Bulletin de la Soc. fr. de Phil., avril 190O, p. i3i
2. «... La société réelle a une double existence. En un sens elle est dans la mesure où elle est nature et spontanéité pure. Son unité organique est alors faite d'inconscience. L' « àme collective n doit sa réalité relative à l'effacement des individus, à cette unanimité irréfléchie qui atteste qu'aucune n'a réellement pensé ce que tout le monde pense, et qui ne résulte que de l'entraînement et de la contagion imitative. Mais la société existe aussi et surtout en tant qu'elle est association consciente et
systématique fondée sur le consentement et le contrat L'esprit établit
son règne sur l'animalité sociale » G. Belot, En quête d'une morale positive, in Rev. de ilét. et de Mor., sept. 1905, p. 760.
L OVENTION EN MORALE l'JJ
eussions qui ont été parfois très vives', on a soutenu contre le sociologisme de Técole durkheimienne l'autonomie relative de l'individu, et mis en lumière le rôle de la raison sociale. On a objecté, sous des formes diverses, que le mouvement pour aller au delà de ce qui est ne s'explique guère si la morale est une donnée que la société impose à l'individu : sous des formes diverses, et quelquefois en lui faisant la part trop belle, on a montré que, pour qu'un ressort meuve la société, il faut que ce ressort meuve l'individu lui-même- ; on a déclaré que la raison sociale, c'est l'idée d'un mieux, d'une organisation à poursuivre, le « sentiment que quelque chose est à faire » (Rauh), — le besoin logique, comme nous l'appelons, — qui, toujours plus conscient et plus exigeant, dépasse la société et va jusqu'à développer des devoirs qui ne sont pas proprement sociaux ^ On a opposé à la théorie sociologique des faits d'observation, — « qu'il arrive presque toujours un moment où, dans la réalité sociale, des consciences individuelles s'insurgent contre les impératifs collectifs, conçoivent des impératifs nouveaux, font des hypothèses pratiques nouvelles. » « En fait, toutes les grandes consciences initiatrices de règles morales supérieures, affirme-t-on, ont pensé de cette façons »
1. ^ oir notamment Bulletin de la Soc. fr. de Phil., avril iqo6, mai 1906 (^La détermination du fait moral), mai 1908 ÇLa morale positive), mars 1910 (^La notion d'égalité sociale), juin 19 10 (Les fondions de la raison : discussion, — sur une communication de L. Brunschvicg, — qui, sans Aviser la sociologie durkheimienne, complète les discussions précédentes).
2. On ne saurait trop souligner l'importance (et Durkheim souligne lui-même) de cette phrase : « [La science] nous dit seulement ce qui est nécessaire à la vie. Mais comment ne pas voir que, à supposer que l'homme veuille vivre, uûe opération très simple transforme immédiatement les lois qu'elle établit en règles impératives de conduite ? » Préface de la i''^ édition de la Division du travail social; 2^ éd., p. xl. Toute la logique peut rentrer par cette volonté de vivre.