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Sous sa forme intuitive, non réfléchie

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IQ/^ LA LOGIQUE

cette logique qu'il crée ' s'agglutine, dans la vie sociale, à l'élément prélogique dont elle limite — dont elle limitera de plus en plus — l'action.

En somme, on ne saurait dire que la mentalité prélogique soit la mentalité des primitifs, et la mentalité logique celle des civilisés. Il est plus juste de distinguer une mentalité inférieure où domine l'élément prélogique, et une mentalité supérieure où (/om me la logique-. Or, quelque part qu'ait la

1 . « L'homme n'a pas la raison parce qu'il est un animal social ou « politique y\, comme disait Aristote ; il est un animal social parce qu'il a la raison La pensée n'existe et ne se réalise que dans les esprits individuels. Or, comment pourraient-ils s'entendre mutuellement, si chacun d'eux ne pouvait pas s'entendre avec lui-même .'• On oublie trop que les esprits sont incommunicables et impénétrables les uns aux autres ; et si le langage est un produit social, les idées que nous exprimons par son moyen ne peuvent en être un. On a beau seriner des mots à un enfant : il n'acquerrait jamais les idées correspondantes, non plus qu'un perroquet, s'il n'était capable de les construire lui-même, de les créer en lui et

par lui Si les hommes peuvent communiquer entre eux, s'entendre et

se constituer en société, c'est parce qu'ils sont capables de former à peu près les mêmes idées, et surtout de les lier de la même manière, d'établir entre elles les mêmes relations. » L. Couturat, La Logique et la philosophie contemporaine, in Rev. de Met. et de Mor., mai 1906, p. 827.

2. P. Lapie, dans son étude sur Les fonctions mentales dans les soc. inf., in Rev. de Met. et de Mor., nov. 1910, pp. 795-823, — et c'est une preuve du mérite de cet ouvrage, d'avoir provoqué d'importantes discussions, — montre bien qu'il n'y a entre les mentalités du sauvage et du civilisé qu'une différence de degré, non de nature. Il ne faut pas opposer au sauvage un « sur-civilisé », un « civilisé idéal >>. Un logicien, un psychologue savent ce que doit être la perception pour être vraie ; mais la majorité des hommes ■ — à plus forte raison les enfants — ne critiquent pas le témoignage de leurs sens, ne savent pas éliminer de la perception les éléments subjectifs ou les croyances collectives qui la faussent (pp. 801-802). D'autre part, la loi de participation n'est « qu'une application naïve de la loi d'identité à des perceptions mal débrouillées et à des concepts mal formes ; c'est l'application d'un principe logique par une sensibilité exubérante, par un esprit qui succombe sous le poids de ses sensations, de ses émotions et de ses images « (p. 821). Et H. Delacroix, dans la Rev. Phil., sept. 1910, pp. 279-291, a montré également que, sous la distinction du logique et du prélogique, on trouve peut-être « celle de l'analyse logique et de la synthèse confuse, et aussi celle de l'esprit et du cœur ».

LE SOCIAL ET l'iîVDIVIDUEL IqS

société dans la mentalité prélogique, le rôle de l'individu n'y est pas nul ; et, dans l'évolution logique, il est capital. L. Lévy- Bruhl, dans la dernière partie de son beau livre, montre d'une façon très précise comment et dans quel sens s'accomplit l'évolution mentale des sociétés. « Lorsque les rapports du sujet social collectif avec les sujets individuels qui le composent évoluent, les représentations collectives évoluent du même coup*»; l'élément intellectuel, cognitif, « tend à se dégager des éléments émotionnels et moteurs sous lesquels il était d'abord enveloppé^» ; il parvient ainsi à se différencier, et devient perméable à l'expérience, sensible aux contradictions que la nature lui inflige. Mais, en lisant ces pages judicieuses, on ignore absolument pourquoi « la conscience individuelle de chacun des membres du groupe tend à s'affirmer^ », s'il y a là un effet ou une cause de l'évolution mentale de la société.

Or, nous croyons que la vraie solution est celle-ci : l'individu est cause, et il est effet. Il est cause parce qu'il est une réalité, non quelque chose de vide que la société remplirait, parce qu'il est une réalité créatrice de logique. Il est effet parce que les progrès de la logique mentale, de la pensée, s'ils ne s^accomplissent point par la société, ne s'accomplissent que dans la société.

L'action de la société sur l'individu, au point de vue mental, est multiple. — Elle le lie à lui ; elle entretient en lui la mentalité prélogique, les notions sentimentales de valeur. Nous avons déjà plusieurs fois insisté sur les états de foule. La foule sent, veut, agit : une tribu, un peuple civilisé même, dans les moments de crise où la conscience collective est enjeu et crée du social, sentent, veulent, agissent. La foule ne pense pas : une tribu, un peuple, à l'état de crise, ne pensent pas, ne créent pas de la pensée; ils utilisent la pensée acquise*. Encore la foule

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