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Année Soc, t. VI

2. 1905, Ecole des Hautes Etudes (section des sciences religieuses). Voir les Mélanges d'histoire religieuse de Hubert et Mauss.

3. Voir Hubert et Mauss, Introduction à l'analyse de quelques phénomènes religieux, in Rev. de l'Hist. des religions, sept.-oct. 1908, pp. i63-2o3 (préface des Mélanges cités plus haut); Durkheim, Sociologie religieuse et théorie de la connaissance, in Rev. de Met. et de Mor., nov. 1909, pp. 733- 768; Année Soc, t. XI, pp. 4i et suiv.j Lévy-Bruhl, Les fonctions mentales dans les sociétés inférieures (^Travaux de l'Année Soc, 1910).

4. Voir sur l'importance et les progrès de la sociologie religieuse mon article, Rev. de Synth, hist., fév. 1906, t. XII, pp. i6-43.

LA MENTALITE PRIMITIVE I Q l

avoir quelque notion de ce qu'ont été, à lorigine, non seulement les esprits, mais les institutions — et notamment les institutions religieuses.

L. Lévy-Bruhl, dans son livre récent et déjà classique sur les fonctions mentales dans' les sociétés inférieures, a réuni un grand nombre de matériaux et, avec beaucoup de pénétration, élaboré plusieurs lois psychologiques qui nous aident à comprendre cette mentalité spéciale. Ce qui la caractérise essentiellement, c'est que les représentations sont en rapports moins étroits avec les objets extérieurs qu'avec les émotions intérieures : animaux, plantes, êtres inanimés, etc. ont pour les primitifs des propriétés mystiques, des vertus occultes, et c'est dans le sens de ces propriétés qu'est orientée la perception. Ainsi le primitif est « imperméable à l'expérience », indifférent aux démentis qu'elle lui inflige : il crée la réalité plus qu'il ne se la représente, ou plutôt il double les apparences des choses d'une réalité qu'il crée. Les liens qu'il établit entre les objets répondent à cette conception mystique de la réalité : tout peut participer à tout (Joi de participation), une chose peut être elle-même et autre chose. C'est la mentaiilé prélogi(jae\ La loi de participation joue ici le même rôle que, dans la mentalité logique, le principe de contradiction ; des synthèses fondées sur des préconceptions,

I. Ainsi, il n'y a point place dans les sociétés inférieures pour nos concepts de vie, de naissance, de mort. « Les phénomènes physiologiques, que ces mots désignent pour nous, n'ont qu'un intérêt secondaire aux yeux des primitifs, ou plutôt ils ne sont pas aperçus comme tels. Les morts « vivent », quelquefois d'une façon plus intense que les vivants ; par contre, il y a des vivants qui sont en état de « mort » ; il ne suffit pas d'être (physiquement) venu au monde pour être « né », pas plus qu'il n'y a synchronisme entre l'extinction de la vie organique et la « mort » ; enfin l'initiation des jeunes gens est une véritable « naissance » , qui fait suite à une « mort ». En réalité, ces mots dénotent des changements d'état mystique, des déplacements de l'individu dans le monde invisible, des participations en train de se nouer ou de se rompre. » R. Hertz, c. r. du livre de Lévy-Bruhl, in Rev. de VHist. des religions, nov.-déc. iQio, p. 36o.

et par suite soustraites à l'expérience, tiennent lieu de concepts fondés sur l'analyse, sur l'expérience: l'abstraction, la généralisation, les classifications se produisent conformément à cette « atmosphère de potentialité mystique » oii baignent les représentations'.

L'analyse de cette mentalité est d'un intérêt extrême. Certainement L. Lévy-Bruhl etle groupe de V Année Sociologique sont dans le vrai en se refusant à admettre, pour un grand nombre de représentations primitives et pour les institutions qui s'y rattachent, les explications qui se réfèrent à la psychologie des civilisés et au mécanisme d'un « esprit humain » partout et toujours identique-. Sont-ils également dans le vrai lorsqu'ils croient prouver par l'étude de cette mentalité primitive l'origine sociale de la pensée .►^ Pour eux, en effet, la mentalité prélogique est sociale : elle l'est, comme liée à la vie du groupe, — dont nous savons quelle est, dans les états de foule, l'intensité, l'unanimité de sentiment, — et comme liée à la conscience même qu'a le groupe d'une participation réelle où les êtres se fondent les uns dans les autres. Pour nous, c'est im problème de savoir si la mentalité prélogique est exclusivement sociale, et c'en est un surtout de savoir comment naît et se développe la pensée logique.

L. Lévy-Bruhl, à vrai dire, reconnaît que le logique et le prélogique coexistent dans les sociétés inférieures\ Rejetant la théorie qui attribuerait tout le logique aux représentations individuelles et le prélogique aux représentations collectives, il fait observer qu'il est impossible, chez les primitifs, de « tracer une ligne de démarcation nette » entre les unes et les autres : « Dans ces sociétés, autant et plus

I. Sur la mémoire qui, par sa puissance même, joue — comme l'hérédité — un rôle fixateur, voir p. ii6.

3. Voir Lévy-Brutil, op. cit.. Introduction, et Durkheim, in Reo. Phil., janv. et févr. 1909, Examen critique des systèmes classiques sur l'origine de la pensée religieuse (animisme et naturisme).

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