Voir précédemment, pp. i53, i
2. Il est plus à la mode encore à l'étranger qu'en France, ou du moins la valeur y a donné lieu à des études plus poussées et souvent d'une subtilité excessive. Citons notamment : Meinong, Psychologisch-ethische Untersuchungen :ur Werttheorie, 189/1; Ehrenfels, System der W erttheorie, 1897-1898; Kreibig, Psycholoçiische Grundlecjung eines Systems der Werttheorie. 1902 : R. Eisler, Studien zur Werttheorie, 1902 ; Orestano, / valori umani, 1907 (Cf. A. Lévi, Directions des études éthiques dans l'Italie contemporaine, in Rev. de Met. et de Mor.. sept. 1910); Mûnsterberg, Philosophie der Werte, 1908; Goldscheid, Entwickelungswerttheorie..., 1908 ; Urban, Valuaiion, its nature and laws. being an introduction to the gênerai Tlieory of value, 1909 ; B. Croce, Ueber die sogenannten Wert-Urteile, in Logos, 1910, i ; dans la Rev Philosophique : Ribot, La logique des sentiments, juin 1904, pp. 598 et suiv. ; G. Richard, Sociologie et axiologie, déc. 1906, Philosophie du droit, mars 1909 (pp. 3o4-3o8) ; J. Segond, La philosophie des valeurs, nov. 1908 (cf. du même. Publications récentes sur la morale, sept. 1902, pp. 292 et suiv.) 5 A. Chiappelli, Naturalisme, humanisme et philosophie des valeurs, mars 1909; Lalainde, La théorie des valeurs, mars 1910; G. Fonsegrive, Recherches sur la théorie des valeurs, juin et juillet 19 10; dans la Rev. des Sciences phil. et théol., Blanche, Bulletin de phil., janv. 1909, 1910, 191 1. Cf. aussi E. Chauffard, La valeur, in Rev. int. de Sociologie, juin 1907.
classifications — d'une façon assez pédantescjue. La valeur naît dans le sujet de la « désirabilité » de l'objet. Il y a donc des valeurs — c'est-à-dire des objets désirables — d'une portée plus ou moins étendue. Et il nous semble qu'on peut distinguer essentiellement trois sortes de valeurs : valeurs relatives à la vie individuelle, valeurs relatives à la vie sociale, valeurs relatives à la vie de l'esprit. Les valeurs relatives à l'individu sont destinées à lui assurer la survie ou le bienêtre, la jouissance. Les valeurs relatives à la société sont destinées à en assurer la conservation ou le développement. Les valeurs relatives à l'esprit sont destinées à la connaissance de l'objectivité, à l'établissement de la vérité. La vérité est bien une valeur : elle n'existe et ne vaut que par et pour l'esprit.
Ce n'est pas un système a priori qui doit décider de la hiérarchie des valeurs, établir le rapport du bonheur, de la socialité et de la connaissance, pour fixer le concept de civilisation et de progrès dans la civilisation. C'est l'histoire elle-même qui doit, objectivement, faire apparaître la valeur des valeurs.
A vrai dire, rien n'est plus malaisé que de déterminer la somme de bonheur, la somme de socialité d'une société donnée aux divers moments de son histoire : mais il apparaît manifestement que, dans une société donnée, le bonheur, la socialité ne sont pas en accroissement nécessaire, ni régulier. Au contraire, il est possible, il est relativement facile de préciser l'étendue des connaissances d'une société donnée, — et aussi l'étendue des richesses, qui peuvent être considérées comme effet des connaissances et non pas seulement comme source de jouissances ; et, dans une société donnée, à moins de contingences perturbatrices, c'est d'une façon, sinon absolument régulière, du moins continue que se produit l'accroissement des connaissances. Le progrès même des connaissances et le développement de l'esprit sont, d'ailleurs, la cause possible, probable, des crises où le bonheur