Voir plus haut, pp. 76 et
mots dans un bon sens. Il devance son milieu par l'intensité même de la représentation qu'il a de la société.
Quand on voit dans l'évolution sociale et dans la différenciation individuelle — qui y est liée à la fois comme cause et comme effet — la conséquence de l'accroissement de volume et de densité des sociétés, — conséquence mécanique d'un phénomène mécanique, — on n'explique rien. Si la société « n'est pas plus notre œuvre que le monde extérieur' », la société et l'individu sont également incompréhensibles. Quand on montre, au contraire, que la société, fondée sur des virtualités humaines, développe ces virtualités dans les individus et se développe par elles, peut-être rend-on mieux compte à la fois de la société et de l'individu : on les explique précisément l'un par l'autre, sans que la réalité de l'une se trouve diminuée par la valeur de l'autre. Les individus, qui ne sont pas asociaux, ne sont pas également sociaux, d'une façon générale ne sont pas identiques. Il est naturel que la société, fondée sur la nature sociale des individus, utilise, et développe par le fonctionnement, les diversités individuelles : comment peut-on comprendre qu'elle les crée^.»* Qu'on lise attentivement les pages de la Division du travail social où Durkheim s'attache à ce problème^, il est impossible qu'on ne soit point frappé de ce qu'il y a ici d'embarrassé : cet esprit si net et si vigoureux d'habitude, pris entre sa thèse et le sentiment de la réalité, fait des concessions à celle-ci, pour les corriger ensuite par des restrictions en sens inverse^.
I. Division du travail social, p. 335; voir aussi la note de la page 33o, que nous avons citée déjà p. iSg.
3. « Si de chacun [des individus] on retire tout ce qui est dû à l'action de la société, le résidu que l'on obtient, outre qu'il se réduit à peu de chose, n'est pas susceptible de présenter une grande variété. Sans la diversité des conditions sociales dont il dépendent (?), les différences qui les séparent seraient inexplicables. « Ibid., p. 329.