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faits généraux, et dans celle des lois qui les rattachent les uns
- aux autres. Peu importe le langage par lequel on les exprime, - et qui fait si souvent illusion même aux auteurs des décou-
vertes. Le langage est une affaire d'exposition, plutôt que d'invention véritable : les signes n’ont de valeur que par les faits dont ils sont l'image. Or les conséquences logiques d’une idée ne changent point, quelle que soit la langue dans laquelle
- On Îla traduit !. » Une théorie peut avoir rendu des services
et céder pourtant la place à une autre : ni la première n'est fausse pour cela, ni la seconde vraie: mais celle-là était insuffisante, et celle-ci satisfait l'esprit davantage.
Si la théorie atomique, non plus comme hypothèse chimique, mais comme aperçu du fond des choses, soulève des
1. Berthelot, /a Synthèse chimique, pp. 164-171. Cf. Origines de l'Alchimie : « Toutes les théories d’atomes, d'éléments, de fluides, naissent d’une invincible inclination de l'esprit humain vers le dogmatisme; la plupart des hommes ne supportent pas demeurer suspendus dans le doute et dans Pignorance; ils ont besoin de se forger des croyances, des Systèmes absolus » (p- 320). Voir Stallo, op. cit.; Henri Poincaré, sur la théorie cinétique des gaz (Rev. gén. des sciences, 30 juillet 1894) : «Il ne s’agit pas de savoir si elle est vraie; ce mot en ce qui concerne une théorie de ce genre n’a aucun sens (C’est lui qui souligne). Il s’agit de savoir si sa fécondité est épuisée ou si elle peut encore aider à faire des découvertes »; cf. Cours de physique mathématique (Électricité et Optique), t. I, introduction. Duhem, Introd. à la mécanique chimique (1893), cite à plusieurs reprises d’intéressants passages d'Henri Sainte-Claire-Deville (pp. 67, 89 notamment, où il montre combien il faut se méfier des hypothèses considérées comme de véritables erplications). « L'histoire du développement de la physique, dit Duhem, nous montre qu’une théorie serait bien présomptueuse en se flattant d’être définitive; nous ne voyons guère les théories s'élever que pour crouler. Mais, en s’écroulant, une théorie qui a été construite avec le désir sincère de parvenir au vrai, ne disparait jamais complètement. » I] ajoute que « l'amour-propre d’inventeur, l’attachement obstiné aux idées reçues, le respect exagéré de l’autorité », mais surtout « le besoin qu'a l’esprit humain
.de grouper tant bien que mal les phénomènes autour de quelques idées »
font que « on ne peut chasser de la science une idée fausse lorsqu'on se contente d’en démontrer la fausseté; il faut en outre créer l’idée juste qui doit la remplacer » (pp. 176-177). Copernic (cité par Duhem) avait dit déjà au début de son De revolutionibus cœlestibus, en parlant des théories : « Neque… necesse est eas hypotheses esse veras: imo, ne verisimiles quidem; sed sufficit hoc unum, si calculum obseryationibus congruentem exhibeant ». (Cf. Ostwald : « L'hypothèse est un outil que l’on rejette aussitôt qu’il ne répond plus à l’état actuel de l’objet que l’on travaille. » Op. cit. p. 4.) Citons encore sur les théories physiques, sur «l’abandon de toutes les explications figurées fondées sur d’hypothétiques propriétés de la matière », Bouasse, De la nature des explications des phén. nat. dans les sciences expér., Rev. de mét. et de mor., mai 1894.
difficultés plus grandes encore, — en sorte que l’atomisme sous la réflexion Re finit UNE par se transformer et se dénaturer plus ou moins', — il n’y a donc pas à s'en mettre en peine. Il n’y a pas à se mettre en peine des antinomies du plein — qui est incompréhensible — et du vide — qui l’est plus encore?; du choc mécanique — qui n’est point partout apparent, — et de l'action à distance — qui est « révoltante » pour l'esprit. « Il est inconcevable, a écrit Newton lui-même dans sa troisième lettre à Bentley, que la malière brute inanimée püt, sans la médiation de quelque autre chose qui n’est pas matériel, agir sur d'autre matière et l'affecter, sans contact mutuel, comme ‘cela doit arriver si la gravitation, au sens d’Epicure, lui est essentielle et inhérente. Et c'est pour cela que je vous prie de ne pas m'attribuer la pesanteur innée. Penser que la pesanteur soit innée, inhérente, essentielle à la matière, de telle sorte qu’un corps püût agir sur un autre à distance, à travers un vide, sans l'intermédiaire de quelque substance par le moyen de laquelle leur action puisse être transmise de l’un à l'autre, c’est pour moi une absurdité si grande que je ne crois pas que jamais un homme ayant en matière philosophique une faculté de penser compétente, puisse y tomber. La pesanteur doit être causée par un agent agissant constamment d’après certaines lois; mais cet agent est-il matériel ou immatériel? Je l’ai laissé aux réflexions de mes lecteurs *. »
Ces conceptions de plein et de vide, de choc et d'action à distance, comme celle d'atomes, ne peuvent expliquer le
4. Voir, dans l'Année philosophique 1891, Pillon, l’Évolution historique de l’atomisme. À propos des atomes étendus et indivisibles de la physique, Leibnitz (cité par M. Pillon, p. 89) disait : « On peut borner les recherches, là où on le trouve à propos. Mais il ne faut s'arrêter en si beau chemin lors-! qu’on désire avoir des idées véritables de l'univers... » Voir aussi Mabilleau, Histoire de la philosophie atomistique, et Hannequin, Essai critique sur l’hypothèse des atomes dans la science contemporaine.
2. Aussi en vient-on à combler le vide avec l’éther: mais c’est le plein; ou bien dans l’éther on met des atomes : mais alors on retrouve le vide.