‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 218 sur 277 · Herschell, Discours, par · texte numérisé non relu

Herschell, Discours, par

tives des corps et des êtres, et des classes où ils se rangent. Il y a les sciences d’induction et les sciences de classification : mais les deux points de vue ne sont jamais absolument distincts. Non seulement les unes ne sont pas étrangères à la considération des corps et des êtres, les autres à celles des phénomènes et des propriétés, mais celles-ci cherchent à

établir dans les corps*et les êtres des rapports de succession,

celles-là entre les diverses propriétés des rapports de coexistence : et, quelque utilité qu’ait la distinction des sciences, elle a aussi quelque chose de factice et de trompeur. L'Empirique, c'est donc la nature étudiée dans les successions et les coexistences constantes des phénomènes. Que faut-il entendre par là? — Nous ne pouvons concevoir les phénomènes — en dépit de l'individualité que paraît posséder chacun dans la conscience — que comme formant une trame continue !, et nous ne pouvons concevoir cette trame qu'à l'instar de celle dont est tissé le moi. Dire, comme le fait le savant, qu'il y à des causes et des effets et que tout fait a une cause, ou que la causalité est universelle, c’est exprimer, en somme, la relation dans le multiple et la continuité dans la succession; et déclarer qu'il y a constance de rapport entre

l'effet et la cause, que la mème cause produira toujours le

même effet, c'est admettre très manifestement que les phénomènes ne sont rien sinon l'expression d'une réalité qui persisle sous le changement et qui règle le changement même ?.

1. Voir sur ce point Lalande, Remarques sur le Principe de causalité, Rev. phil., sept. 1890, et Lectures scientifiques. « L'univers ne serait pour qui lenvisagerait tel qu’il est qu’un grand fait unique » Laplace. Dans Prine. prim. cognit. mel. nova dilucidatio, Kant montre qu’aucun Changement ne peut arriver aux substances qu’autant qu’elles sont liées entre elles : leur dépendance réciproque détermine les changements mutuels (Hart. 1, 393); cf: Cril: de la Raïson pure, par. 256; le principe des analogies de l'expérience est que : l'expérience n’est possible que par la représentation de l’union nécessure des perceptions.

2. Aucun phénomène n'étant indépendant d’aucun de ceux à qui il succède et d'aucun de ceux avec qui il coexiste, ce qu'on nomme scientifiquement la cause — tout en rappelant cette relation universelle des phénomènes — exprime le rapport le plus immédiat et le plus utile à connaître : mais lu véritable cause, est un ensemble tel que l’elfet s’en trouve résulter tout entier; et le véritable elfet, c’est un phénomène pur, c’est-à-dire quelque chose qui n’est nouveau que par l'apparence.

Le principe de causalité : tout fait a une cause, c'est le temps appliqué au multiple qualitatif;:et le principe des lois : la mème cause produit le même effét, c'est le principe d'identité appliqué à la causalité. Or nous connaissons l'origine, + signification de ce concept de temps, de ce principe d’ identité. __ De même, établir des genres, c'est admettre que les : groupes de phénomènes — et les classes que forment ces groupes — sont supportés par une réalité qui les unit, qui maintient dans le temps leurs rapports de coexistence et qui résiste au changement : le savant applique l'unité d’un espace réel au multiple qualitatif. Mais les coexistences ne se produisent qu’en vertu de la causalité et ne persistent que dans la mesure où la causalité le permet : la définition et la clasla causalité. Un objet, quoi qu'on ait dit, ne peut pas être à la fois blanc et noir : non

sification sont subordonnées à

seulement nous n'avons jamais rien vu de tel, mais nous défions en quelque sorte l'expérience de nous offrir rien de tel jamais : par contre, il peut y avoir des cygnes noirs, — même si nous n'avons observé que des cygnes blancs, — à moins toutefois que nous n’ayons établi un rapport de dépendance — de causalité, en quelque sorte, dans la coexistence — entre la blancheur et tel autre caractère qui lui-même a sa cause : dans ce cas, le second caractère ne disparaitrait que par la disparition du premier, et la définition empirique se rapprocherait à quelque degré de la définition géométrique, explicative et causale. L'objet qui est blanc, une classe d'objets qui possèdent ce caractère, ne deviendront noirs que s'il n'y à pas de cause pour qu'ils restent blancs ét s’il y en a pour qu'ils deviennent noirs '. Tous les hommes sont mortels, non parce que jusqu'ici tous les hommes sont morts, mais parce qu'il y a une cause physiologique à la mort : et l’homme ne serait plus homme si cette cause venait à disparaître.

1. Voir Milhaud, op. cit., pp. 20 sqq., pour le point de vue opposé.

Que sont, en définitive, les Loës physiques et naturelles? — Si on les considère objectivement, ce sont des uniformités de succession et de coexistence, ce sont des faits généraux, ce sont des rapports de rapports. Si on les considère au point de vue subjectif, ce sont des nécessités affirmées par l'esprit, non pas en vertu de l'habitude, — comme disait Hume, — non en vertu d'une loi formelle de l'esprit, — comme le voulait Kant, — mais en vertu d'une loi réelle, en vertu de l'être même que l'esprit manifeste : et si, de ce point de vue, on revient à l'objet, la loi, c’est l'affirmation de l'être sous le phénomène objectif. À priori nous ne connaissons pas la cause ou l'ellet d'un phénomène; a priori nous ne pouvons —— Comme on le croyait jadis‘ — dégager la loi de la nature des choses : Hume a raison. Mais 4 priori nous savons, nous déclarons qu'il y a cause et effet, rapport constant entre la cause et l'effet. Cette exigence — cette hypothèse, si l'on veut — de l'esprit fonde le déterminisme; et « c’est précisément le sentiment du déterminisme absolu des phénomènes qui caractérise le vrai savant », comme l'a dit Claude Bernard?. « Le principe absolu des sciences expérimentales est un déterminisme nécessaire et conscient.dans les conditions des phénomènes. De telle sorte qu'un phénomène naturel, quel qu'il soit, étant donné, jamais un expérimentateur ne pourra admettre qu’il y ait une variation dans l'expression de ce phénomène sans qu'en même temps il soit survenu des conditions nouvelles dans ses manifestalions: de plus, il a la certitude à priori que ces variations sont déterminées par des rapports rigoureux et mathématiques. L'expérience ne fait que nous montrer la forme des phénomènes; mais le rapport d’un phénomène à une cause déterminée est nécessaire et indépendant de l'expérience, et il est forcément mathématique

et absolu. Nous arrivons ainsi à voir que le principe du crite-

rium des sciences expérimentales est identique au fond à

l. Bruno, Campanella.

celui des sciences mathématiques, puisque de part et d’ autre ce principe est exprimé par un rapport des choses nécessair @ et absolu. » La science empirique repose sur la même base que la mathématique; elle se prête à devenir mathématique; elle ne se parfait qu’en devenant telle résolument : et c'est une incontestable vérité qu'on n'induirait point si lon ne pouvait pas déduire.

Rien ne vient de rien : voilà la traduction en langage de changement du principe de l'être : ce qui est est. Or « on peut véritablement affirmer que l'intelligence humaine commence et finit avec ce principe... Il est curieux de remarquer l'unanimité et l'insistance avec lesquelles les anciens philosophes grecs déclarent que rien ne peut absolument naitre ou périr'. » « Je trouve, a dit Kant, que, dans tous les temps, non seulement le philosophe, mais le vulgaire même, a supposé cette permanence comme un substratum de tout changement, etille supposera toujours comme indubitable.…. Un philosophe à qui l’on demandait quel est le poids de la fumée répondit : retranchez du poids du bois brûlé celui de la cendre, et vous aurez celui de la fumée *. » Mais comment ces vues théoriques ont été — depuis un siècle surtout — confirmées par la science posilive, comment en égalilés quanlitalives ont pu s'exprimer bien des changements de qualité, comment une évolution s’accentue qui fait avancer les sciences physiques et chimiques vers les sciences mathématiques, et les sciences naturelles vers les sciences physiques et chimiques ?, est-il nécessaire de le rappeler ici? L'établissement

ji. Stallo, {a Malière et la physique moderne, p. 47, note. Il cite Diogène d’Apollonie, Parménide, Empédocle, Démocrile, Epicure... Cf. Berthelot, {& Révolution chimique. È

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