Quelquefois une pensée individuelle les utilise
iq6 LA LOGIQUE
est-elle inférieure à certains des éléments qui la composent. Les foules, dans un peuple donné, sont inférieures à la civilisation de ce peuple. « Les haines de races, et les émotions qu'éveille même chez des civilisés ce qui se présente comme étranger' » sont des survivances de la mentalité prélogique. Quand les idées mènent la foule, elle les transmue en sentiments, et souvent elle se laisse entraîner par le sentiment au delà des idées ou à côté.
D'autre part, la société fortifie l'individu comme agent logique. Car cette vie même, prélogique et mystique, de la société implique une possibilité de communication, un matériel mental identique, des virtualités logiques sur lesquelles nous insisterons tout à l'heure, un germe de raison que l'association éprouve et fait croître. Et quand la société s'étend, se complique, — en vertu de cette logique active dont la source est encore l'individu, — la conscience sociale se relâchant, la mentalité logique se développera plus librement dans l'individu. Elle se développera particuhèrement dans certains individus, plus doués, — qui sont les inventeurs logiques. Il est probable qu'ici aussi il y a une période, postérieure à celle de la « symbiose » spontanée, où la pesée sociale s'exerce du dehors pour entraver l'essor du non-conformisme. Puis la pensée, dans l'individu, se libère, de plus en plus ; et de plus en plus, de cette pensée libérée quelque chose filtre dans les représentations collectives, — jusqu'au jour où la pensée s'institutionalise et où la société même en assure le libre progrès.
Schème bien vague, et tout hypothétique ; mais ce qui nous semble évident, c'est que la société et l'individu, au point de vue mental, sont à la fois en opposition, virtuelle ou efiective, et en relation intime. Durkheim et les travailleurs qui se rattachent à lui ont donc le tort de ne pas reconnaître ce jeu compliqué d'action et de réaction constantes; de ne