‹ La synthèse en histoireChapitre 111 sur 224 · L INVENTION EN MORALE I · texte numérisé non relu

L INVENTION EN MORALE I

dant tout le moyen âge. » Les plans de réformes qui ne sont d'abord qu'utopie peuvent se « transmuer en un idéal positif et aboutir à des revendications pratiques' ».

Sans cesse, avec une parfaite bonne foi, en réponse aux objections qu'on lui adresse, Durkheim fait d'importantes concessions. « Les théories juridiques, dit-il dans une discussion sur la détermination du fait moral, ont certainement eu une influence sur l'évolution du droit, comme celles des moralistes sur l'évolution de la morale. Elles sont elles-mêmes des faits qui ont eu des conséquences. Et je n'entends pas nier ces faits ; mais je me refuse à y voir les faits moraux

par excellence ' » « Il n'est pas douteux, ajoute-t-il dans la

même circonstance, que la réflexion tend à devenir un élément de la moralité ; mais il s'agit de savoir si c'est un élément nécessaire, sans lequel la morale ne saurait exister et qui doit être mis sur le même plan que son caractère social'. » Et voici, dans la discussion sur la notion d'égalité sociale, une déclaration à la fois très catégorique et très prudente : « Pour ce qui concerne le rôle que joue dans notre vie morale le 6esoin logique, j'ai simplement entendu dire que nous ignorions totalement quelle en était l'importance; que même, selon toute vraisemblance, \\ était assez limité. Une théorie qui repose sur un postulat contraire me paraît donc un peu risquée^. » Qu'elle soit ou non un élément constitutif de la moralité, la réflexion est donc bien un facteur de l'évolution morale, — dont le rôle reste à déterminer, — et une pièce nécessaire de l'explication historique.

Il est vrai que, lorsque Durkheim concède quelque influence à la réflexion, au besoin logique, on peut avoir des doutes sur la portée de cette concession. Tout en reconnaissant le rôle du penseur, du « savant » social, il voudrait

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