‹ La Synthèse Des Connaissances Et L'HistoireChapitre 221 sur 277 · DER SR PE · texte numérisé non relu

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salité, et l’expliquent. Tout phénomène a une cause, et {a méme cause produit le méme phénomène : mais pour que ce principe-ci trouve son application, il faut précisément qu'il y ait du même. Le principe d'identité n’étaye que des lois conditionnelles; c'est le principe d’unification qui vraiment est le principe des lois, qui implique des lois réelles : sur l’un repose la stabilité éventuelle des rapports dans le mulüple; mais sur l’autre, leur généralité dans l’unifié et, par suile,

ES UE à à 4 ù leur stabilité effective. Le sujet veut /e méme et conçoit

l'objet d’après lui, — tel est le sens du principe d'unificalion; l'objet fournit le méme : le sujet en peut conclure que son pressentiment est fondé et que l’objet offre le méme parce qu'il le veut également. Constater les lois naturelles, c'est donc, au fond, — sans que le savant en ait toujours conscience, — constater le travail unifiant de la nature. Poursuivons notre analyse. Le même mot de Lot sert pour désigner non seulement les rapports généraux et stables qu'établit la science positive, mais aussi les inventions plus ou moins provisoires qui tendent à créer des relalions générales et stables entre les hommes. La loi est là quelque chose d'impérieux, et ici quelque chose d’impératif : tantôt elle implique nécessité, et tantôt obligation. Or ce n'est pas sans raison qu'un terme unique comporte ces deux emplois dif'érents. La morale proprement dite et la morale sociale — c’est-à-dire le droit, civil et criminel, constitutionnel, international ! — imposent par le dedans et par le dehors, par l'accord des consciences et l'association des activités, une certaine unification de l'humanité. Ces inventions humaines résultent d’un besoin profond, de la nature même des choses? : le besoin d'unification enfante des moyens de se satisfaire; et, tant que cette unification n’est pas réalisée, d'une part ces moyens ont un caractère contraignant, d'autre part ils ont

1. 11 y a une morale supra-sociale ou religieuse qui cherche l'unification totale. Voir plus loin.

2, Toute société humaine a ses lois, même la société criminelle. Voir Dostoïiewski, la Maison des morts.

une valeur précaire; ils se renouvellent sans cesse, précisément pour que la fin où ils tendent se réalise. « Tous les êtres ont leurs lois », comme dit Montesquieu, « la divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l’homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, l’homme a ses lois »;.et il ajoule un peu plus loin : « Mais il s'en faut bien que le monde intelligent soit aussi bien gouverné que le monde physique... L'homme, comme être physique, est, ainsi que les autres corps, gouverné par des lois invariables ; comme être intelligent, il viole sans cesse les lois que Dieu a établies, et change celles qu’il établit lui-même. »

Or, ces deux sens du mot /oi et ces deux catégories de lois s’éclairent réciproquement. La loi qui se fait explique la loi faite, et la loi faite la loi qui se fait. Dans la science, d’abord, le principe d'unification s'est manifesté surtout comme principe d'ordre : il y a du même; puis — de plus en plus — comme principe d'intelligibilité : il y a un devenir unifiant. Les lois faites devaient apparaître, dès lors, comme des élapes de l'unification, comme des degrés, en quelque sorte, de synthèse; les lois qui se font, comme le complément des lois faites, comme le {âtonnement d’une synthèse à venir. Il était naturel que la stabilité des synthèses partielles, que la rigueur des lois fût décroissante d’un degré inférieur à un degré supérieur des choses ‘. IL était probable — et tout confirme celte façon de voir — que les lois les plus immuables n'avaient pas toujours existé : les lois chimiques sont invariables, ou du moins leur variabilité nous échappe; mais elles ont dù exister d'abord virtuellement, à l’état de lois morales que les atomes se seraient formulées s'ils l'avaient pu. L'intérêt de l’histoire proprement dite, de l’histoire humaine, exprimé, La a de som beau les de nosope falien Capri © à prit, des idées plus ou moins analogues à celles-ci. La finalité, ditil, est à certains égards moins imparfaite dans les molécules que dans les éléments organiques, dans les éléments organiques que dans les éléments psychiques,

dans les éléments psychiques que dans l'esprit, dans les esprits inférieurs que dans lés esprits supérieurs.

devenait double — selon qu'on la considérait par rapport à

l’avenir et comme tendant à un but, ou par rapport au passé et comme continuant un effort. La science et la pratique se rejoignaient : le principe d’unilication, qui exprime le besoin d'unité dans l’esprit, se trouvait rattaché à la manifestation de

ce besoin par la volonté. L'ensemble des choses devait donc

constituer comme des règnes superposés l’un àl’autre, aspirant

lun vers l'autre, continués l'un par l’autre : le règne inorga-

nique, le règne organique, le règne moral — ce dernier règne conservant la vertu évolutive qui lui avait permis d'apparaitre.

On voit sur quelle base profonde repose celte hypothèse scientifique de l'évolution, dont il ne saurait êlre question

de retracer ‘ici les progrès. — Sans doute, les mailles du

savoir positif ne se joignent pas encore. Il faut distinguer soigneusement entre la conception fondée sur le besoin de l'esprit et l'acquis provenant de l'observation des faits : on peut aîlirmer qu'il n'y a pas eu de lacunes dans l’évolution; on ne saurait à priort expliquer tout le cours de l'évolution ni choisir telle explication de détail. Mais, d'une part, la paléontologie, la morphologie générale et l'embryogénie s’éclairent réciproquement, et l’Historique s'enrichit chaque jour de chainons nouveaux. D'autre part, le fondement de l'Historique ne pourra qu'apparaître de mieux en mieux. Il est élrange, évidemment, de construire une théorie de l'évolution — comme l’a fait Spencer à l’aide de la conservation de l'énergie — sur un principe d'immobilité, le principe d'identité : l'évolution ne peut se comprendre que par un principe de mouvement — et de mouvement intérieur. Et dès lors on voil comment tombe l'objeetion, — si volontiers faite à toutes les théories d'évolution, si justement faite à certaines, — que le passage de l'inférieur au supérieur est inexplicable : l'inférieur ne peut passer au supérieur que si le supérieur est impliqué dans l’inféricur : or l’unilicalion qui résulte du besoin d'unité, avant d'èlre réalisée, existe, par le besoin même, en puissance.

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