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FORMATION DE LA RAISON

il devait se sentir là à l'abri de toute autorité extérieure ! comme il lui était naturel de puiser dans le succès de ses efiforts, dans la lumineuse clarté de ses créations et dans leur fécondité, le courage et la force de commencer la poursuite désormais incessante de l'œuvre de la raison* ! » La raison, bien qu'elle se réalise dans des temps et des lieux déterminés, n'est pas liée au temps et au lieu, mais à une nécessité interne : et, en un sens, ils avaient une intuition juste, ces philosophes de Thistoire qui traitaient massivement ïhistoire de l'humanité et y suivaient la marche de Vidée-.

Encore une fois, pour observer l'attitude scientifique, nous nous contenterons de dire: c'est une hypothèse, — mais c'est une hypothèse qui s'impose, qui veut être vérifiée et précisée, — qu'il y a, dans la pensée réfléchie, une logique interne des idées. Il est permis de concevoir et de soutenir que, au cours de l'évolution, le besoin logique inhérent à la vie, qui s'est nourri des représentations des choses, qui a pris conscience de sa fonction dans son fonctionnement même €t est devenu besoin de savoir, en vient à contrôler et rectifier, dans la science, les idées que forme l'esprit par des méthodes qui donnent de plus en plus le pouvoir ou la prévision \

Nous n'avons pas ici à justifier notre hypothèse : ce serait quitter la théorie de la synthèse et faire de la synthèse effective. Ailleurs, nous avons, pour une période restreinte, — et encore trop étendue, — pour les derniers siècles de la

1. G. Milliaud, La pensée mathématique : son rôle dans l'histoire des idées, in Rev. Phil., avril 1909, p. 35o.

2. Dans un très intéressant article, Du rôle des idées dans l'évolution des sociétés, Rev. Phil., sept. 1908, le D-^ Jankelevitch fait sur l'importance de ce rôle des réflexions judicieuses; mais il conçoit peut-être encore trop massivement ces « idées dominantes », « organiques », « immanentes de l'évolution historique de l'humanité ».

3. Voir de bien justes indications de .\. Lalande sur la nature et la genèse de la raison dans le Bulletin de la Soc. fr. de Phil., juin 19 10 (^Les fonctions de la raison), p. i4o.

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pensée, essayé de discerner, dans la trame complexe des idées, et de suivre le fil logique' : ce n'était là, bien entendu, rien de définitif ni de présenté comme tel, mais plutôt une sorte de programme et un appel aux travailleurs. Nous avons essayé aussi d'établir le rôle respectif de la religion, de la philosophie et de la science ; et de montrer comment la raison, se rapprochant toujours davantage de la réalité, au lieu de construire, par application de ses principes, des systèmes d'idées sur des connaissances imparfaites, fonde sur des connaissances précises et sûres un système de vérités-.

Si c'est un problème important d'étudier la genèse des idées individuelles et le cours logique de la pensée réfléchie, la formation de la raison, c'en est un non moins considérable d'étudier l'action de ces idées, les effets pratiques de la raison.

On ne saurait guère nier que les individus puissent agir en tant que représentatifs ; et, nous l'avons vu, c'est en tant que tels qu'on les considère comme doués de pouvoir, lorsqu'on ne leur concède que le minimum d'action \ Qu'ils puissent agir par leur contingence propre, nous avons essayé de le montrer, — et comment. Reste donc la question de leur influence comme inventeurs logiques. Nous croyons que cette influence est réelle. Au surplus, l'action des découvertes scientifiques de toutes sortes, nées souvent de l'activité désintéressée des chercheurs, utilisées en applications pratiques par des techniciens, est indéniable. Ce qui pourrait être contesté, bien plutôt, c'est l'efficacité de la spéculation plus

1. Avenir de la philosophie, Livre I, Chap. ii et m, Evolution de la philosophie depuis Descartes, pp. 5o-3oi.

2. Voir Avenir de la philosophie, p. l\g^, et Peut-on refaire l'unité morale de la France? (igoi). — Cf., sur l'histoire des sciences, centre de l'histoire de la pensée, Abel Rey, La théorie de la physique chez les physiciens contemporains (1907), conclusion.

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