‹ La synthèse en histoireChapitre 124 sur 224 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

LE « PRÉLOGIQUE » ET LE LOGIQUE IqS

peut-être que dans la nôtre, toute la vie mentale de l'individu, dit-il, est profondément socialisée *. » — Socialisée: le mot nous semble d'une justesse parfaite. Socialisée, et non sociale, est, pour nous, la mentalité prélogique elle-même. Si, aujourd'htii encore, l'individu, en tant qu'individu, a une part de vie mentale qui n'est pas sans analogies avec la mentalité prélogique, — ce que Th. Ribot a si bien étudié sous le nom de logique des sentiments, — à plus forte raison le primitif a-t-il en lui le germe de cette mentalité : et non seulement on ne nous démontre pas le contraire, mais ce contraire est inconcevable, puisque la société ne préexiste pas aux individus. Ce qui est exact, — et sur quoi il est intéressant d'insister, — c'est que, en tant qu'être social, le primitif est pousse' à penser de cette façon. « Il n'y a rien de plus socialisé chez les primitifs que les émotions " » : cette sorte de symbiose sociale, où « des états mentaux collectifs d'une intensité émotionnelle extrême^ » s'expriment directement par les institutions et les cérémonies, représente le maximum d'imperméabilité à l'expérience, ou, si l'on veut, d'expérience mystique. La nature est donc « perçue, sentie, vécue » par les membres d'une société inférieure d'une façon conforme aux émotions collectives. La société, à l'origine, tend, avant tout, à s'organiser et, dans une vie essentiellement prélogique et mystique, elle développe la raison pratique*, non la raison théorique.

Cependant l'individu, dans sa vie personnelle, ne peut pas ne pas obéir, en quelque mesure et sans concepts proprement dits, à une logique, analogue à la nôtre, ne pas acquérir quelque expérience objective, ne pas appliquer le principe de contradiction: cette vie, sans cela, serait, à tout moment, compromise. L'individu est artisan de logique, et

Page 1