Cours de 1828, 130 lecon, p
3. L'opposition contre la philosophie du xvim° siècle et l'idéologie se produisit alors sous une autre forme : l’école théologique ou traditionaliste, avec de Bonald, Lamennais, J. de Maistre... Ici, il ne peut en être question que pour mieux montrer l'ampleur et la force du mouvement contre l’empirisme et le matérialisme. Des causes profondes et extrêmement variées avaient amené au début du xx siècle une réaction sentimentale et religieuse. Chateaubriand et Mme de Staël en furent les initiateurs — comme le précurseur en avait été J.-J. Rousseau. Chateaubriand rompait tout à fait avec l’âge précédent; Mme de Slaël en gardait la foi enthousiaste dans les « progrès futurs de notre espèce »; des deux, au reste, c’est celle-ci qui eut le plus d'influence sur la spéculation vérilable. « Je suis devenu chrétien, disait Chateaubriand; je n’ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie de mon cœur : j'ai pleuré et j'ai: cru. » Mme de Staël est plus philosophe; elle défend la raison contre la tradition et l'autorité; elle découvre, elle révèle l'Allemagne, elle l’'invente presque, lorsqw’elle en fait — c’est Henri Heine qui parle — «un nébuleux pays d’esprits, où des hommes sans corps et pure vertu se promènent sur des champs de neige, s’entretenant de morale et de métaphysique ». Elle prépare, elle facilite la rupture avec l’empirisme. Mais elle-même, comme Chateaubriand et après Rousseau, elle contribua surtout à fondre, pour ainsi dire,les cœurs, à faire jaillir l'enthousiasme, la foi, en même temps que, pour sa part, elle enseignais à revêtir le sentiment des parures de l'imagination. — Il y à un étroit rapport entre l’état général des esprits et la pensée philosophique : mais il faut naturellement négliger ici tout ce qui, dans l'expression spéculative de cet état général, est sans attaches avec les résultats antérieurs, ne vien £
Dans trois mémoires couronnés, — à Paris, à Berlin et à Copenhague *, — mais surtout — parmi ses œuvres inédites — dans l'Æssar sur les fondements de la psychologie et sur ses rapports avec l'étude de la nature * et dans les Rapports des sciences naturelles avec la psychologie ou la Science des facultés de l'esprit humain *, la méthode de Maine de Biran, de plus en plus précise, a largement développé ses résultats.
Il y à pour lui une science qui n’est pas semblable aux sciences naturelles, mais qui n’est cependant pas la métaphysique; et il ya pour cette science une méthode à formuler qui n’est pas la méthode expérimentale. — Sans doute, il est naturel qu'on ait fait une première étude de l'esprit avec l'instrument qui avait rendu déjà de si grands services :
point s’engrener en quelque sorte dans le travail logique de la Pensée. La source intérieure rouverte, ce que le-jaillissement amène d’arbitraire, d’individuel ou de traditionnel, en tumulte et sans critique, n’a point de place dans l’évolution philosophique. Si Maine de Biran, si l’école dont il est, dans une certaine mesure, l’inspirateur, se trouve davantage sur le cours de la Pensée moderne, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait point des idées intéressantes à recueillir dans l’école théologique, par exemple : mais ce n’est pas en tant que théologique et traditionaliste qu’elle les exprime. Voir Ferraz, Études sur la phil. en France au XIX* siècle; Adam, la Phil. en France (11e moitié du XIX° siècle); et aussi Saisset, les Écoles philosophiques (Rev. des Deux Mondes, 15 août 1850).
1. 1807, sur les aperceptions immédiates. Voici le programme, très intéressant, de ce concours : « L’Académie de Berlin a remarqué que, dans la recherche de l’origine et de la réalité des connaissances humaines, on négjligeait les faits primitifs du sens intime, sur lesquels repose la science des principes, et qui peuvent seuls servir de base au travail de la raison; ou que du moins on ne les avait pas observés, distingués, approfondis avec soin et qu'’autant on se montrait difficile sur les objets de l’expérience, autant on était facile à admettre la certitude de certaines formes de nos connaissances. En conséquence, l'Académie a cru que plus de précision dans l'examen et l’énoncé des faits primitifs contribuerait aux progrès de la science; la classe de philosophie spéculative propose donc à la discussion de l’Europe savante la question suivante : « Y a-t-il des aperceptions internes immédiates? — En quoi l’aperception interne diffère-t-elle de l'intuition ? — Quelle différence y a-t-il entre l'intuition, la sensation et le sentiment? — Quels sont les rapports de ces actes ou états de l’âme avec les notions et les idées? » Essai, Introd. générale, p. 26.