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l\. P. 338 : « Sans doute, il serait exagéré de dire que la vie psychique ne commence qu'avec les sociétés ; mais il est certain qu'elle ne prend de l'extension que quand les sociétés se développent. » P. 3^2 : « Sans
l'invention en morale 175
c) Insistons quelque peu sur le rôle de Tinventeur dans l'évolution juridico-morale et dans l'évolution économique.
S'il est acquis que la morale est d'origine sociale, qu'elle répond à un besoin de la vie en société, et que le droit est un minimum de morale, considéré comme indispensable et assuré par des sanctions matérielles ; s'il est manifeste que les institutions juridico-morales d'une société sont en rapport étroit avec les conditions propres à cette société, il n'en résulte pas du tout qu'il n'y ait point de place ici pour l'initiative individuelle. Peu apparente dans les sociétés inférieures, celle-ci joue, semble-t-il, dans les sociétés civilisées, un rôle de plus
doute, c'est une vérité évidente qu'il n'y a rien dans la vie sociale qui ne soit dans les consciences individuelles ; seulement, presque tout ce qui se
trouve dans ces dernières vient de la société Produits de la vie en
groupe, c'est la nature du groupe qui seule peut les expliquer. » Ibid., note 3 : Sans doute, elle [la société] n'a pas d'autre substrat [que les individus] ; mais parce qi.ie les individus forment une société, des phénomènes nouveaux se produisent qui ont pour cause l'association et qui, réagissant sur les consciences individuelles, les forment en grande partie. » Page SSg, il montre bien le développement de l'individualité ; mais il conclut en disant que la vie de la société devenant plus libre, les consciences individuelles en reçoivent le « contre-coup ». — Durkheim fait souvent des concessions de bon sens aux objections qu'il prévoit ou à celles qu'on lui pose (dans les discussions de la Société de Philosophie ; par exemple, voir Bulletin de mai 1906, p. 188 : «... La société fait l'individu et les individus font la société. Aussi on peut dire que, même à l'origine, l'individu jouait quelque rôle dans la société ; mais ce rôle a cru en importance. La question est de savoir comment ce progrès s'est réalisé. ») Du reste, ses idées, à l'origine, étaient peut-être moins absolues qu'elles ne le sont devenues. Il y a, dans la Diuision du travail social, — avant que la contradiction, la critique, cette sorte de nécessité aussi de suivre ceux de qui l'on est suivi, l'eussent rendu plus systématique, — une part relativement assez large concédée à l'individu : voir pages 89 (sur la sociabilité), 172 (sur l'individualité du chef primitif qui peut « produire du nouveau »), 175 (sur l'individualité en général). Sans doute, les causes qui développent l'individualité sont données comme mécaniques (voir pp. 26/1, 272, 299, 288-289...), mais cette individualité est bien mise en lumière. Du reste, dans la Dii'ision, Durkheim ouvrait plus les yeux sur la société actuelle, puisque son point de départ était la crise morale du temps présent. Dans les Règles, puis (cela se conçoit) dans ses travaux de l'Année Soc. sur les sociétés inférieures, il nie, rabaisse ou néglige davantage l'individualité. Tout au moins avons-nous cette impression.
en plus éclatant. Remarquons que la distinction, établie plus haut, entre l'agent social et l'inventeur social, bien que théoriquement exacte, est d'une application délicate, surtout pour les origines de la civilisation. L'intuition qui relie l'individu à son milieu, le besoin qui lui est commun avec ce milieu, mais qu'il ressent plus vivement, et, d'autre part, le travail rationnel dans lequel consiste proprement l'invention sociale, se mêlent à des degrés divers. Mais c'est la part de l'invention réfléchie, précisément, qui devient de plus en plus considérable et de plus en plus visible. Il semble que l'évolution tende à rendre la société — qui déjà est intérieure aux individus — toujours plus consciente à un nombre croissant d'individus, jusqu'à cette limite oij la représentation de la société serait parfaite en tous, 011 la conscience sociale serait comme un miroir à facettes dont chaque facette refléterait complètement la société, où l'union reposerait sur l'assentiment réfléchi des unités composantes. On prétend que, plus la civilisation se complique, plus l'individu sent la société comme « transcendante » par rapport à lui, — tandis que « chacun des membres d'une petite tribu australienne porte en lui l'intégralité de sa civilisation tribale' ». Mais cette société transcendante, le civilisé la réfléchit, la connaît de plus en plus nettement comme objet ; et ainsi, ou il se l'assimile, ou il cherche à la modifier rationnellement".
A bien des reprises, en ces dernières années, dans des dis-