tous ces acides sont extrêmement analogues; ils jouissent de propriétés physiques
(i) Laurent, Annales de Chimie et de Physique, S* série, t. LXVI, p. 177 ; 1837.
(2) Redtenbagher, Annalen der C hernie und Pharmacie, t. LIX, p. 41 ; 1846. « GUCKELBERGER, môme Recueil, t. LXIV, p. 89 ; 1847, etc.
qui varient de Tun à l'autre, avec une régularité correspondante à celle de leurs formules; leurs équivalents occupent le môme volume gazeux. Enfin, pour compléter les rapprochements entre ces corps compris dans une même série générale, il suffira de dire qu'en oxydant l'un d'eux, on peut obtenir successivement tous ceux dont la formule est plus simple.
Venons maintenant aux acides fixes, formés en même temps : ce sont les acides subérique, pimélique, adipique, succinique, oxalique. Tous ces acides sont plus simples que l'acide oléique primitif et présentent entre eux des relations analogues aux précédentes ; ils forment une série générale, parallèle à la série des acides volatils. En effet, à chacun des acides volatils de la première série répond dans la seconde un acide fixe qui renferme 2 équivalents d'hydrogène de moins et 4 équivalents d'oxygène de plus. Ces acides fixes, pris deux à deux, offrent entre eux la môme différence constante qui existe entre les acides volatils : leurs propriétés physiques et chimiques varient de l'un à l'autre, avec la même régularité que leurs formules.
C'est seulement en 1868 que l'on a découvert le principe de ces formations simultanées : chaque acide volatil à 4 équivalents d'oxygène engendre à la fois l'acide fixe, de môme richesse en carbone, qui renferme 8 équivalents d'oxygène, et l'acide volatil inférieur, en même temps que de l'acide carbonique (1). La formation simultanée des deux séries se poursuit ainsi, jusqu'à métamorphose totale en eau et acide carbonique.
Des résultats analogues ont été observés dans l'étude des produits de l'oxydation de beaucoup d'autres substances organiques. L'albumine, par exemple, fournit la même série d'acides volatils. Dans cette circonstance, les produits sont plus variés encore, sans cependant cesser d'être moins com«
(1) Berthelot, AnnaJes de Chimie et de Physique, 4« série, t. XV, p. 36G; 1808.
pliqués que Falbumine; tous sont compris dans la môme loi générale que les précédents. En effet, non-seulement on a obtenu les acides volatils signalés ci-dessus, mais en même temps on a formé une série d*aldéhydes, correspondant terme pour terme à chacun des acides volatils.
D*après l'ensemble de ces résultats, on voit que la des* truction, la combustion d'un grand nombre de matières organiques s'opère suivant une gradation symétrique et donne lieu à des composés nouveaux, plus simples que leurs générateurs, et, de plus, distribués suivant des séries régulières. En généralisant ces premiers résultats, de façon à comprendre dans des séries semblables tous les principes naturels et artificielSf depuis les plus compliqués, matières premières des oxydations, jusqu'aux plus simples, produits successifs de Toxydation des précédents, les chimistes se sont trouvés conduits, il y a trente ans environ, à disposer tous les composés organiques suivant une échelle régulière, dite de combustion.
Arrêtons-nous un moment sur cette idée : elle a joué un grand rôle dans Thistoire de la science, et elle a été pendant longtemps le point de départ des recherches et Torigine de la reproduction artificielle de beaucoup de principes naturels. Voici ce que Gerhardt écrivait, en formulant cette conception avec plus de netteté qu'on ne Tavait fait avant lui : « Les deux extrémités de cette échelle sont occupées d'une « part, au sommet, par la matière cérébrale, l'albumine, la a fibrine et les autres substances plus complexes, et d'autre « part, au pied, par l'acide carbonique, Teau et Tammonia- « que... Une infinité d'échelons occupent Tintervalle... ; le <K chimiste , en applicfuant les réactifs de combustion aux tt substances placées dans les échelons supérieurs, descend « l'échelle, c*est-à dire qu'il simplifie peu à peu cessubs- « tances en brûlant successivement une partie de leur carci bone et de leur hydrogène (1). » Pour préciser davantage,
^1) Gerhardt, Précis de Chimie organique, t. I, p. 21, 1844.
si ron compare les termes successifs de cette combustion ménagée, on reconnaît qu'ils se répètent, pour ainsi dire, les uns les autres au point de vue de leur composition, de leurs propriétés et de leur mode de formation. On vient d'établir qu'il en est ainsi pour la série des acides volatils, analogues à Tacide acétique ; pour la série des acides fixes« analogues à l'acide oxalique ; pour la série des aldéhydes ; pour la série des carbures d'hydrogène, analogues au gaz oléfiant; pour la série des carbures d'hydrogène, analogues à la benzine, etc. Tous ces corps diffèrent deux à deux, dans chaque série, par une quantité constante de carbone et d'hydrogène. C'est par ces rapprochements généraux, fondés sur l'analyse organique, que Ton est arrivé à donner un sens défmi à la conception de l'échelle de combustion signalée tout à l'heure ; telle est l'origine des séries homologues, sur lesquelles repose la classification de Gerhardt.
&> Substitutions.
Quelles que soient les ressources que la chimie puisse tirer des phénomènes d'oxydation, ces phénomènes sont cependant insuffisants pour donner une idée analytique complète de la constitution des principes organiques, et pour permettre de les transformer à volonté, même en les simplifiant. C'est pourquoi Ton a dû recourir à de nouveaux agents, et faire concourir au but que l'on se proposait d'atteindre, non-seulement les affinités de Toxygène, mais aussi les affinités diverses de tous les corps simples dont dispose la chimie minérale. Ce nouvel ordre de recherches a joué un rôle essentiel dans le développement de la science. U repose sur la mise en œuvre d'artifices très-remarquables. Lorsqu'on se propose d'enlever à un principe organique quelqu'un de ses éléments, à savoir le carbone, Thydrogène, l'oxygène ou l'azote, ce n'est point en général en traitant directement ce principe par un corps simple actif, tel que le
phosphore, le potassium, le chlore, etc., que Ion réussit à atteindre le but. Â la vérité, quelques chimistes ont dirigé leurs essais dans ce sens à Torigine ; mais on a reconnu aussitôt que les principes organiques sont presque toujours trop altérables, pour que Ton puisse ainsi réussir à changer iu premier coup leur composition, suivant un sens prévu d'avance et par des actions simples et directes. Cependant on n'a point renoncé à tirer parti des affinités puissantes des éléments qui viennent d'être cités ; mais, pour y parvenir, il a fallu agir par voie indirecte et traverser deux ordres de réactions successives. On a commencé par faire entrer les éléments actifs en combinaison avec les principes organiques, et l'on a formé d'abord des principes artificiels qui renferment du chlore, du brome, du phosphore, du potassium, des métaux même, parmi leurs éléments. Ce premier résultat atteint, il a été facile d'aller plus loin : il a suffi de soumettre les nouveaux composés à des réactions d*un autre genre, fondées sur les propriétés actives des corps simples, ainsi introduits dans les composés organiques et devenus solidaires des éléments normaux de ces composés. En effet, les corps simples dont il s'agit conservent en partie l'énergie de leurs affinités caractéristiques dans les combinaisons organiques qu'ils concourent à former. Ils n'ont pas dégagé toute la quantité de chaleur qui répond à la formation des combinaisons binaires les plus simples; cette formation peut dès lors être provoquée et réalisée, par une double décomposition entre les substances qui dérivent d'une première réaction. Celles-ci se prêtent à des métamorphoses plus faciles, plus variées, opérées à une température plus basse, que celles dont les principes primitifs auraient été susceptibles. Ainsi a été créée, principalement depuis trente années, une chimie spéciale, fondée sur l'étude des êtres artificiels, que l'on produit en unissant les divers corps simples de la chimie minérale avec les principes organiques naturels. Dans cette nouvelle chimie, les résultats fondamentaux
sont relatifs à rintroduction du chlore et des éléments halogènes, à celle du soufre, à celle du phosphore, des métaux, au sein des principes organiques.
Commençons par les composés chlorés : ce sont les plus intéressants. La formation des composés organiques qui renferment du chlore parmi leurs éléments est déjà ancienne dans la science : elle remonte à la production de l'éther chlorhydrique (1), à celle de la liqueur des Hollandais (1795), du chlorure de cyanogène (2), enfin du chlorhydrate d'essence de térébenthine (3). Mats ce sont surtout les recherches de M. Faraday (4) sur la transformation de la liqueur des Hollandais en un chlorure de carbone tel, que a pour chaque a volume de chlore qui se combine, il se sépare un égal € volume d*hydrogène, » et celles de MM. Liebig et Wôhler, relatives au chlorure benzoïque (5), qui ont commencé à diriger les travaux des chimistes vers Tétude de ce genre de composés. Les dernières recherches offrent une grande importance historique, en raison de la généralité et de la fécondité des résultats dont elles ont fourni le modèle et le point de départ. En voici le résumé.
L'essence d'amandes amères, soumise à l'action du chlore, perd un équivalent d'hydrogène qui se sépare sous forme d'acide chlorhydrique, et gagne à la place un équivalent de chlore. Le chlorure organique ainsi obtenu peut agir à son tour sur un grand nombre de corps et fournir de nouveaux composés. En présence de Teau, par exemple, il se décompose ; le chlore qu'il renferme se porte sur l'hydrogène de Teau, en donnant de Tacide chlorhydrique, et l'oxygène nais* sant de cette même eau se combine à la substance organi*
(1) Découvert au xviii* siècle ; mais sa nature véritable a été établie seult^ment par les travaux de Thenard et de Gehlen. (2^ Gay-Lussac, Annales de Chimie, t. XGV, p. 208; l8i5.
(3) Improprement appelé camphre artificiel.
(4) Annales de Chimie et de Physique, *2« série, t. XVIIl, p. 48 et 53 ;
(5} Annales de Chimie et de Physique, 2* série, t. LI, p. 286 ; 1832.
que, dans une proportion équivalente avec celle du chlore éliminé ; d'où résulte une substance identique avec Tacide benzoïque. Ce n*est pas tout : le même chlorure, agissant sur un bromure, un iodure, un cyanure, un sulfure métallique, perd son chlore, qui s'unit au métal, et gagne à la place un poids équivalent de brome, d*iode, de cyanogène,' de soufre, etc., de façon à constituer toute une série de composés organiques ; ces corps présentent entre eux, et à regard de Tessence primitive, les mêmes relations qui existent, en chimie minérale, entre un bromure, un iodure, un cyanure, un sulfure, un chlorure, un oxyde et un hydrure correspondants.
Un si bel ensemble de découvertes jetait une lumièn inattendue sur l'action que les corps simples exercent à l'égard des matières organiques. Il en sortit une théorie générale, qui a joué un grand rôle dans l'histoire de la science. En efiet, MM. Liebig et Wôhler ont assimilé l'ensemble des éléments (carbone, hydrogène et oxygène), unis au chlore, à l'oxygène, etc., dans tous ces composés, à un radical simple véritable ; ils ont désigné ce radical composé sous le nom de henzoïle. L'essence d'amandes amères est devenue Yhydture de henzoïle ; ses dérivés, le chlorure de henzoïle^ le bromure de henzoïle ; l'acide benzoïque lui-môme a pris le nom à'oxyde de henzoïle. Sans discuter ici le caractère véritable de cette interprétation symbolique, il suffira de dire qu'elle résume d'une manière très-élégante les faits dont elle est sortie. Une multitude de composés organiques sont entrés depuis dans les mêmes moules généraux.
Tandis que les travaux précédents appelaient l'attention des chimistes sur les analogies des réactions de la chimie organique avec celles de la chimie minérale, un nouveau point de vue , encore plus étendu , prenait place dans la science. Revenant sur la signification des mêmes phénomènes, M. Dumas s'attacha surtout à discuter l'échange qui
a lieu entre rhydrogène d'une part, et les autres éléments, chlore, brome, soufre, oxygène d'autre part. Il parvint ainsi à généraliser les observations de Gay-Lussac , celles de MM. Liebig et Wôhler et celles de Faraday, dans un énoncé singulièrement fécond et qui a suscité le développement d'une multitude de découvertes : c'est la théorie des substitutions. Elle consistait à Forigine dans les trois règles suivantes (1) :
a 1° Quand un corps hydrogéné est soumis à Taction dés- € hydrogénante du chlore, du brome, de l'iode, de l'oxygène, « etc., par chaque atome d'hydrogène qu'il perd, il gagne c un atome de chlore, de brome ou d*iode,.ou un demi-atome € d'oxygène ; »
a 2** Quand le corps hydrogéné renferme de Toxygène, la « même règle s'observe sans modification ; »
a 3» Quand le corps hydrogéné renferme de l'eau, celle- « ci perd son hydrogène sans que rien le remplace, et, à paî'dr « de ce point, si on lui enlève une nouvelle quantité d'hydroa gène, celle-ci est remplacée comme précédemment. »
La première règle est surtout fondamendale : c'est celle qui offre le sens le plus précis et le plus conforme à Vexpérience ; car elle a servi de guide assuré à presque tous les expérimentateurs qui ont étudié depuis l'action du chlore sur les matières organiques.
Laurent la développa d'abord, et en fixa complètement le sens par ses recherches relatives à Faction du chlore sur les carbures d'hydrogène, sur la naphtaUne en particulier. Ses travaux, poursuivis pendant plus de dix années, donnèrent naissance à une multitude de composés nouveaux, liés entre eux et avec le carbure primitif par des relations régulières.
Ces relations vont même plus loin que les formules ; elles ont pris un sens plus profond, par les rapprochements que Ton a établis entre les propriétés physiques et chimiques du
(1) Dumas, Traité de Chimie, t. V, p. 99 ; 1835.
composé primitif et celles de ses dérivés chlorés. En efiet, les propriétés chimiques, aussi bien que la fonction acide^ neutre ou alcaline des composés chlorés, sont en générai extrêmement analogues à celles du corps primitif ; les réactions, les dédoublements s'effectuent, d'ordinaire, conformément aux mêmes équations. Bien plus, les propriétés physi* ques, telles que l'aspect, la couleur, la dureté, la pesanteur spécifique, la solubilité, les points de fusion et d'ébullition» les formes cristallines, sont liées entre elles de la manière la plus intime; le plus souvent ces propriétés varient par degrés progressifs et réguliers, en passant du composé hydrogéné fondamental à la série des composés chlorés qui peuvent résulter de sa métamorphose (1). Ces analogies, signalées d'abord par les travaux de Laurent à Tattention des chimistes, développées et confirmées depuis par tous les travaux qui se sont succédé, sont tellement étroites, tellement frappantes, que Laurent avait cru pouvoir en conclure l'identité, dans de tels composés, du rôle chimique du chlore et de l'hydrogène. Cette identité est devenue le point de départ des théories mal définies oue l'on a désignées sous le nom de chimie unitaire.
Mais les faits précédents ne comportent pas d'une manière nécessaire une telle interprétation ; elle est en contradiction avec les rôles électro-chimiques opposés que remplissent le chlore et l'hydrogène. Tous les faits peuvent être interprétés, sans changer ni les principes généraux qui règlent tous les phénomènes chimiques, ni le sens régulier des forces qui président à Taccomplissement de ces mêmes phénomènes : il suffit en effet d^admettre que le chlore introduit par substitution dans un composé organique y joue un rôle comparable à celui qu'il remplit dans les éthers chlorhydriques (2).
(1) Voir les travaux de Laurent sur la naphtaline, dans les Atim nales de Chimie et de Physique, dans* les Comptes rendus et dans la Bévue scientifique» depuis 1832.
(2; Chimie organique fondée sur la synthèae, t. II, p. 407.
Quoi qu'il en soit de ces opinions, combattues avec persistance par Berzelius (1), et qui ne paraissent point destinées à rester dans la science, les travaux de Laurent et ceux des chimistes venus après lui ont fourni à la théorie des substi* tutions une base précise et défmie ; ils en ont fixé la signification propre, entièrement distincte de la simple relation équivalente qui peut se rencontrer, ou faire défaut, entre un corps hydrogéné et les dérivés chlorés correspondants. Presque tous les chimistes contemporains ont concouru à Tétude des composés chlorés formés par substitution. Il suffira de citer ici les travaux classiques de M. Regnault sur la hqueur des Hollandais, sur les éthers chlorhydriques de l'alcool et de Tesprit-de-bois (2) et sur les éthers hydriques (3) ; ceux de M. Dumas sur le chloroforme et les corps analogues (4), puis sur l'acide chloracétique, si analogue avec l'acide acétique (5); ceux de Malaguti (6) sur la chloruration de Téther ordinaire et des éthers à oxacides ; les expériences de M. Cahours (7) sur les essences oxygénées, sur les acides aromatiques et sur la substitution du chlore à Toxygène, opérée au moyen du perchlorure de phosphore (8) ; les recherches de M. Hofmann (9) sur la substitution de Thydrogène par le chlore, par le brome, etc., dans Taniline, avec conservation du caractère alcalin fondamental de cette substance; les expériences de
(1) Annales de Chimie et de Physique, 2« série, t. LXXI, p. 137 ; 1839 ; et passim, Annuaires de Berzelius.
(2) Annales de Chimie et de Phy nique, 2' série, t. LVIII, p. 308 ; 1835; t. LXIX, p. i5l ; 1838; LXXI, p. 355; 1839.
(3; Même Recueil, S" série, t. LXXI, p. 377 ; 1839.
(4) Atinales de Chimie et de Physique, 2* série, t. LVI, p. 115
(5) Annales de Chimie et de Physique^ 2' série, t. LXXIII, p. 75
(6) Annales de Chimie et de Physique^ 2« série, t. LXX, p. 338; 1839 d> série, t. XVI, p. 5 ; 1846.
(7) Annales de Chimie et de Physique^ 3« série, depuis 1840.
(8) Dumas et Peligot, Annales de Chimie et de Physique, 2* série, t. LXII, p. 14 ; 1836. — Gahours, môme Recueil , 3* série, t. XXIII, p 334 ; 1848.
C9; Annalen der Chemie und Pharmacie^ t. LUI, p. 1; 1845.
MM. Melsens, Kolbe et Berthelot sur la substitution réciproque du chlore par Thydrogène (1), etc.
Les travaux consacrés à la séparation du chlore sous forme d'acide chlorhydrique (ou de chlorure alcalin), avec substi • tution par les éléments de Teau, méritent une attention particulière ; car ils ont conduit à la synthèse de l'alcool méthylique au moyen du formène chloré (2) ; à la synthèse de l'acide glycolique au moyen de l'acide monochloracétique (3); à la synthèse des acides malique (4) et tartrique (5), au moyen des acides succiniques mono et bibromé; à la synthèse des acides acétique et glycolique au moyen des deux chlorures d'acétylène (6), etc., etc.
Venons maintenant aux combinaisons qui renferment d'autres éléments que le chlore. Les travaux relatifs à la formation artificielle des composés sulfurés présentent un intérêt particulier, parce que plusieurs d'entre eux se rencontrent dans la nature : comme en témoignent l'existence des essences d'ail, de moutarde, etc., dans le règne végétal; celle de l'albumine, de la taurine, de la cystine, de l'acide sulfoglycérique , dans le règne animal.
On trouve le premier exemple de ces travaux dans la formation du sulfure de carbone, composé presque minéral. Les discussions prolongées qui ont régné sur la nature de cette substance, au commencement du xix® siècle, offrent quelque importance historique, comme témoignant de l'imperfection des procédés analytiques employés à cette époque. Depuis lors, on a appris à former des composés sulfu-
(1) Melsens, Comptes rendus, t. XIV, p. 114; 1842; et t. XXI, p. 81 ; 1845. — Kolbe, Annalen der Chemie und Pharmacie, t. LIV, p. 164; 1845. — Berthelot, Annales de Chimie et de Physique, 3<> série. t. LI, p. 48; 1857. — Même Recueil, 4« série, t. XX, p. 474 ; 1870.
(2) Berthelot, Annales de Chimie et de Physique, 3' série, t. LU, p. 97 ; 1858.
(3) HOFMANN et KÉKULÉ , Annales de Chimie et de Physique, 3" série, t. LUI, p. 495 ; 1858.
(4) KÉKULÉ, même recueil, t. LX, p. 124 ; 1860.
(5) Perkin et DUPPA, même recueil, t. LX, p. 127 et 235; 1860.
(6) Berthelot, même recueil, 4« série; 1870.
rés par des méthodes plus générales. Tels sont, par exemple, le sulfure benzoïque, cité plus haut, et l'alcool sulfuré ou mercaptan (i), tous deux devenus les types d*un grand nombre de composés semblables. L'action de Tacide sulfurique sur les matières organiques a fourni également de nombreux composés sulfurés, mais d'un ordre tout différent. Tel est l'acide sulfovinique , produit par la combinaison de l'acide sulfurique et de l'alcool : c'est le premier exemple de ce genre de combinaisons. Tels sont encore l'acide qui résulte de l'union de l'acide sulfurique avec la naphtaline (2) et les composés neutres formés par la combinaison du même acide avec l'esprit-de-bois et avec la benzine. A la suite de ces découvertes, on n'a guère tardé à reconnaître que l'acide sulfurique, hydraté ou anhydre, peut s'unir avec presque toutes les matières organiques : acides, alcalis, carbures, alcools, aldéhydes, matières neutres diverses, etc.
Pour compléter cet historique de l'introduction des corps simples au sein des combinaisons organiques, il resterait à exposer la formation des composés qui renferment de l'azote, du phosphore, des métaux, etc.; mais cette formation se rattache si étroitement aux fonctions diverses remplies par ces composés, qu'il parait préférable d'en renvoyer plus loin l'étude. Bornons-nous à citer dès à présent la découverte des composés nitrés , dérivés des carbures d'hydrogène et autres corps par l'action de l'acide nitrique (3), et celle des combinaisons nitriques de l'amidon, du coton, du ligneux et des matières sucrées, dont les propriétés détonantes excitèrent si vivement l'attention (4).
(1) Zeise, Annales de Chimie et dePhys., 2^ série, t. LXVJ, p. 87; 1834.
(2) Faraday, Annales de Chimie et de Physique, 2» série, t. XXXIV, p. 164; 1827.
(3) MiTSCHERLiCH , Annales de Chimie et de Physique, 2^ série, t. LVII, p. 85 et 91; 1834; — Laurent, même Recueil, 2o série, t. LIX, p. 376 ; 1835.
Voir en outre ce qui est dit plus bas sur Vamer de Welter.
(4) Pelouze, Comptes rendus, t. VII, p. 713; 1838. — Schônbein, Comptes rendus, t. XXIII, p. 678; 1846; et les travaux de divers savants, même Recueil, t. XilII, et XXIV, passim.
Après avoir montré comment on a réussi à introduire le chlore et divers autres éléments actifs au sein des composés organiques, nous ne saurions quitter ce sujet sans dire quelques mots de l'emploi des corps ainsi obtenus pour réaliser de nouvelles formations. Pour nous borner à la plus essentielle de ces applications^ il suffira de rappeler comment, par l'introduction, dans deux composés distincts, d'éléments minéraux doués d'affinités puissantes et antagonistes, on peut provoquer entre ces deux composés une double décomposition : les deux éléments minéraux se séparent sous la forme d'un composé stable, également minéral, tandis que les deux composés organiques demeurent combinés. Cette méthode des doubles décompositions, appliquée d'abord à la formation des éthers composés par Zeise (1), et par Pelouze (2), a été généralisée depuis par les découvertes de M. Williamson sur les éthers mixtes (3), et par celles de Gerhardt sur les acides anhydres (4) : c'est aujourd'hui Tun des procédés les plus féconds de la chimie organique.
Tels sont les principaux résultats qui ont été obtenus jusqu'à ces dernières années, en étudiant d'une manière générale les métamorphoses que les matières organiques éprouvent de la part des forces et des agents chimiques. Chaque jour permet d'atteindre encore dans cette voie des résultats nouveaux et inattendus. Cependant, quelle que soit la fécondité des recherches fondées sur les idées précédentes, leur application aux matières organiques implique deux
(1) Annales de Chimie et de Physique, 2* série, t. LVI, p. 87; i834.
(2) Journal de Pharmacie, 2« série, t. XX, p. 399 ; 1834.
(3) Annalen der Chemie und Pharmacie, t. LXXXI, p. 73; 1853.
(4) Annales de Chimie et de Physique, 2« série, t. XXX VII. p. 311:
Voir aussi la formation des éthers butyliques par M. Wurtz, An» nates de Chimie et de Physique, 3* série, t. XLII, p. 129, 1854.
réserves fondamentales, Tune relative à la nature des forces que Ton a mises en jeu dans les expériences, Vautre au caractère essentiellement analytique des effets auxquels ces forces donnent lieu.
Examinons d*abord ce dernier point. Un principe étant donné, on le métamorphose en augmentant la proportion de Toxygène ou du chlore qu*il renferme, en diminuant la proportion de son hydrogène et de son carbone, c'est-à-dire que Ton tend toujours à diminuer la proportion de ses éléments combustibles, à le rapprocher de l'état des composés binaires et minéraux complètement oxydés^ tels que l'eau et Tacide carbonique: ce sont donc là des métamorphoses analytiques qui simplifient graduellement les principes naturels, en les décomposant. Mais la marche inverse qui consisterait à dôsoxyder un principe, de façon à l'enrichir en carbone et en hydrogène, est beaucoup plus difficile ; jusqu'à ces vingt dernières années, elle n'avait offert que deâ applications isolées et exceptionnelles.
Venons au second point de vue : il est relatif à la nature des forces auxquelles on a eu recours en chimie organique. A cet égard, il suffira de dire qu'elles reposent presque toujours sur les mêmes jeux d'affinités auxquels on a recours en chimie minérale. Seulement ces affinités doivent être atténuées dans leur action et rendues plus délicates, de façon à ne point dépasser le but, en détruisant les composés organiques sur lesquels on opère, ou ceux mêmes que Ton veut produire. D'immenses progrès ont été accomplis dans cette direction depuis les origines de la chimie organique, et cependant on peut affirmer que les procédés, employés à l'origine pourétudier les transformations des principes constitutifs des tissus organisés, sont demeurés encore fort éloignés du but. En effet, ces procédés reposent en général sur le jeu instantané d'affinités violentes. Ils suffisent pour permettre de métamorphoser à volonté les principes volatils et leurs dérivés; mais ils altèrent profondément, et dès les pre-
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miers moments, les substances plus mobiles, les principes sucrés par exemple. Toutes les fois que Ton veut agir avec ménagement sur ces derniers principes, il est nécessaire d'avoir recours à l'emploi d'affinités plus faibles et de faire intervenir presque exclusivement Faction réciproque des principes organiques eux-mêmes. Pour pousser jusqu'au bout les effets de ces affinités moins puissantes, on introduit une nouvelle circonstance, à savoir remploi du temps et le (contact prolongé des corps que l'on se propose de faire réagir. Ce sont là des conditions qui se rapprochent de celles des métamorphoses naturelles. Sur ces idées reposent des méthodes nouvelles, remarquables par leur simplicité : on trouvera dans ma Chimie organique fondée sur la synthèse de. nombreuses applications de ces méthodes, spécialement pour la formation directe des corps gras neutres, des dérives de la mannite, des saccharides et des gluco* sides, etc., etc.