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LA RELIGION ET L ORIGINE DES CONCEPTS I

temps et d'espace, ou de celles de genre, de force, de personnalité, de causalité, de non-contradiction même', on échappe, disent-ils, à l'éternel débat entre l'empirisme et l'apriorisme, on explique que la raison soit irréductible à l'expérience individuelle, en en faisant un produit social. — Mais si c'est l'organisation sociale qui se reflète dans l'organisation intellectuelle, il restera toujours à expliquer l'organisation sociale elle-même. 11 semble bien que le seul moyen d'échapper à ces difficultés soit précisément de voir dans la raison le développement par un travail très lent, très compliqué, — en partie social, — d'un germe individuel très humble mais très fécond.

Prenons quelques exemples.

On nous dit, à propos de certaines formes de classification primitives-, que la genèse de la fonction classificatrice est sociale : or, si le cadre extérieur des premières classifications est fourni par la société, parce qu'il règne, à l'origine, un « sociocentrisme » naturel et intense, en résulte-t-il nécessairement qu'il n'y ait pas, dans l'individu même, un besoin logique de classer, d'ordonner, d'unifier le divers ^ ? Le système de groupes, coordonnés et subordonnés, que réalise la société ne traduit-il pas précisément le même besoin qui se manifeste gauchement dans l'esprit? Il y a donc une histoire à faire de la fonction classificatrice, mais il ne faut pas affirmer que ce soit un simple chapitre de sociologie.

On nous montre tout ce qu'il y a de collectif — et de religieux — dans la représentation du temps ^: les rites, les fêtes, les cérémonies rythment l'activité humaine, d'une façon toute

de toute thèse radicale et exclusive — il est légitime de supposer qu'elles doivent êtres riches en élénaents sociaux. »

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