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économique est une fonction de Pêtre social et doit être traitée comme telle dans la science. Et ici se pose à nous la question du rôle et de la portée de la méthode statistique.

Personne ne peut contester que la statistique, qui fournit des données exactes, qui établit en toute certitude — au moins théoriquement — des relations de phénomènes, des régularités de rapports, est, par excellence, l'instrument qui permet l'étude expérimentale des phénomènes de masse, plus particulièrement des phénomènes économiques. Mais disposât-on, pour l'étude économique des sociétés, de statistiques et plus nombreuses et plus parfaites que ce n'est effectivement le cas, on n'accomplirait jamais grâce à elles qu'une moitié de la tâche scientifique. La statistique ne fait connaître que des résultats extérieurs et, pour ainsi dire, le contour des choses. Elle précise l'effet de causes connues, ou elle invite, par la connaissance des effets, à rechercher les causes inconnues : en elle-même, elle est muette sur les causes. Il y a donc toujours une interprétation à tenter des régularités procurées par un habile maniement des statistiques ^

Peut-être est-ce abuser des précautions que de ne se hasarder que prudemment à y découvrir 1' « action humaine » . Dans le résumé d'un travail, remarquable par la méthode et infiniment ingénieux, sur le salaire des ouvriers des mines de charbon en France', F. Simiand déclare que, lorsqu'il s'est livré à la recherche des causes, « il apparaissait, dès l'abord, que les relations dégagées... n'avaient pas l'aspect de relations purement mécaniques ; et cela donnait à penser qu'elles devaient manifester l'action de quelque cause qui

1 . Voir mes art. cités de la Nouvelle Revue, La méthode statistique et la question des grands hommes. — Cf. (les remarques judicieuses dans Fr. Maugé, Le rationalisme comme liypothèse méthodologique (igog), p. 578, note 2.

2. Cf., in Rev. de Synth, hist.. les comptes rendus de J. Chevalier et de P. Fauconnet, fév. et avril 1908, t. XVI, pp. 99, i8i.

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restait à chercher. L'idée que cette cause était une action humaine, et spécialement une action des hommes intéressés, se présentait de façon naturelle : il y avait lieu de suivre d'abord cette hypothèse pour voir si elle était satisfaisante et dispensait d'en chercher d'autres '. » Cette « hypothèse», que les faits économiques sont régis par des causes psychologiques, réussit... : et Simiand découvre les tendances qui rendent compte des phénomènes embrassés dans son étude sous forme de lois. Ces tendances, — c'est dans une note qu'il le reconnaît^, — on pourrait les appeler « amélioratrices », s'il n'était bon d'éviter les « associations d'idées finalistes » .

En somme, si c'est le besoin logique qui est à la base de l'organisation économique, c'est la logique qui doit faire le fond de, révolution économique. La clef est toute trouvée : le délicat est de s'en servir. Les effets du besoin logique sont, dans les sociétés complexes, infiniment divers et difficiles à débrouiller. Voilà qui justifie, qui nécessite l'emploi des procédés expérimentaux. La statistique permet de se guider dans le dédale des effets. Interrogée judicieusement, elle précise le jeu des tendances humaines dans leurs manifestations collectives. Mais comme elle ne fait apparaître que les effets de masse, elle invite à interpréter tous les phénomènes par des tendances de masse. L'agent individuel échappe aux prises de la statistique : le statisticien peut en tirer avantage pour dénier un rôle actif à l'individu. L'étude expérimentale, en réalité, doit être conçue plus largement : elle comprend la méthode statistique, et elle la dépasse. Elle a recours aussi à des documents plus directement humains'. Elle doit chercher à faire la part du social, sans la préjuger par une méthode exclusive. F. Simiand montre bien la raison d'être pro-

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