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LA SYNTHÈSE ÉRUDITE

Le mot de synthèse est devenu, dans ces dernières années, un mot à la mode parmi les historiens. Comme de tous les mots à la mode, il en est fait un emploi assez vague. On entend dire couramment de toutes sortes de travaux, d'ouvrages fort inégaux en importance, qu'ils sont « des synthèses » . Cependant, il est possible de discerner oia tend l'usage actuel.

Il est certain que ce mot s'applique de préférence à des œuvres qui rassemblent et classent des faits très nombreux ou très divers, ou très nombreux et très divers à la fois, et où les « opérations synthétiques » présentent par conséquent de particulières difficultés. Mais si le nombre et la diversité des faits caractérisaient essentiellement la synthèse, il serait bien malaisé de préciser où elle commence. Une monographie — qui, selon la définition de M. Seignobos ', groupe tous les faits connus dans un champ plus ou moins étroitement limité, qui implique un certain travail, plus ou moins

I. La méthode historique appliquée aux sciences sociales (igoi), pp. 99-

LA SYNTHESE ERUDITE

réfléchi, d'arrangement, qui aboutit à une ou à plusieurs formules d'ensemble — peut être considérée déjà comme une synthèse par rapport aux documents, notes, contributions, mémoires, dissertations qu'elle utilise. H y a des degrés infinis de compréhension et, par suite, des degrés infinis de synthèse dans la production historique.

En fait, dans l'usage qui devient courant, le mot de synthèse, appliqué aux résultats de l'érudition, marque moins l'ampleur du travail que sa solidité : il se rapporte moins à la quantité et à la diversité des matériaux réunis qu'à la connaissance, à l'utilisation des efforts antérieurs et à la préoccupation de l'œuvre historique définitive. C'est une synthèse qu'une étude qui repose sur une bibliographie intégrale et critique du sujet ; et naturellement, c'est d'autant plus une synthèse que le sujet est plus vaste, qu'il embrasse plus de faits dans la durée ou dans l'espace, ou à la fois dans l'un et dans l'autre, qu'il est plus complexe, qu'il embrasse des faits plus hétérogènes. Quoique, dans l'école de Fustel de Coulanges, on ne tienne pas pour démontré que la connaissance des ouvrages de seconde main soit indispensable, la synthèse érudite se fonde presque toujours, à l'heure présente, sur l'étude des travaux antérieurs aussi bien que sur celle des sources originales. Et plus la synthèse est vaste, plus la connaissance des sources originales est nécessairement réduite à peu de choses. « Une science aussi complexe que l'histoire, où il faut d'ordinaire entasser les faits par millions avant de pouvoir formuler une conclusion, ne peut se fonder par un perpétuel recommencement. On ne fait pas la construction historique avec des documents, pas plus qu'on n' « écrit l'histoire avec des manuscrits », et pour la même raison, qui est une raison de temps. C'est que pour faire avancer la science, il faut combiner les résultats obtenus par des milliers de travaux de détail^ »

I. Langlois et Seignobos, Introd. aux études historiques, p. 198.

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