Bain
3. Dissertations and Discussions, II, cité par Cazelles dans la préf. de la trad. de la Philosophie de Hamilton. Voir Stuart Mill, Phil. de Hamilton, Logique; Bain, les Sens et l’Intelligence, les Emotions et la Volonté ; Spencer, Principes de psychologie; Ribot, la Psychologie anglaise contemp.; Liard, la Science positive et la métaphysique, chap. vr, la Phil. de l’associalion.
4. 1bid., p. xuv. Pour les lois de l’association, voir Mill, Phil. de Hamilton,
chap. x1 à x1v, Logique, liv. II, chap. vi, liv. VI, chap. 1v; Bain, les Sens et l’Intelligence.
il les fonda sur l’hérédité, et que, cherchant à concilier l’'ancien empirisme et le kantisme, il imagina, si l’on peut dire, une innéité acquise : « … Il y a du vrai dans la doctrine des « formes de l'intuition ».... Mais je soutiens que ces relations internes préétablies, quoique indépendantes de l’expérience de l'individu, ne sont pas indépendantes de l’expérience en général... Le cerveau représente une infinité d'expériences reçues pendant l'évolution de la vie en général; les plus uniformes et les plus fréquentes ont été successivement léguées, intérêt et capital, et elles ont ainsi monté lentement jusqu’à ce degré d'intelligence qui est latent dans le cerveau de l'enfant et qu'il léguera à son tour avec quelques faibles additions aux générations futures... Il arrive ainsi que de ces sauvages, incapables de compter au delà du nombre de leurs doigts et qui ne parlent qu’une langue qui ne renferme que des noms et des verbes, sortent à la longue nos Newton et nos Shakspeare’. » Telle est la « croissance » de l'esprit. .
Quelle que soit la force des principes qu’applique l'esprit adulte dans la connaissance scientifique, et quelque probabilité que leur donne la durée de l'expérience, ils n’en gardent pas moins un caractère relatif et précaire : « Il n’y a pas de proposition dont on puisse dire que toute intelligence humaine doit éternellement et irrévocablement la croire... Toute personne habituée à l’abstraction et à l’analyse arriverait, j'en suis convaincu, si elle dirigeait à cette fin l'effort de ses facultés, dès que cette idée serait devenue familière à son imagination, à admettre, sans difficulté, comme possible, dans l’un par exemple des nombreux firmaments dont l'astronomie sidérale compose l'univers, une succession d'événements toute fortuite et n’obéissant à aucune loi déterminée; et de fait, il n’y a dans l'expérience ni dans la nature de notre esprit aucune raison suffisante, ni même
1. Principes de psychologie, IN° partie, chap. 1v; t. E, p. 507.
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aucune raison de croire qu'il n'en soit pas ainsi quelque part”. »
À côté des traits communs, il faut marquer les différences que présentent Stuart Mill, Bain, et surtout Spencer. — Mill est un psychologue et un logicien : il perfectionne, mais renouvelle le phénoménisme idéaliste de Hume. Les phénomènes en groupes réguliers dont l’ensemble est connu sous le nom de matière sont pour nous des possibilités permanentes de sensation ?. Les sensations sont dans l'esprit, et c'est l’activité de l'esprit qui construit avec les sensations le monde, ses qualités primaires et ses lois. Cette activité de l'esprit, d’ailleurs, est pour Mill, comme pour Hume, l’écueil inévitable; il a eu beau améliorer la théorie associationiste, compléter l'explication positive, analytique, de la formation de l'esprit, il se heurte à cette mème difficulté : comment s'associent les phénomènes, et comment une série peut-elle se connaître comme série ? Et, après Hume, avec la même bonne foi admirable, Mill fait un aveu d’impuissance : « La chaîne de conscience qui constitue la vie phénoménale de l'esprit se compose non seulement de sensations présentes, mais aussi en partie de souvenirs et de prévisions. Or, que sont ces faits?.…. Ils présentent cette particularité que chacun d'eux implique une croyance à quelque chose de plus qu’à sa propre existence...
1. Mill, Logique, liv. IL, ch. xxr. Voir Taine, Stuart Mill (Histoire de la litt. angl., t. V). Cf. Herbert Spencer : «... La science n’a encore fait que systématiser l'expérience ; elle n’en a pas étendu les limites. Nous ne pouvons pas plus qu'auparavant dire si les lois sont aussi absolument nécessaires qu’elles sont devenues pour notre pensée relativement nécessaires... » Premie s Principes, dernière page. Voir Des lois en général, à la suite de La Classification des sciences.
2, Ces possibilités permanentes sont communes à nous el à nos semblables ; le monde des sensations possibles est régi, en outre, par des lois : il a donc une existence en dehors de nous; cette existence, cest un monde extérieur. « Ilest naturel, quand nous avons acquis l’idée de cause, que nous létendions, en généralisant, des parties de notre expérience à Sa totalité. » Phil. de Hamilton, x1, Théorie psych. de la croyance au monde exlérieur, et appendice aux chap. xr et x. « Mais, ajoute Stuart Mill, je ne crois pas qu’on puisse prouver qu'il y a quelque chose de réellement extérieur à nous, à l'exception des autres esprits. » Jbid., xt, p. 225, note. Voir aussi un passage, cité dans cette note, du professeur Fraser. |
Si donc nous regardons l'esprit comme une série de sentiments, nous sommes obligés de compléter la proposition, en
l'appelant une série de sentiments qui se connaît elle-même
comme passée et à venir; et nous sommes réduits à l’alternative de croire que l'Esprit, ou Moi, est autre chose que les séries de sentiments, ou de possibilités de sentiments, ou
bien d'admettre le paradoxe que quelque chose qui, ex hypo-
thesi, n’est qu'une série de sentiments peut se connaître soimême en tant que série. — La vérité est que nous sommes en face de l’inexplicabilité finale à laquelle... nous arrivons inévitablement quand nous touchons aux faits ultimes... !. » « Je présente ces faits (la Mémoire et l'Expectation) comme inexplicables dans la théorie psychologique, je les laisse à l'état de purs faits, sans faire de théorie; je n’admets pas que l'hypothèse de la Possibilité Permanente donne une théorie suffisante du Soi... » — Ainsi nous ne connaissons que des élats de conscience, et nous sommes obligés de reconnaître
un Moi auquel nous ne pouvons que donner son nom propre,
sans qu'il participe de la nature des choses qui répondent à nos noms ?,
Stuart Mill, en philosophe anglais, ajoute à sa psychologie
posilive une doctrine religieuse. La Nature ne lui suffit pas sans Dicu*. Il n’admet point, d’ailleurs, qu’on connaisse
1. Chap. xn, pp. 234-935. Cf. appendice, p. 237, et pp. 247-951.
2. P. 250. « Nous placons-nous au point de vue des sceptiques, et disonsnous que nous ne connaissons rien de plus que nos impressions et nos idées elles-mêmes; qu’elles sont pour nous les seules choses existantes, et que la personnalité, leur prétendu support, est une pure fiction ?... Cette proposition, verbalement intelligible, mais en réalité inconcevable, suppose ellemême la croyance qu’elle a la prétention de repousser. En effet, comment la
conscience peut-elle se résoudre complètement en impressions et en idées,
quand une impression implique nécessairement l'existence de quelque chose d’impressionné? Ou bien encore, comment le sceptique qui a décomposé sa conscience en impressions et en idées, peut-il expliquer qu'il les regarde comme ses impressions et ses idées? Ou, encore une fois, si, comme il y est forcé, il admet qu’il a une intuition de son existence personnelle, quelle raison peut-il alléguër, pour rejeter cette intuition comme n'étant pas réelle, tandis qu’il accepte les autres comme réelles... » Herbert Spencer, Premiers Principes, $ 20. Pourtant Spencer conclut que « la connaissance de la personnalilté est interdite par la nature de la pensée ». 3. Voir Essais sur la Religion.
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PAbsolu, Dieu, par une connaissance immédiate ou intuitive : l'Absolu est incognoscible, mais il est concevable. Tout ce qui se rapporte à Dieu est matière d’inférence a posteriori : seulement les attributs relatifs sous lesquels nous le conce-
vons, nous pouvons les penser à un degré qui dépasse tous
les degrés limités". — Stuart Mill, en somme, trouve sous les phénomènes le moi et Dieu. Il est évident que la préoccupation positiviste le retient dans un scepticisme prudent qui ne le satisfait point; et il est évident qu'il tend à cet idéalisme berkeleyen — où d’ailleurs l’objet ne se comprend guère — que la méthode expérimentale avait corrigé dans le prudent
scepticisme de Hume.
Bain, lui, n’est pas un psychologue seulement et un logicien, mais un physiologiste : il a étudié les relations de l’esprit et du corps, et il a déclaré qu'il y a corrélation entre le corps et l'esprit : les forces mentales dépendent de l’activité du cerveau; « il y a une relation définie (bien qu’elle ne soit pas numériquement déterminable) entre la somme des opérations physico-mentales et la somme des actions purement
physiques. Les unes et les autres sont comprises dans la
grande oxydation totale de l'organisme; et plus les unes absorbent de force, moins il en reste pour les autres. Telle est la formule de la corrélation de l'esprit avec les autres forces de la nature *. » Qu'est-ce, d’ailleurs, que le corps, la malière, le monde? « Le monde ne peut être connu que par
son rapport avec l'esprit. La connaissance est un état de
l'esprit; la notion d'une chose matérielle est une chose mentale. Par une illusion de langage, nous nous imaginons être capables de contempler un monde qui n’entre pas dans notre propre existence mentale. Mais cette tentative se détruit