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Hegel, Journal critique, cité par Nolen, op. cit

au non-moi, un principe sujet-objet, qui ne soit ni le sujet ni l'objet. Schelling, en se détachant peu à peu de Kant et de Fichte, va réaliser ce spinozisme renouvelé où tendait Fichte lui-même. L'opposition cartésienne du sujet-raison et de l'objet-étendue s'était résolue dans l'unité supérieure de la substance; l'opposition kantienne du sujet-activité morale et de l’objet-obstacle à cette activité se résout ici dans l'unité supérieure de l'indifférence ou de l'identité absolue.

Sous l'influence de Gœthe, de Schiller, de Humboldt, de Bunsen, en même temps que par son propre penchant et par une nécessité logique, Schelling attribua donc à la nature, au beau, — c'est-à-dire à la Critique du jugement, — une importance nouvelle. La nature exisle, et son existence est parallèle à la pensée. L'absolu se développe à la fois dans l'esprit et dans la nature, dans l'être et dans l’activité. En même temps que la pensée évolue, elle se réalise; en même temps que la réalité se déroule, elle se pense : l'idéal et le réel ne font qu’un par l'unité de loi qui les régit. Dans l'intuition intellectuelle, la pensée tout à la fois découvre l’anité et oppose le moi à l’unité. Dans la création artistique, l'unité de l’objet et du sujet s’accomplit véritablement. Legénie inspiré qui construit le monde reproduit avec conscience l'acte créateur de l'absolu. Le principe divin a communiqué aux êtres organiques « une partie de la musique céleste qui est dans tout l’univers », et il a enseigné aux plus élevés « à rentrer dans l'unité absolue en s’oubliant eux-mêmes dans leurs propres chants! ». « Le père céleste de toutes choses, des dieux et des hommes, vit dans une éternelle félicité en dehors de toute contradiction, et se renferme dans son inviolable unité comme dans un fort inaccessible*.... Celui qui trouverait une expression pour désigner une activité aussi calme que le repos le plus profond, et pour marquer un repos aussi actif que l’activité la plus grande, définirait en quelque

1. Bruno, ou du Principe divin el naturel des choses, trad. Husson, p. 140. 2. Ibid., p. 190.

sorte la nature de Dieu‘... L'absolu se divise dans les conclusions de la raison secondaire, soumise à l’entendement, en trois choses, l'âme, le monde et Dieu, qui, tous trois, séparés l’un de l'autre, chacun à part, représentent pour l'entendement l'analyse la plus hauté de ce qui, dans l'absolu, ne fait absolument qu'Un*.…. La plupart des philosophes qui nous ont précédés, et presque tous ceux qui usurpent maintenant ce titre, nous ont donné, au lieu de la raison, ce qui appartient encore à la sphère de l'entendement*.….. Les hommes ont appris à voir la nature en dehors de Dieu, et Dieu en dehors de la nature... En né faisant de la nature qu'un être purement passif, ils crurent avoir aussi le droit de ne voir en Dieu, après l'avoir élevé au-dessus de cette dernière, qu'un simple esprit, qu'une pure aclivité, comme si ces deux idées, esprit et matière, n'étaient point identiques nulle n'étant vraie sans l’autre"... Reconnaître immédiatement avec les yeux de l'âme cette unité sainte de Dieu et de la nature laquelle, sur cette lerre, se révèle surtout dans l’adversité, c’est comme l'initiation à la félicité suprême qui ne se rencontre que dans l'Être infiniment parfait *.... »

Si c’est là le spinozisme, c'est un spinozisme, du moins, où-— comme une forme poétique s’est subslituée à la géométrie — la pure nécessité, dans le fond, à fait place à la vie et à la finalité. Cette identité primitive et inconsciente de la nature et de l'esprit tend, par un progrès à l'infini, à se réaliser dans une unité consciente. Tandis que la Substance de Spinoza — le reste de ses attributs, infinis en nombre, demeurant inconnu — était Étendue et était Pensée, l’'Absolu de Schelling n’est ni Nature ni Esprit, mais l'Unité d’où ils viennent, où ils vont et selon laquelle ils se meuvent.

. Bruno, p. 191.

. lbid., p. 181.

. Ibid., p. 188.

. 1bid., p. 200.

. 1bid., p. 204. Cf. Destination de l'homme (la Croyance), p. 332 de la trad.

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