‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 135 sur 277 · Fragments phil., préf. de la 3° éd · texte numérisé non relu

Fragments phil., préf. de la 3° éd

3. Biran a connu Reid et Dugald Stewart, mais assez tard et — le dernier surtout — assez peu.

RE

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX° SIÈCLE. 205 qu'il est impossible de dépasser el d'expliquer, mais qu'il est indispensable de constater et qu'il faut tous admettre. Que de fois on a répété de confiance sa sentence fameuse : «On ne

divise pas l’homme, on ne fait pas au scepticisme sa part;

dès qu'il a pénétré dans l'entendement, il l’envahit tout entier ! »!

Cousin débuta donc par la psychologie : le philosophe de qui Royer-Collard disait : «Il est notre maître à tous »,et qu'il a lui-même déclaré « le plus grand métaphysicien qui eût honoré la France depuis Malebranche », Maine de Biran, lui en fit approfondir la conception et, — comme il Va reconnu, — après la sensibilité et la raison, l’amena à étudier la volonté ?: — Mais le grand problème était alors d'unir le mot et le non-moi, le moi et le Tout : Maine de Biran, avant sa philosophie religieuse, ne pouvait le contenter — pas plus d’ailleurs qu’il ne l’eût fait après sa philosophie religieuse, el les

théories timides des Écossais sur la raison l'excitaient à cher-

cher au delà. Il étudia Kant. Il devina l'importance de la métaphysique post-kantienne. Il partit pour l'Allemagne en 1817; il y retourna en 1818; il y voyagea encore en 182% et en 1830. Sa philosophie est née d’une longue étude des philosophies; elle est —.elle veut être — le confluent des

4. Fragments de Royer-Collard, à la suite de la trad. de Reid par Jouffroy, t. IV, p. 451 : voir Ferraz, op. cil., p. 154.

9, Passage des Fragments cité plus haut. — Voir le Journal de Maine de Biran : « Diner à l’École polytechnique, chez M. Durivau, avec le jeune professeur de philosophie, Cousin. Nous avons beaucoup parlé de métaphysique et j'ai été content de moi; il m'a semblé que les autres létaient aussi. » (8 mai 1816). « J'ai eu à diner des métaphysiciens : MM. Ampère, Laboulinière, Durivau, de Gérando, et le jeune professeur Cousin. J'étais disposé à causer... » (16 mai). Cousin « professe la philosophie de Thomas Reid, qui est certainement la plus sage, si elle n’est pas la plus savante el la plus élevée... Le jeune Cousin a contracté avec moi dans ces derniers temps une affinité particulière et je m’honore d’avoir quelque influence sur la direction de son cours. Vous voyez donc que s’il chasse sur mes terres, c’est de mon plein consentement; j'ai ma bonne part du gibier, car mon livre sera bien mieux entendu par ses disciples que par ceux de Condillac. On verra ce que j'ai ajouté à la philosophie de Reid qui est à mon avis un point de départ bon et solide. » Lettre à M. Lacoste du 6 août 1816. Voir Fonsegrive, Ann. de la Faculté des Lettres de Bordeaux, et Bertrand, Correspondance entre Maine de Biran el Ampère (Rev. de mél. et de mor. 1"° année, n* 4, 5 et 6).

trois courants de la Pensée moderne : mais, si conciliante

qu'elle soit, elle prétend rester bien française et person-

nelle, « Oui, sans doute, l'Allemagne — écrivait-il au moment où il la quittait — est une grande école de philosophie; il faut l'étudier et la bien connaître, mais il ne faut pas s'y arrêter. La nouvelle philosophie française, s’il m'est donné

de lui servir de guide après M. Royer-Collard, ne cherchera

pas plus ses inspirations en Allemagne qu’en Angleterre : elle les puisera à une source plus élevée et plus sûre, celle de la conscience et des faits qu’elle atteste, et celle de notre grande tradition nationale du xvn° siècle. Déjà par elle-même elle est forle du bon sens francais ; je l’armerai encore de l’expéricnce de l'histoire entière de la-philosophie et, Dieu aidant, tous saurons bien échapper ainsi au scepticisme de Kant, tra-

verser la philosophie du sentiment de M. Jacobi, et parvenir.

sans hypothèse à un dogmatisme un peu meilleur que celui de la philosophie de la nature :. »

S'il ne se contenta point de reproduire leurs idées, Cousin

subit fortement l'influence de Schelling et de Hegel, — et

d'ailleurs il ne le contesta pas, — plutôt d'abord celle de Schelling, puis celle de Hegel davantage? 11 se rattachait à l’école française et à l’école écossaisse en persistant à voir dans la psychologie et dans la méthode d'observation le point de départ de toute vraie philosophie : mais il s’efforçait, en analysant les données de la conscience, de ne rien omettre de tout ce qu’elle contient; et pour cela il consultait les SyStèmes philosophiques, convaincu qu'ils renferment tous une part de vérité. Tel est l'éclectisme primitif, qui répondait à un besoin du temps *. Cousin voulait tout à la fois rester sous

1. Promenade philosophique en Allemagne, Rev. des Deux Mondes, 1% oct. 1857.

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2. C’est ce que M. Janet à dit et prouvé. Sur fout ce qui concerne Pévo-*

lution de la pensée de Cousin, il faut consulter : Victor Cousin et son œuvre philosophique. ï

3. Voir pour cette phase le cours de 1818, du Vrai, du Beau et du Bien, d’après la 1" édition (1836); les leçons de 1820, publiées en partie par M. Vacherot (1841) et retrouvées par M. Janet; la préf. de la 4 édit. des Fragments phil, (1826).

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la tutelle de la méthode positive, recueillir les bénéfices de la science du moi, mais rapprocher les opinions extrêmes et résoudre ainsi la question des rapports du moi et du non-moi. Et comme on comprend l’action de cette parole, jeune et confiante, où vibrait la joie d'orienter le siècle dans la bonne route : « Il faut que le xix° siècle, fidèle au xvin*, mais différent de lui pour en être digne, trouve dans une analyse plus - profende de la pensée les principes de l'avenir et dresse enfin un édifice que puisse avouer la raison ‘..….. Il s'agit de commencer en France, avec la méthode du xvin° siècle, mais dans un esprit éclectique, la régénération de la science intellectuelle. Puisque l'esprit exclusif nous a mal réussi jusqu'à présent, essayons de l'esprit de conciliation : c’est justement cet esprit qui a manqué à la philosophie moderne, et qui l'a empêchée de cueillir le fruit de ses travaux ?! » Restaurer et fonder le dogmatisme sans renoncer à l'expérience : vaste programme et, il faut le dire, noble entreprise ?

-Ni le moi ne crée le non-moi, ni le non-moi ne crée le “moi : il y a une unité de l’un et de l’autre, qui est l'absolu: et l'absolu est donné dans la conscience par la raison. La métaphysique est légitime; mais la métaphysique naît de la psy-

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