‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 138 sur 277 · Cours de 1828, 13° lecon · texte numérisé non relu

Cours de 1828, 13° lecon

2. Leçons de 1820; voir Janet, Rev. des Deux Mondes, 15 janv. 1884, p. 319.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX° SIÈCLE. 211 toire de la philosophie et de l’histoire en général. L'idée de progrès, que le xvin° siècle français avait formulée, demandait alors tout à la fois à se vérifier dans l’histoire et à sex: pliquer par la philosophie, réclamait le rapprochement de l’une et de l’autre. Une philosophie de l’histoire était le vœu du temps — tout comme cet éclectisme destiné à la couronner :

et l'Allemagne surtout offrait des ressources aux penseurs

français qui voulaient fonder la philosophie de l’histoire. Lorsque Quinet se mit à traduire Herder, il reçut de toutes parts des encouragements! : pour mieux comprendre son auteur, il alla s'installer à Heidelberg. Là précisément — puis à Paris et à Berlin — Cousin s'était lié étroitement avec Hegel. Diviser l’histoire en trois grandes époques — où prédominent les idées de l'infini, puis du fini, puis du rapport de l'infini et du fini; chercher le rôle des peuples et le rôle des grands hommes dans l’évolution nécessaire; faire de la philosophie l'expression la plus haute — supérieure à la religion même — de la civilisation : c'était manifestement s'inspirer de Hegel — comme il s'inspirait de Herder dans ses considérations géographiques. Mais, d’une part, il prêtait la conscience à Dieu et il prononçait le mot de Providence, bien que toute trace de panthéisme n’eût point disparu de sa pensée; d'autre part, quelque intérêt qu’il apportât à l’histoire, il ne l'élevait pas aussi haut que Hegel l’avait mise. Tout le système des

choses, selon Hegel, est mouvement, devenir, histoire, et son

1. De Gérando lui écrivait : « Vous avez fait, monsieur, une chose que j'avais réservée pour ma vieillesse. Je ne puis rien vous dire de plus, sinon que je vous aiderai de tout mon pouvoir. J’ai là à peu près deux mille volumes qui sont à votre service. Je veux vous donner mes ouvrages. Vous viendrez me voir souvent, vous me parlerez de Herder, que mon ami intime Camille Jordan à beaucoup connu et dont il ralfolait. » Cousin, de qui il écrivait : « [1 croit au triomphe de la raison, de la justice, comme à sa propre existence », et chez qui il admirait alors l’enthousiasme, l'expansion, les « élans de génie », l'embrassait après avoir entendu les principaux passages de son introd. à la phil. de Herder (1825). « Ah! les années sont bien changées, écrivait-il à cette époque à sa mère, et celui qui veut marcher avec le siècle ou le devancer, il ne faut plus qu’il sautille sur un pied, mais qu’il suive résolument une voie sérieuse où sont l'éloquence, la vérité et la force. » Lettres d’E. Quinet à sa mëre; voir, Rev. des Deux Mondes, 1° juillet.1877, un article de Saint-René Taillandier.

système philosophique ne prétend être la vérité que parce qu'il couronnérait l'histoire en la repensant. Pour Cousin, la philosophie précède l'histoire” : comme Brucker a tracé le tableau historique des systèmes en cartésien, Tiedemann en partisan de Locke, Tennemann en disciple de Kant, le moment est venu pour le théoricien de l’éclectisme d'appliquer à l’histoire sa conception philosophique et, par l’histoire, de confirmer sa philosophie. Les travaux érudits se condensent de temps à autre en histoires générales, pour se résoudre quand le principe qui les ordonnait est ruiné : Cousin, avec un principe nouveau, tente une synthèse nouvelle.

La réflexion des penseurs, qui représente le plus haut effort de l'humanité, roule dans des cercles invariables, — sensualisme, idéalisme, scepticisme, mysticisme ?, — mais, dans ces retours périodiques, elle avance sans cesse; aux divers degrés de la civilisation « les mêmes problèmes enfantent les mêmes solutions dont le progrès se mesure sur celui de la raison générale » : recueillir ce qu’il y a d'essentiel et de permanent dans l’histoire, voilà donc où doit tendre plus que jamais le philosophe après qu’il s’est fait historien. Mais la loi selon laquelle l'unité doit se produire, V. Cousin ne la dégage point: son éclectisme n’est pas arrivé à se formuler

sage P ?

nettement. Sans doute, il a au moins entrevu l'idée hégélienne d’une philosophie qui se. développe à travers les systèmes, qui leur est supérieure et où ils aspirent”; mais il a surtout conçu l'éclectisme comme triage etconciliation: triage des vérités acquises, conciliation des points de vue exclusifs *.

Page 1