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2l6 LA LOGIQUE

si elles ne se produisent pas avec une sorte d'automatisme, ne naissent pas, d'autre part, ne se succèdent point sans raison. Il y a un moment où une invention est mûre. On a relevé des simultanéités d'invention nombreuses, dans des cas où Ton ne peut soupçonner une communication quelconque entre les divers inventeurs ^ La maturité détache le fruit de la raison de plusieurs côtés à la fois. C'est là, sans doute, ce que Taine entendait, de façon vague, par le moment ; et c'est, du moins, ce qu'enfermait de juste le terme imprécis de Taine.

La poussée logique est d'autant plus régulière, l'évolution créatrice — car voilà, véritablement, l'évolution créatrice — d'autant plus rapide, que la pensée s'institutionalise. La pensée utilise la société ; la société s'annexe la pensée : mais ce sont toujours des individus qui pensent. Ce sont des élus, — dont la psychologie est à faire, en qui le mécanisme de l'invention est à étudier ■ : non qu'ils diffèrent en nature des autres individus, mais parce qu'ils offrent de cette faculté d'invention un grossissement instructif. Chez ces élus, par ces élus, la raison — en dehors de toute contrainte sociale, de toute suggestion imitative — recrée les vérités acquises, pour en créer de nouvelles. On a remarqué justement que, dans les progrès de la pensée, le développement de la spéculation mathématique constitue une phase importante et a précédé l'épanouissement de la science expérimentale. C'est dans cette spéculation qu'éclate le mieux l'intériorité du travail rationnel ; et il semble que la raison se soit ramassée sur elle-même dans des têtes privilégiées pour mieux prendre conscience de son pouvoir. « Comme il était plus simple et plus aisé à l'esprit humain de s'essayer à la liberté en s'élançant dans les rêveries abstraites de la mathématique: comme

1. Voir mes art. cités de la Nouvelle Revue, La méthode statistique et la question des grands hommes, pp. 788 et suiv. ; et Mentré, La simultanéité des découvertes scientifiques, in C. R. du Congrès de Phil. de Genève, igoS, p. 916.

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