Essais de critique générale
mais que la conscience veut; elles ne font, au surplus, que couronner les lois des phénomènes, se réalisent dans les phénomènes, et n’impliquent rien d'autre que les phénomènes. . Mais il est remarquable que, pour le postulat de la divinité, les vues de M. Renouvier se sont.peu à peu étendues, « sans que j'aie dépassé, dit-il, 4! me le semble du moins, les strictes . bornes du criticisme phénoméniste . Tout l'effort de ce penseur a tendu à assurer, à ei la pluralité, lautonomie des êtres; mais il y a de l'unité aussi et un « système universel » : il en vint donc à se dire qu'il faut choisir entre le principe d'unité primitive et celui de pluralité originelle; il en vint à opter pour le principe d'unité première, c'est-àdire à croire qu'une conscience, — car sans représentations point de phénomènes, — une personnalité divine, se trouve en decà des limites de la connaissance. S'il n'y a point une unité, une universalité de conscience, — ne parlons point d'infinité, — « l'unité, l'harmonie dés lois ne résidant plus qu'empiriquement dans les fails, sans aucun fondement assignable, la raison pratique aura de la peine à trouver pour ses postulats d’aussi claires garanties que dans l’hypothèse de l'unité de conscience première ? ». On peut donc supposer qu'un Dieu cause de soi, en se créant, pour ainsi dire, se crée comme créateur. Dès lors, il n'y a plus pour le créateur et la création qu’un mystère, qui est au fond de toutes les doc- trines : « à savoir le premier pourquoi de l'être ou de la pensée, et l'établissement de l'individuation sous l'empire des lois générales, par l’acte de la première pensée *
Effort étrange et puissant : pour échapper à la contradiction d'une substance qui change, d’une unité multiple, se plonger dans le multiple et le changeant; puis revenir à l'Un et chercher un « point fixe »; postuler une conscience première pour expliquer l'harmonie, et un Supérieur originel pour esquiver
1. Esquisse, t. Il, p. 395. Cf. Essais de crilique générale : les Principes de la Nature (2° édit., 1892).