‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 137 sur 277 · Ibid., p. 38. à · texte numérisé non relu

Ibid., p. 38. à

3. Il dira, plus tard, que la raison est « impersonnelle ». Cours de 1828.

physique et moral qui nous environne, peut-être alors tombérai-je dans l’unité absolue. Je raierai cette distinction de la pensée de l'homme et de la nature; je détruirai le sujet et l'objet pour atteindre cette unité absolue, ou la substance éternelle qui n’est ni l'un ni l’autre et qui les contient tous deux ; mais cette substance éternelle ne tombe pas sous l'œil de la pensée. Sans doute le moi n’est pas son fondement à luimème, il ne se suffit pas; il n’est ni sa fin ni son origine; il a été et il retourne à la substance éternelle dont il est venu et dont il n’est pas sorti... Maïs sans parler maintenant de la substance éternelle... disons seulement que, dès que le moi s'offre non plus seulement comme être, mais comme être pensant, il se manifeste toujours dans une opposition avec son objet. Il se saisit dans un dualisme dont les deux termes sont identiques et où l’objet n’est que le moi retourné. C'est là le seul commencement scientifique. Toute science qui prétendrait remonter plus haut, qui voudrait commencer par l'unité absolue, débuterait par une hypothèse... Si je faisais de la synthèse, je commencerais par poser la substance éternelle : je vous montrerais comment du sein de cette substance éternelle sortent les deux grandes apparitions de l’homme et de la nature, avec des caractères contraires, bien qu’elles soient toutes deux d'une substance commune, et comment elles retournent ensuite à cette substance dont elles sont émanées. Mais je procéderais par la synthèse au lieu de procéder, comme je le dois, par l'analyse. Je vous enseignerais peutètre des choses vraies, mais je vous les enseignerais mal. L'analyse doit conduire à la synthèse; mais la synthèse ne conduirait pas à l’analyse‘. » Panthéisme dualiste, tel semble être le terme de la pensée de Cousin, à moins que ce ne soit

1. Lecons de 1820. Voir Janet, Rev. des Deux Mondes, 15 janv. 1884, pp. 316-318. Cf. ce passage fameux des Fragments (préf. de la 1° édition) : « Le Dieu de la conscience n’est pas un Dieu abstrait, un roi solitaire... c’est un Dieu à la fois vrai et réel, substance et cause, infini et fini tout ensemble, triple enfin, c’est-à-dire à la fois Dieu, nature et humanité. En effet, si Dieu n’est pas tout, il n’est rien. » (Ibid., 1° fév., p. 629.)

un panthéisme idéaliste. Le non-moi, en effet, en tant que nature, — ou mieux, la nature, en tant que matière, — est

plutôt nommé qu’expliqué dans ses cours, et il reconnaît lui-

même qu'il a fait seulement « un peu de cosmologie! » — bien peu, en vérité. — L'unité de la conscience sedivise en trois facultés : intelligence, sensibilité et volonté; chacune d'elles a un idéal : le vrai, le beau, le bien; ces trois idées manifestent l'absolu. Par l'amour, par la morale, par la connaissance, l’homme s’unifie consciemment à l'absolu. Qu’est-ce donc que le temps et l'espace, et quelle est leur réalité? C’est ce que ne dit pas Cousin; mais, pour lui, « l'esprit en soi n’est ni dans le temps ni dans l'espace... L'esprit, quand il est tombé

dans la nature, gémit sur sa chute... Le règne de l'esprit

n’est pas de ce monde; le règne de l'esprit est dans l'esprit... La morale n’est que le retour à la liberté absolue. Le point de départ est le sacrifice ou la séparation violente de la nature extérieure et de l’activité. Le but est de se faire un avec son principe... Une force sans formes, sans bornes, est une force absolue ; la puissance sans formes, l'activité sans bornes, c'est Dieu méme... L'idée d'un principe actif hors du temps et de l’espace, voilà Dieu. La liberté absolue est sa loi?. » La con-

science sous tous ses aspects révèle à Cousin une énergie. orientée vers un idéal : et le mouvement vers l'idéal est .

comme l'effort pour faire tomber les limites du fini et de l'infini. Ainsi Dieu est l’unité de la nature et de l'humanité : ou simplement il est l'unité du multiple, le support de tout ce qui est, le principe et le terme de l'idéal. — Mais comment ÿ a-t-il autre chose que Dieu?

Dans le cours de 1828, V. Cousin apparaît à la fois plus hégélien et déja moins panthéiste. Éditeur de Descartes, de Platon et de Proclus, au courant des grands travaux érudits de la philosophie allemande, il contribua alors, et par l'exemple et par l'influence, à rehausser l'importance de l'his-

Page 1