Bulletin cité, pp. 2i
SOCIOLOGISME, IDEALISME ET HISTOIRE DES IDEES 211
descendre dans le détail des faits : pour Tarde, descendre dans ce détail, c'est étudier les inventions et leur destinée; c'est souligner le caractère accidentel et singulier des faits historiques et expliquer le social par 1' « individuel accumulé * » . Cournot a refoulé, en majeure partie, dans le passé lointain les « causes impersonnelles », — c'est-à-dire sociales, — ces « instincts spéciaux, comparables à ceux de l'abeille et du castor "^ » : il a bien fait, mais il leur accordait trop encore. Et en constatant que l'accidentel se subordonne peu à peu aux causes rationnelles, il a été dans le vrai ; mais il a exagéré la régularité de ces causes, et il a eu tort de croire à un « cours normal » de l'histoire, — par suite, bien certainement, de sa croyance implicite à la finalité.
Au rationnel de Cournot, Tarde oppose sa logique. Il a beaucoup parlé de logique, — individuelle et sociale, — mais ses conceptions, sur ce point, lui sont très personnelles — comme son vocabulaire ■. Pour lui, la logique, partant de certaines données dont l'origine lui importe peu et qu'elle trouve « toutes faites* », aboutit, au moyen de « duels » ou d' « accouplements », à l'élimination ou à la fécondation d'éléments psychiques, donc à des adaptations ou solutions. L' « esprit » est le « miHeu » de toutes les combinaisons logiques possibles ^ L'esprit collectif, par la « similitude imitative ® » du fonctionnement des logiques individuelles, procède de la même façon que l'esprit individuel. L'histoire est une alternance de problèmes et de solutions : « Partout et toujours, l'accident Jouera ou a joué un rôle que Cournot